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Cette institution bâtie à Emana, à Yaoundé, offrira des formations supérieures aux standards des universités américaines, exclusivement en anglais dans les domaines des nouvelles technologies, des mines et du management (diplômes d’ingénieurs et MBA). Pour en savoir davantage sur les objectifs et les moyens de cette université nous avons rencontré son géniteur.
Qu’est ce qui a motivé la création de cette université ?
C’est notre questionnement permanent qui nous a permis de comprendre qu’en Afrique, il y a une insuffisance criarde de leaders. Il faut à l’Afrique des leaders capables de promouvoir une création efficace de richesses, de promouvoir la culture africaine et de promouvoir l’Afrique. L’Afrique, comme les autres continents, a besoin de grands leaders qui possèdent des valeurs essentielles telles que l’intégrité, l’éthique, la foi et la culture du travail. Voilà donc autant de réflexions qui nous ont amené à la création de cette institution universitaire.
A quelles ambitions particulières répond l’ouverture des filières que vous avez choisies pour votre université ?
Le monde moderne est un monde dont la richesse est commandée par le savoir. La vraie richesse aujourd’hui est celle du savoir. C’est une richesse inépuisable. Les filières les plus importantes pour participer à ce monde du savoir sont pour l’essentiel l’informatique, les nouvelles technologies de l’information et de la communication, la biotechnologie et les mathématiques. Nous avons aussi introduit la filière “ mines ” car l’Afrique est un continent qui regorge d’énormes ressources minières, mais n’a pas de véritables et grandes écoles de mines. Nous avons estimé qu’il fallait absolument combler ce vide.
Votre université va former des cadres de haut niveau et de haute compétence dans une Afrique où le marché de l’emploi est réputé étroit. Où seront-ils embauchés ?
Ceux qui disent que le marché de l’emploi en Afrique est étroit ont tort. Je suis convaincu du contraire. La vraie question est de savoir où sont les cadres bien formés pour être utilisés dans les différents secteurs. Je ne connais pas un seul entrepreneur ambitieux qui n’a pas besoin d’ingénieurs bien formés pour conduire son entreprise. Je vous garantis que c’est plutôt la pénurie de cadres dans ces secteurs qui est remarquable. L’Afrique s’est consacrée pour l’essentiel et pendant des années à former des spécialistes en droit, lettres et autres. Ce qui ne concordait pas avec ses besoins de développement technique. Cela a été un mauvais choix car, aujourd’hui, l’Afrique a une pénurie de cadres. Connaissez-vous un plombier ou un boulanger d’une formation de qualité supérieure ? C’est rare et c’est dommage.
Vous avez noué un partenariat avec une grande université polytechnique américaine, basée en Georgie pour établir un curriculum de formation de haut niveau. Or, aux Etats-Unis, les formations coûtent plus de cinq fois plus cher que les tarifs en vigueur au PKFokam institute. De quels moyens disposez vous pour compenser le gap ?
D’abord, en ce qui concerne les coûts, nous les avons réduits au strict minimum, notamment pour les ingénieurs qui sont formés pendant trois années sur place, au Cameroun. Une bonne partie de ces coûts est subventionnée soit par la fondation Adaf (Appropriate Development for Africa Foundation), soit par des chancelleries occidentales avec lesquelles nous sommes en pleines discussions. En ce qui concerne le séjour aux Etats-Unis, nous sommes en discussion avec le gouvernement américain et d’autres entreprises à propos des frais de formation sur le sol américain. Je tiens à vous signaler que les plus brillants auront toujours des moyens pour financer leurs études. Ceci se fera soit par l’intermédiaire des entreprises partenaires de l’institut, soit par une bourse de l’Institut, soit par l’Etat.
Est-ce que les coûts de formation dans votre institution ne sont pas au-dessus des moyens du parent pauvre camerounais ?
Vous m’étonnez et j’espère que vous connaissez nos coûts. Il faut environ 2,5 millions pour une année au PK Fokam Institute of Excellence. Je vous fais aussi remarquer qu’un enfant envoyé en Allemagne pour une formation similaire coûte en frais de scolarité 6 millions par an. Aux Etats-Unis, pour la formation que nous offrons, il faut compter 20 millions par an, sans compter les tracasseries consulaires et les problèmes de suivi familial. Croyez-moi, beaucoup de parents feront des économies en envoyant leurs enfants à P. K. Fokam Institute of Excellence. Surtout que les diplômes obtenus sur place à P. K Fokam Institute of Excellence auront la même valeur que ce que les enfants vont chercher aux Etats-Unis. Je vous répète que, dans tous les cas, les enfants brillants pourront de toute manière se former.
N’y a-t-il pas un risque, au final, que seuls les enfants de l’élite puissent bénéficier d’une formation dans votre université, vu le coût annuel de la scolarité ?
Partant du fait que l’enfant du riche n’est pas nécessairement le plus intelligent, je vous redis que le seul critère d’entrée et de diplomation dans cette institution c’est le mérite. Quel que soit le cas, si un enfant passe le concours d’entrée qui est très sélectif, il va être formé. Il y a suffisamment de synergies pour que les enfants méritants, même issus de milieux défavorisés, puissent bénéficier d’une formation adéquate.
On connaît vos positions en faveur de la préservation des valeurs culturelles africaines. Or, votre Université a calqué ses enseignements sur le modèle américain. Quelles dispositions avez-vous prises pour que les valeurs culturelles africaines soient préservées et perpétuées à travers le PKF Institute of Excellence ?
Premièrement, je vous dirai que vous avez raison, car je suis africain et je suis fier de mes racines africaines. Je crois d’ailleurs que toute formation chez nous doit être nourrie de la culture africaine. Mais je tiens à vous signaler que la préservation des valeurs culturelles africaines n’est pas incompatible avec la promotion de l’universalité de la science. Les mathématiques, comme l’informatique ou encore les techniques minières, sont universelles. C’est pourquoi, pour ces disciplines, nous avons situé nos standards aux meilleurs niveaux actuels dans le monde, en nous associant à une université américaine qui a une vieille expérience et une grande réputation dans les domaines de la pédagogie universitaire et de la science. Bien entendu, la rigueur, l’éthique, la morale, la confiance, le travail sont des valeurs africaines, et nous devons les inculquer à nos étudiants. La capacité de puiser dans nos ressources culturelles pour renforcer notre compréhension du monde, pour partager avec le reste du monde est un leg précieux. C’est pour cela que la formation se fait, pour l’essentiel, en Afrique, avec des valeurs africaines, dans l’esprit de la culture africaine.
Peut-on dire que la création de cette université participe de la mise en œuvre des thèses du réveil africain que vous développez dans vos livres ?
C’est peut-être un des piliers, car vous avez raison, je développe souvent la thèse selon laquelle il y a trois formes de pauvreté. La pauvreté intellectuelle, la pauvreté morale et la pauvreté matérielle. Je continue de croire que c’est la pauvreté matérielle qui est la cause des autres formes de pauvreté. Or la résolution du problème de pauvreté intellectuelle passe par l’élite qui doit tirer le reste. Car il me semble qu’une élite bien formée et bien au point peut aisément tirer d’autres, et ramener à l’Afrique sa dignité.
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