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Grossesses précoces: Jeunes scolaires et déjà mères !
Le Messager
DOUALA - 2 AOUT 2007
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Les chiffres sur la sexualité des jeunes et les grossesses précoces au Cameroun donnent du tournis.
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1- L’ampleur du mal

48 cas de grossesses, dont 5 recensés dans 16 écoles primaires et 43 enregistrés dans sept établissements secondaires au Cameroun. Voilà les résultats d’une enquête réalisée au cours de l’année scolaire 2006-2007 dans trois provinces du Cameroun : le Littoral (Douala), le Sud (Campo) et l’Ouest (Bamena). Selon l’Association des tantines du Cameroun, auteur de cette enquête, ces chiffres ne révèlent malheureusement pas la réalité de l’ampleur du phénomène sur le terrain. “ Ce sont là des cas publiquement déclarés. Par exemple à Campo où 10 cas de grossesses sont officiellement déclarés, en discutant avec les élèves, on en recense 28 de plus. Soit 38 cas au total. Il en est de même pour Bamena où, seulement 22 cas sont déclarés officiellement ”, affirme Mme Njomou Wandji Chantal, chargée du suivi des tantines.

Sans avoir les statistiques, le Dr Hugues Ongolo, médecin chef à l’hôpital de district de Lolodorf, affirme que dans sa localité, on assiste à un nombre élevé de grossesses non désirées et d’avortements provoqués. Même si au lycée de cette ville le surveillant général se veut rassurant, en affirmant qu’il y a une baisse de cas enregistrés dans son établissement (6 contre 8 l’année scolaire 2005-2006), il n’en demeure pas moins que “ c’est un fléau ici. Nous sommes accablés par les cas de grossesses précoces chez les filles de 13-14 ans. Ce n’est plus une histoire à cacher ”, comme le révèle une source au commissariat de sécurité publique de Lolodorf. “ On ne peut pas vous donner des chiffres exacts. Mais si vous allez au Lycée, sur cinq filles, trois sont enceintes ”, poursuit celle-ci. Autres preuves apportées par cet interlocuteur : les nombreuses plaintes déposées par les parents des victimes filles.

Pour sa part, l’enquête démographique et de santé du Cameroun de 2004 (Eds III), fait savoir qu’à Yaoundé, le pourcentage d’adolescentes de 15 à 19 ans ayant déjà eu un enfant est de 13,7%. Tandis que celui de filles enceintes d’un premier enfant est de 4,3%.

2- Des rapports sexuels avant 16 ans !

L’analyse des statistiques relevées par son enquête, de même que de celle de l’Eds III (bien qu’un peu vieille), fait dire à Mme Njomou que, “ si on fait une enquête démographique sur le plan national en ne ciblant que les cas de grossesses précoces, on va s’évanouir ”. On n’en pense pas moins au Fond des Nations unies pour la population (Unfpa) et l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco). Dans le cadre de la mise en œuvre de son quatrième Programme d’assistance au Cameroun (l’Unfpa) relève que la santé de la reproduction des adolescents et des jeunes camerounais reste un domaine préoccupant pour la santé publique. L’âge moyen pour le début des relations sexuelles est de 15 ans pour les filles et 18 ans pour les garçons. Environ 60% des jeunes ont des rapports sexuels réguliers avant 16 ans. Tandis qu’une fille sur deux est mère avant 19 ans.

Pour sa part, l’Unesco observe que 30% d’adolescentes âgées entre 16 et 17 ans sont déjà mères. Par ailleurs, 3,5% de filles âgées de 15 ans ont déjà eu au moins un enfant alors que 9,5% des filles âgées de 16 ans ont déjà un enfant. Cette institution met aussi en cause le multi partenariat sexuel chez les jeunes : 11,2% de filles âgées entre 15 et 19 ans ont plus d’un partenaire sexuel contre 31,1% chez les garçons de la même tranche d’âge.

“ C’est grave ! ”, ne peut s’empêcher de s’exclamer Charles Martel Aoudou, expert en santé de la reproduction. Ce consultant à l’Unesco observe que le phénomène “ va croissant. Au fur et à mesure que le temps passe, on constate que les chiffres augmentent au lieu de baisser”. Dans la plupart des formations sanitaires, 20 à 40 % des décès maternels sont imputables aux avortements et 70% de ces avortements sont provoqués. Par ailleurs, 40% des avortements sceptiques surviennent chez les adolescentes. Tandis que les Infections sexuellement transmissibles (Ist) et le Vih/Sida sont en pleine augmentation. Les adolescents en sont les plus touchés. Entre 1985 et 1996, 18% des cas de sida déclarés au Cameroun concernaient cette frange de la population. Actuellement, au Cameroun, 3,4% de filles âgées entre 15 et 19 ans ont une Ist contre 4,6% de garçons. 2,2% de filles âgées entre 15 et 19 ans sont séropositives contre 0,6% de garçons.

3- Risque de mortalité élevé pour les enfants

Suivant le milieu de résidence, les adolescentes ont un comportement différent en matière de procréation. En effet, selon qu’elle vit en milieu rural ou urbain, une adolescente va commencer plus ou moins tôt sa vie féconde. “ En milieu rural, la proportion est de 37% contre 27% dans les autres villes et 15% à Yaoundé et Douala ”, révèle l’Eds III. Cette disparité s’observe également par rapport aux régions et au niveau d’instruction des adolescentes. La proportion d’adolescentes qui a commencé la vie féconde varie d’un minimum de 17% dans le littoral à un maximum de 45% à l’Est et à l’Extrême Nord. S’agissant du niveau d’instruction, l’entrée précoce en vie reproductive est plus fréquente chez les adolescentes non instruites. Elle est estimée à 50% (33% pour le primaire et 18% pour le secondaire). De par sa contribution à la fécondité générale – les adolescentes qui constituent 25% de l’ensemble des femmes en âge de procréer contribuent pour 14% à la fécondité totale des femmes ; d’après l’Eds III – la fécondité des adolescentes doit occuper une place importante dans l’élaboration des politiques et la mise en œuvre des stratégies et des programmes de la santé de la reproduction au Cameroun.

Les enfants nés de mères très jeunes courent des risques élevés de morbidité et de mortalité : la mère adolescente est plus exposée aux complications durant la grossesse. De même, elle est moins apte à les gérer. D’où les risques accrus de complications pendant l’accouchement et des risques plus élevés de décès de causes maternelles. En outre, l’entrée précoce dans la vie reproductive réduit considérablement leurs opportunités scolaires et professionnelles. Pour ces diverses raisons, il est important d’examiner la fécondité des adolescentes.

Nadège Christelle BOWA


Sexualité responsable

Adeline, vingt ans, aînée d’une famille de quatre enfants, est décédée dans la nuit du 08 au 09 juillet 2007 à Yaoundé. Elle a bu une décoction pour interrompre sa grossesse de quatre mois. La magie de l’avortement n’a pas marché cette fois. Le fœtus n’a pas quitté l’utérus, et Adeline a perdu la vie. Adeline était déjà célibataire et mère d’un enfant de quatre ans. Sa première grossesse l’avait obligée à interrompre momentanément sa scolarité. Le géniteur du gamin avait décliné sa responsabilité. Elle était donc seule à s’occuper du bébé, avec l’aide éventuelle de ses parents. Elle a obtenu cette année son Brevet d’études du premier cycle (Bepc), à la cinquième tentative. Alors qu’elle se remettait à peine des souffrances endurées, une autre grossesse l’a surprise. Qui en était l’auteur ? Comment ça se passerait avec la restauration et les autres charges ? Autant de questions sans réponses qui décident la jeune mère à avorter. Décision fatale au bout du compte.

Les filles trouvent ainsi la mort dans de nombreux cas d’avortement. Parfois, elles réussissent à évacuer le fœtus ou à tuer le nouveau-né. Ainsi en est-il du bébé trouvé mort dans un champ de maïs au quartier Ekounou à Yaoundé, précisément au lieu-dit “ Garage 2 chevaux ”. Deux gamins, au matin du lundi 16 juillet 2007, retrouvent un corps inerte de nourrisson couvert de sang. L’enfant, de sexe masculin, vient de naître. Mais, il est sans vie. Outre le plastique qui le recouvre, il y a à côté de la dépouille le cordon ombilical. Selon les habitants du quartier, la maman criminelle serait une jeune fille irresponsable.

Voilà quelques conséquences courantes lorsqu’une jeune fille entretient précocement des rapports sexuels sans protection. Les vacances sont généralement les moments propices pour les jeunes scolaires. La première fois intervient parfois lorsqu’on s’éloigne des parents. Outre la baisse de la vigilance parentale, il y a d’autres facteurs favorisants la consommation du fruit défendu: le goût de la découverte, les nouvelles rencontres, l’ennui (pour les jeunes scolarisés) ….

La peur des parents ou les désirs d’avenir justifient souvent la décision de se débarrasser d’un fœtus ou d’un bébé. On en arrive ainsi à des “ suicides involontaires ” ou à des assassinats. Les conséquences, pour l’individu, la famille et la société, sont incalculables et imprévisibles.

Le Messager prend le parti de l’amélioration de la sexualité chez les jeunes et fait le pari d’une vie sociale plus équilibrée. Ainsi, le dossier que le journal de la Rue des écoles propose a pour objectif de promouvoir le changement de comportement chez les jeunes en leur montrant qu’on peut faire autrement. Il est question de les préparer à une vie familiale harmonieuse et à une sexualité saine et responsable, en les informant par rapport à leur sexualité et au comportement sexuel responsable.

Alexandre T. DJIMELI


Témoignage: J’ai enlevé mon fœtus parce que…

Les raisons qui conduisent les jeunes filles à l’avortement sont nombreuses.

Clarisse A. est élève en classe de terminale dans un établissement de Yaoundé. Il y a quelques années, elle a avorté. “ J’ai eu un avortement quand je faisais la classe de seconde. C’était pendant les vacances ”, raconte-t-elle. Elle poursuit : “J’ai eu une grossesse avec le premier garçon que j’ai connu. A l’époque, je n’avais que quinze ans ! Je ne pouvais pas informer mes parents ou mes sœurs ”. L’adolescente informe son partenaire. La mère de ce dernier est infirmière. “C’est elle qui a décidé de mon avortement ”, dévoile Clarisse. Pourquoi ? “ Elle a estimé que j’étais trop jeune pour garder cette grossesse”, répond-elle.

Quant à la méthode utilisée pour expulser le fœtus, la jeune fille déclare : “La mère de mon copain est allée voir l’une de ses tantes pharmacienne. Celle-ci m’a donné des comprimés que je devais boire en continue. Après une semaine, j’ai commencé à avoir des saignements ”. Par la suite, “ j’ai saigné pendant deux semaines d’affilée ”. Pour garder le secret “ je gardais mes serviettes hygiéniques chez mon copain… ” La grossesse n’avait que deux mois d’âge. Et pourquoi avoir mis ses parents hors du coup tordu ? “ Tu voulais qu’on me tue ? Je n’avais que quinze ans ! ”

Peur de représailles parentales

Liliane flore a avorté en classe de première. L’adolescente était loin de sa famille basée à Douala. L’élève vivait à Yaoundé chez son frère aîné. Elle ne voulait pas “ ramener une grossesse aux parents au lieu du diplôme ”. Pourtant, son conjoint, qui n’était pas élève, veut “ avoir un enfant ”. Peu importe qu’il sorte des entrailles d’une élève. Liliane s’entête ; elle veut expulser le fœtus. Elle consulte ses amies pour “ savoir ce qu’il faut faire ”. Les “ recettes ” de ses amies provoquent des saignements. Mais “ ce n’est pas sorti ! ” A trois mois de grossesse, elle use de subterfuge pour obtenir de l’argent de son copain. Son stratagème : elle demande des sous pour des visites prénatales et les examens médicaux. Elle prend la direction de l’hôpital, non pas pour se faire consulter comme les autres femmes enceinte, mais pour un curetage.

Ses multiples tentatives d’avortement sont infructueuses. Elle va de recettes en recettes. Elle réussit à se servir de ses formes physiques généreuses pour dissimuler les signes extérieurs de grossesse jusqu’à six mois. Un beau jour, elle “ tombe ” sur la “ recette fétiche ”. Une potion traditionnelle qu’elle devait ingurgiter pour évacuer le “ locataire indésiré de ses entrailles ”. Mais la potion est très forte. Après l’avoir bue, la jeune fille se rend aux toilettes dans l’espoir d’évacuer le fœtus. Le “ crime ” n’est pas parfait. Elle s’évanouit. Tout le quartier est ameuté. Et découvre que la jeune fille aux allures plutôt pudiques gît dans une marre de sang aux côtés de deux fœtus de sexe masculin. Des clichés comme ceux-ci, il y’en a à la pelle dans les quartiers et au quotidien.

Christian LANG

Rédaction de Cameroon-Info.Net
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