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"Le taux de saturation en gaz carbonique (Co2) susceptible de provoquer l'instabilité du lac [Nyos] reste très important d'après les rapports que nous recevons. […] Ce taux s'évalue à près de 300 millions de m3 de gaz. […] Il faut également savoir que le taux de recharge du lac par an est d'environ 5 millions de m3 par an.", a confié hier, mardi 21 août 2007, le ministre de la recherche scientifique et de l'Innovation, Madeleine Tchuenté qui, au cours d'une conférence de presse, a tenu à interpeller la presse sur ce qui "reste à faire " sur le site du lac Nyos. Lac devenu tristement célèbre le 21 août 1986 à la suite de l'éruption massive et brutale de gaz toxiques ayant provoqué la mort par asphyxie d'au moins 1746 personnes.
Ainsi, malgré les opérations de dégazage opérées dès janvier 2001 par une équipe française dirigée par le professeur Michel Halbwachs, le site n'est pas encore totalement sûr. D'après le ministre de la Recherche scientifique et de l'Innovation en effet, vu la situation, "on recommande l'installation des colonnes additionnelles qui permettront d'accélérer l'évacuation de ce gaz. Nous devons savoir que le gaz s'accumulera toujours au fonds du lac et s'il atteint le point de saturation, il explosera encore en libérant son gaz toxique" qui fera encore certainement plusieurs victimes. De ce fait, il faudrait ajouter quatre colonnes de dégazage supplémentaires. Les premiers travaux ont été financés par l'Agence américaine pour le développement international (Usaid). La France et le Japon ont également participé au projet.
Inquiétudes
Seulement, malgré toutes ces initiatives menées sur le site, les inquiétudes perdurent. D'autant que selon des chercheurs proches des travaux, toute secousse sismique de moyenne magnitude, d'après le ministre, pourrait provoquer la rupture de la digue. De ce fait, le succès orchestré lors des premières opérations de dégazage en 2001 ne doit pas faire oublier ce risque qui, d'après les scientifiques de haut niveau qui se succèdent à Nyos, encore plus grave que plusieurs missions d'expertise, de chercheurs et d'universitaires, ont révélé par la suite : c'est la possible rupture du barrage naturel en matériaux pyroclastiques relativement friables de 40 m de hauteur qui tient en réserve quelques 40 à 50 millions de m3 d'eau de ce lac Nyos. Les vies de quelques 10.000 habitants ou davantage seraient alors menacées à l'aval, en particulier au sud-est du Nigeria tout proche.
Bien que le ministre de la Recherche scientifique et technique rejette les allégations de ces chercheurs étrangers pour qui une éruption du barrage n'est pas exclue dans les années à venir, Madeleine Tchuente estime toutefois qu'il ne faut pas non plus laisser le temps à la nature de reprendre ses droits.
Pour ces scientifiques en effet, et bien que les points de vue soient absolument opposés, une constante apparaît tout de même: cette éruption aura bien lieu. Pour les uns, le désastre est imminent. Le lac aurait été créé, il y a moins de 500 ans. Pour d'autres, il n'y a aucun risque de rupture prévisible, ce barrage existant depuis plus de 100.000 ans. Au ministère de la Recherche scientifique, cependant, on dit opter pour la prudence et prendre des mesures pour que cette éventuelle cassure ne se produise pas. Pour y faire face, deux écoles s'opposent. Alors que la première propose de construire une dalle en béton au-dessus du barrage pour arrêter l'érosion superficielle qui attaque le barrage, et de procéder à une injection de béton armé dans l'édifice pour arrêter l'érosion régressive. La deuxième option serait plutôt de décaper le barrage sur 20 m dans sa partie supérieure qui est la plus fragile. Ceci, après avoir vidé le lac d'une partie importante de son eau grâce à l'action de 10 colonnes préalablement installées.
Explosion
Cette éventuelle fracture du barrage est d'autant plus inquiétante pour les environs du lac Nyos que, depuis quelques années, une dizaine de familles recasées se sont réinstallées sur les flancs du lac il y a quelques années pour se livrer à la pratique de l'agriculture. Dans la plupart des cas, ils expliquent leur geste par l'aridité des zones dans lesquelles elles ont été recasées. Et puis, la route construite au lendemain du drame s'est dégradée au fil des ans, les coupant pratiquement du reste du monde. Même de ce détachement de l'armée installé dans un campement pour veiller sur les populations au cas où la situation se dégraderait. On se souvient que, la nuit fatidique du 21 août 1986, les eaux profondes du lac Nyos atteignirent leur point de saturation de dioxyde de carbone et sans avertissement, un brusque mouvement de terrain dû à l'activité sismique, volcanique ou quelque chose de semblable provoqua une éruption violente et écumeuse de l'eau carbonatée qui a monté jusqu'à 120 mètres dans le ciel.
Les eaux du lac tournèrent au rouge lorsque des particules de fer furent crachées à la surface par l'agitation. Environ 100 millions de mètres cubes de gaz émergèrent du lac au moment de l'explosion, balayant rapidement les vallées entourant le lac Nyos pour redescendre suffoquer et empoisonner les habitants en-dessous. La mort survint très rapidement. 1746 personnes ont péri, selon le bilan officiel de l'accident. Le nuage mortel a couvert une aire de jusqu'à 8 kilomètres autour du lac, tuant tous les troupeaux se trouvant dans la zone. Les 845 survivants ont souffert des affections des poumons (oedème) et des yeux (conjonctivite). Cette catastrophe est survenue deux ans après celle du lac Monoun (15 août 1984) situé dans la même zone géographique et qui avait causé la mort de 37 personnes.
Pour Comprendre
Récupération de Co2
L'une des solutions préconisées par le ministre camerounais de la Recherche scientifique et de l'Innovation est de récupérer le gaz carbonique stocké pour une illustration industrielle. Le principe consiste à capter le CO2 à son point d'émission (raffineries, usines, etc.), de le concentrer et le transporter vers un site géologique adéquat pour son stockage.
Les industries locales pourraient donc s'inspirer de l'exemple de Gaz de France qui participe au projet européen Castor (CO2 from Capture to Storage), directement ou par l'intermédiaire de ses filiales. Le Groupe contribue ainsi à l'étude de plusieurs cas de stockages géologiques.
K12B (mer du Nord hollandaise) : le CO2 émis par l'exploitation de ce gisement off-shore est directement réinjecté dans le sous-sol du site. Ce gisement est exploité par Proned, filiale de Gaz de France.
Snohvit (Norvège) : sur le gisement de gaz naturel off-shore de Snohvit (dont Gaz de France détient une participation de 12 %), le CO2 est séparé du gaz extrait et réinjecté dans le sous-sol sur le site.
Casablanca (Maroc) : ce gisement de pétrole off-shore n'est plus exploité. Du CO2 d'origine industrielle y est injecté pour être stocké.
Lindach (Autriche) : le gisement de gaz on-shore de Lindach est situé à 500 m de profondeur. Il reçoit du CO2 d'origine industrielle qui y est stocké.
Par ailleurs, Gaz de France étudie la possibilité d'injection de CO2 dans plusieurs champs de production en Europe et en Afrique du Nord
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