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Célestin Bedzigui: “Modifier la constitution serait un crime politique de haute trahison.”
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28 DEC. 2007
© Valentin Siméon Zinga | La Nouvelle Expression
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Entre la gestion de Arri Inc son agence de notation en risque pays, et son travail de conseiller au sein de Prudential Financial, l’une des plus grosses firmes américaines en matière de services financiers, investissements et assurances, l’ancien vice-président de l’Undp a pris la peine d’explorer divers sujets qui préoccupent les Camerounais...
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Depuis de longs mois on ne vous pas entendu...

Un temps consacré à la réflexion… A sujet grave convient méditation dans le silence et parole forte lorsque le temps de parler arrive. En prenant le chemin de mon exil américain, il y a bientôt trois ans, j’avais choisi de me mettre en réserve, ayant été pendant près de douze ans de tous les combats pour la démocratie dans notre pays


Comment vivez-vous le débat sur la révision de la Constitution qui anime la scène politique depuis des mois ?

On observe depuis quelques mois des manœuvres des féaux du parti de Monsieur Biya visant à une réécriture de la constitution de manière à permettre à Monsieur Biya d’être président à vie du Cameroun et perpétuer le système de prédation institutionnalisée qui a déjà presque tué notre pays… C’est un péril extrême pour le Cameroun et son avenir. En logique et en droit, la norme constitutionnelle est intangible. C’est elle qui fonde la stabilité d’un Etat et de ses institutions, c’est elle qui sert de mesure à la Loi. De plus, les raisons pouvant entraîner la révision de la constitution doivent être d’un ordre majeur tel qu’un changement de régime ou une modification de la forme de l’Etat ou de l’ordonnancement institutionnel. Modifier la constitution dans le seul but de permettre à Monsieur Biya de se représenter serait une violation flagrante de la constitution. La constitution est la dernière protection du citoyen contre un pouvoir abusif. Sa violation délibérée justifierait amplement que les Camerounais soient prêts à se lever en masse pour la défendre, soient prêts aussi à payer le prix. De plus, il faut tout de même que le Cameroun s’inscrive dans les processus des Etats modernes en matière d’exercice du pouvoir ou prévalent des termes de plus en plus brefs : quatre ans aux Usa, cinq ans en France et en Afrique du Sud, des mandats de plus en plus limités : un en Corée du Sud, un au Mexique, deux au Nigeria, Afrique du Sud et j’en passe. L’exemple de Abdou Diouf, Obansanjo, Thabo Mbeki, Rawlings qui quittent le pouvoir dignement est un prisme grossissant du grotesque de Biya à s’accrocher au pouvoir après plus de cinq mandats et près de trente ans d’un règne décevant à tout point de vue… Le Cameroun mérite-t-il une telle dérision et une telle malédiction ??? Non !


Vous êtes préoccupé par l’orchestration qui se fait à l’intérieur du Rdpc ?

C’est une grossière mise en scène. Connaissant à quel point sont contrôlées par le Palais d’Etoudi la radio et la télévision d’Etat, il ne peut être autorisé à des gougnafiés de se voir autoriser à exprimer sur les ondes nationales une proposition comme celle-là, impliquant et la constitution du Cameroun et la président de la République sans que ce dernier n’y consente. Si Monsieur Biya, instrumentalisant ses complices, va au bout de son intention, il s’agira non seulement d’une violation flagrante de la constitution, mais aussi d’un crime politique de haute trahison, car il aura abusé du contrôle qu’il a sur les institutions pour manipuler à des fins personnelles la seule chose qui est intangible dans notre pays, la constitution.


En démocratie, même en construction, les citoyens ont tout de même le droit d’exprimer leurs opinions...

Dès le début des années 90, Biya a refusé la démocratie. Il n’ont pas changé d’état d’esprit depuis lors. On peut dire que depuis le temps où il faisait arrêter, emprisonner et torturer des citoyens parce qu’ils avaient osé écrire un brouillon de statut d’un parti politique à créer, jusqu’aujourd’hui où il refuse que les élections soient gérées par un organisme indépendant sans interférence des sous-préfets, il n’y a pas, du point de vue de la légitimité de son pouvoir, aucune différence. Monsieur Biya n’a jamais été élu par la majorité des Camerounais. Les années de lutte de l’opposition ont certes permis d’arracher une certaine liberté de parole. Mais les pratiques électorales établies par l’administration ont donné naissance à un monstre que j’appelle la ``maldemocratie`` qui brandit le vote d’une infime minorité sélectionnée de citoyens comme diplôme de la démocratie, alors que la grande majorité de nos populations n’ont pas la possibilité de faire valoir leur opinion. Il y a là, à la longue, un risque majeur de rupture de la cohésion civile.


Vous êtes excessif...

Ces gens qui, au fil du temps et des élections, se voient exclus des élections parce que par rapport au lieu où ils résident “leur nom ne sonne pas correct” et de ce fait, sont catalogués potentiellement opposants et ne reçoivent pas de carte d’électeurs, un jour ou l’autre, voudront que leur voix soit entendue et Dieu seul sait par quel moyen… Est-il réaliste de faire croire, par exemple, que toutes les communes de Yaoundé sont peuplées majoritairement de sympathisants du Rdpc ? Absolument pas… La majorité des populations de certaines zones sont tout simplement écartées des listes électorales qui sont alimentées en majorité par les noms fournis par les responsables locaux du Rdpc. Ceux qui sont frappés du ``délit de patronyme`` ne peuvent pas rester toute leur vie privés de la jouissance de leur droit civique élémentaire de base qui est le libre vote. Laisser ainsi la frustration s’accumuler dans les esprits des citoyens est un jeu périlleux. Quand le bouchon finit par sauter, ce ne sont pas les armes des sous-préfets et autres préfets qui s’autorisent à tirer sur des manifestants pacifiques, un cas unique au monde ! qui arrêtera le déferlement qui s’en suivra… Parlant toujours de frustration, je relève le cas de ces milliers de Camerounais résidant à l’étranger à qui il n’a jamais été donné l’occasion de voter. Le régime de Biya ne leur connaît d’existence que lorsqu’il s’agit de tournée de propagande d’installation des organes de base du Rdpc… Après cela, rideau messieurs, on ne vous connaît plus !!! La aussi, le Cameroun est unique dans le genre au monde. C’est autant de raisons de s’inquiéter pour le futur de notre pays…


Peut-on sortir de cette logique, et comment ?

Bien sûr. Le remède est dans l’approche. C’est d’elle que se déduisent les mesures pratiques à prendre. Le régime de Biya privilégie la démocratie en tant que procédure. On organise des élections alibis, qu’importe si les listes sont fausses, qu’importe si les votes sont multiples, qu’importe si la participation est marginale. Ce qui compte, c’est les procès verbaux validés par les magistrats aux ordres des commissions départementales, c’est la forme, c’est la procédure. Peu importe la légitimité. Je privilégierai pour ma part une approche de la démocratie en tant que culture. Des citoyens ayant accès à la possibilité de voter, conscients de l’importante de leur vote comme instrument du choix et de sanction de leurs dirigeants, un processus électoral mené par une organisation indépendante. Voyez ce qui se passe au Ghana, au Kenya, en Afrique du Sud. Voilà des modèles, et je suis fondé de croire que les Camerounais méritent de savoir leur pays être cité parmi les exemples, ce qui est le cas contraire pour le moment…


Vous avez sûrement suivi la polémique sur le rapatriement des restes du président Ahidjo. Quelle réflexion vous inspire-t-il ?

Sujet grave s’il en est, qui conditionne grandement l’avenir de notre nation. Sujet dont certains aspects doivent cesser d’être tabous. La gravité du sujet commande qu’un jour toutes les composantes de la nation se rassemblent dans une assise du type “Vérité et Réconciliation” afin de mettre à plat notre histoire et partir sur des bases nouvelles purgées de toutes les rancœurs cachées. J’appréhende la réconciliation nationale à deux niveaux: le niveau historique et le niveau politique. J’analyse ici le niveau historique. La naissance du Cameroun indépendant s’est faite dans le sang de milliers de Camerounais, patriotes luttant avec des fusils de traite pour l’indépendance. Nos compatriotes Bamilékés et, dans une certaine mesure, Bassa- Bambimbi ont payé un prix en vies humaines très élevé. Mais l’historiographie officielle n’a jamais voulu reconnaître le sacrifice de ces patriotes qui continuent d’être appelés `` maquisards``. Le jour doit venir où la nation reconnaîtra et enseignera aux jeunes générations qu’il y a eu un génocide bamiléké perpétré par les colons et que cela a été une part importante du prix payé pour notre indépendance. Il faut que le sujet cesse d’être tabou pour être débattu sereinement et que la nation exprime sa reconnaissance à ceux qui se sont sacrifiés pour notre indépendance. Nos compatriotes Bamiléké méritent ce geste qui étanchera le sentiment d’injustice que certains d’entre eux ressentent et qu’il m’a été donné de relever dans nos conversations depuis les trois décennies que dure mon alliance matrimoniale avec eux. .


Et au niveau politique ?

C’est le respect de l’esprit de la loi d’amnistie de 1991 qui était censée clôturer le conflit politique survenu à la suite de la passation de pouvoir entre Ahidjo et Biya qui est en cause. Dans la nuit du 28 novembre 1997, dans le cadre de l’élaboration de la plate-forme politique Rdpc-Undp, nous nous sommes retrouvés autour de la table, entre autres, côté Rdpc Mafany Musonge et Joseph Charles Doumba ; côté Undp, Maïgari Bello Bouba et moi. Nous avons retenu comme étant l’un des trois piliers de l’accord politique la réconciliation nationale, en écrivant : ``Renforcer l’Unité et la Cohésion nationale notamment par la poursuite de la politique de Réconciliation nationale et l’application de la loi d` amnistie du 23 Avril de 1991``. Le président Biya à qui le texte sera soumis aux premières heures de la matinée, nous fera savoir que pour lui, la loi d’amnistie qui datait de six ans avait droit à ses pleins effets et que la mentionner était superflu. L’un de ces effets était bien sur le rapatriement de la dépouille de l’ancien président Ahidjo. Un sujet évoqué à un tel niveau est donc forcement d’intérêt national, qui plus est, compte tenu de la charge symbolique du président Ahidjo, non seulement pour nos compatriotes du Septentrion mais aussi pour tous les Camerounais. Lorsqu’à New York, j’ai suivi, il y a quelques semaines, Monsieur Biya s’exprimant sur France 24 dire que le rapatriement du corps d’Ahidjo était une affaire familiale, je tombais des nues. Un dirigeant soucieux d’arriver à l’apaisement des cœurs de son peuple aurait depuis longtemps organisé le retour de la dépouille de son prédécesseur. Au lieu de quoi, Monsieur Biya prend en otage une partie de l’histoire du Cameroun en refusant aux Camerounais des obsèques nationales et un sépulcre pour leur premier président. Il enlève également à ceux qui aimeraient interroger les zones d’ombre de la période de l’Histoire de notre pays où Ahidjo le gouvernait la possibilité de le faire. Il est vrai qu’il subsiste beaucoup de mystère sur la relation amour- haine qui continue à prévaloir entre ces deux personnages. En refusant d’initier une réconciliation nationale réelle, et compte tenu de sa place de bras droit d’Ahidjo, Monsieur Biya craindrait-il que la lumière soit jetée sur son rôle et sa responsabilité sur les épisodes sanglants de notre histoire ? Les Camerounais seraient en droit de poser cette question un jour …


Bedzigui, un recours en 2011 ?

Laissons au temps la parole…


Le Cameroun est en quête d’investisseurs étrangers. Et le flou qui persiste sur l’après 2011 ne semble pas rassurant. Pourquoi d’après vous ?

Le coefficient d’attractivité du Cameroon auprès de la communauté internationale des investisseurs ne connaît guère d’amélioration depuis des années et ce pour des raisons politiques de `` maldemocratie`` connue de tous. Tenez, ``The World Analysis for Every Country on the Planet`` préparé et publié à la fin de chaque année par la Cia et rendu public il y a quelques semaines dit du Cameroon:``political power remains in the hands of a ethnic oligarchy headed by President``... Lorsqu`au-delà d`une telle appréciation, on apprend qu’un tel pouvoir tend à se perpétuer, les investisseurs internationaux dont ce rapport est l’une des sources d’informations sur la stabilité de l’environnement économique et politique préfèrent aller placer leurs billes ailleurs ! Le combat pour mettre un terme à l’ère Biya porte en réalité sur la volonté ou non d’un souffle politique nouveau, mais aussi d’une nouvelle perception de notre pays par les investisseurs internationaux se traduisant par un afflux d’investissements nouveaux et un avenir plus prometteur pour les jeunes et pour nos enfants.


Le programme triennal avec le Fmi et la Bm arrive à terme fin juin 2008. Et beaucoup s’inquiètent de ce que le régime ne soit toujours pas à mesure de dire s’il va modifier ses rapports avec ses institutions, s’il va élaborer sa propre politique économique... Ce silence vous semble-t-il préoccupant ?

Préoccupant et surtout révélateur. Et nous avons toujours dénoncé l’incapacité de ce pouvoir à formuler une politique économique émanant d’une réflexion de ses propres compétences et adossée sur une vision à long terme de la vocation de notre pays, de la mise en valeur de nos ressources tant naturelles qu’humaines. Le régime de M. Biya s’est réfugié depuis une vingtaine d’années derrière la feuille de vigne des réformes imposées par le Fmi et la Banque mondiale qui ont forcément un impact limité sur la gestion financière à court terme en ce qui concerne le Fmi, et sur le renforcement de capacités de sous-systèmes périphériques en ce qui concerne la Banque mondiale. Où sont les deux ou trois barrages de production hydroélectrique dont le Cameroun aurait dû se doter depuis vingt ans pour prévenir le déficit actuel d’énergie dont souffre le pays et qui n’autorise aucun investissement industriel majeur? Où est l’autoroute Nord-Sud qui mettrait Ngaoundéré à quatre heures de Yaoundé et accélérerait la circulation des hommes et des produits entre le Nord et le Sud de notre pays, ce qui donnerait un coup de fouet à la production et aux services? Où est le programme d’éradication des bidonvilles de la Briqueterie, Mokolo Elobi, Nkololoun et j’en passe qui donnerait lieu à des développements de programmes d’habitats sociaux utilisant les matériaux locaux relançant ainsi le secteur de la construction ? Où est le programme de modernisation et de mécanisation de l’outillage agricole pour libérer nos paysans de la servitude de la machette et de la houe aux performances si limitées ? Où est la seconde travée de l’autoroute Douala- Yaoundé pour mettre un terme à l’hécatombe de l’axe dit "lourd", le second pont sur le Wouri, le tout pour relancer le secteur des travaux publics? Où est le programme d’informatisation de la société camerounaise pour mettre en valeur notre potentiel de jeunes si bien formés et dont certains sont parfaitement bilingues ? La seule revue de ces questions illustre à quel point, du fait de la domination de la culture égocratique, le régime en place ne semble pas préoccupé ou est incompétent à élaborer une véritable politique économique de développement du Cameroun. Et je pense au titre du livre du Sud-Africain Alan Paton: “PLEURE O PAYS BIEN AIME”.

Rédaction de Cameroon-Info.Net
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