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Emeutes de février : Trois ans de prison ferme pour Lapiro de Mbanga
La Nouvelle Expression
LE 25 SEPTEMBRE 2008
© La Nouvelle Expression
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L’artiste a été reconnu coupable de trois infractions. Il devra payer 200 millions de francs à la Spm et 80 millions de francs au ministère des Finances. La défense interjette appel.
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La sentence a été rendue hier, à 13h50. Le tribunal de grande instance du Moungo s’est prononcé après une heure de délibération.

Dans la salle d’audience comble, pas un mot à la lecture du verdict final. Tous sont figés, comme frappés par la foudre. Le tribunal, statuant publiquement en matière criminelle et en premier ressort,

a déclaré l’accusé Lambo Sandjo Pierre Roger coupable de complicité de pillage en bande et des délits d’attroupement et obstruction sur la voie publique. La décision précise qu’en sa qualité de délinquant primaire et bénéficiant de larges circonstances atténuantes, il écope de trois ans de prison ferme. Les 280 millions de francs de dommages et intérêts sont repartis comme suit : 200 millions à verser à la Société des plantations de Mbanga (Spm) et 80 millions au ministère des Finances. Cette dernière somme, demandée par Jacques Benjamin Mbango, le représentant du centre divisionnaire des impôts de Mbanga, devrait servir à réhabiliter l’immeuble abritant ses services et détruit lors des émeutes de février. Les frais de procédure sont fixés à 359 000 francs, à verser au tribunal, et de 12 mois de contrainte par corps en cas de non paiement de ladite somme.

Me Augustin Mbami, de la défense de Lapiro, ressort quelques points positifs de cette décision. “ Mon client était poursuivi pour six infractions. Le tribunal n’en a retenu que trois. De plus, la Spm réclamait 1 milliard de francs Cfa, elle n’aura que 200 millions. ”

Aussitôt la sentence rendue, la défense a interjeté appel. L’expédition de l’acte d’appel a été délivrée par le greffier en chef du Tgi du Moungo. Conformément à l’article 443 du code de procédure pénal, la défense a un délai de 15 jours à compter de ce jour, soit le lendemain de l’enregistrement de son appel, pour faire parvenir un mémoire contenant ses moyens et conclusions

Plaidoiries

A l’ouverture de l’audience, le président de la collégialité, Michel Ntyame Ntyame, a procédé à la lecture du jugement pendant une quarantaine de minutes. Il est revenu sur les dépositions des témoins de l’accusation et a conclu que : “ La seule présence de l’accusé, leader d’opinion écouté dans la localité sur les lieux des pillages, en train de filmer, a pu galvaniser les casseurs ”. Ils (ces vandales) ne pouvaient pas laisser un intrus les filmer, ainsi a soutenu le président du tribunal.

La culpabilité de Lapiro ainsi avérée, la partie civile, dont la Spm, a de nouveau réclamé des dommages de 1 milliard de francs, dont 700 millions pour les dégâts matériels, et 300 millions pour les préjudices commerciaux.

Bifouna Ndongo, le procureur, a puisé dans le répertoire des chansons de l’accusé et des autres artistes pour requérir une peine d’emprisonnement ferme, allant de 10 à 20 ans, comme la loi l’exige, pour les coupables de pillage en bande qui doivent être punis au même titre que les auteurs. “ Il a si souvent dit “ no make erreur tara”. Il aurait dû suivre ses propres conseils. Cette peine doit être prononcée pour servir de leçon. Plus jamais ça ! ”

Me Manfo, de la défense de Lapiro, affirme que : “ Les auteurs du pillage en bande ont été condamnés à Mbanga, le 5 mars dernier, à 18 mois d’emprisonnement ferme. Le complice ne saurait être plus sévèrement puni que l’auteur”. Me Augustin Mbami plaide en faveur des circonstances atténuantes, rappelant à la cour la personnalité de l’accusé, “ un artiste de renommée internationale au casier judiciaire vierge jusqu’à ce jour ”.

On a noté une forte présence des forces de l’ordre au tribunal de grande instance du Moungo. “ On nous a demandé de venir pour pallier tout débordement à la lecture du verdict ”, confie un policier ayant requis l’anonymat. Des prévisions non avérées, puisque des centaines de personnes venues suivre le verdict s’en sont allées, commentant une “ décision quelque peu exagérée ” par rapport aux infractions commises.

Carole Yemelong

Un verdict attendu



Lapiro de Mbanga a finalement été condamné à trois ans de prison ferme. Les réquisitions du procureur de la République le laissaient déjà un peu entrevoir. Le tribunal a retenu contre lui les faits de “ complicité de pillage en bande, de délit d’attroupement et d’obstruction sur la voie publique ”.

Pour soutenir cette condamnation, le tribunal a argué que si les casseurs ont complaisamment laissé Lapiro filmer leurs manifestations et leurs casses, c’est parce qu’ils ont reconnu en lui un complice. Par conséquent, il est coupable.

On se rappelle que ces émeutes de la faim, qui ont ensanglanté le Cameroun entre le 25 et le 29 février 2008, étaient retransmises en direct par nombre de chaînes de télévision camerounaises. Avec des reporters photographes qui opéraient au vu et au su des manifestants. Aucun de ces journalistes n’a été poursuivi parce que les manifestants les ont laissés faire.

C’est la première personne que la justice poursuit individuellement dans le cadre des émeutes de février 2008 et qui est condamnée à une peine plus lourde que les émeutiers. Lesquels avaient écopé au plus de 18 mois de prison ferme. Et qui avaient d’ailleurs bénéficié d’une grâce présidentielle quelque temps après leur incarcération. Est-ce à dire que Lapiro est un cas à part ? Qu’est-ce qui peut fonder sa particularité ? Il devra verser 280 millions F Cfa à la Société des plantations de Mbanga (Spm) au titre des dommages et intérêts. C’est dire qu’il va payer seul les frais. Tout comme le centre divisionnaire des impôts de Mbanga qui, jusque-là, a été très absent dans la procédure, doit bénéficier de 80 millions F Cfa pour refaire ses installations vandalisées.

Autre curiosité, Lapiro est, en attendant le verdict de l’affaire Paul Eric Kingué, l’ex-maire démis de Njombé Penja, l’un des rares complices des émeutes de février qui a attendu six mois pour être condamné. Ceux pris dans le cadre de ces événements avaient eu doit à un procès sommaire, suivi d’une condamnation ou d’acquittement.

La condamnation de Lapiro, au-delà de ce que d’aucuns peuvent considérer comme la rigueur de la justice, laisse une impression de règlement de comptes. Au regard des antécédents : les chefs d’accusation sont très brumeux ; le personnage est une autorité traditionnelle populaire et combattue par beaucoup d’adversaires. C’est un artiste dont le franc-parler indispose les dirigeants politiques de tous bords, y compris dans sa formation politique, le Social Democratic Front (Sdf) ; il est surtout l’homme politique à abattre à Mbanga, où il a publiquement défié les autorités administratives et des forces de maintien de l’ordre à l’occasion des dernières élections municipales qu’il a perdues. Mais, il conteste toujours les résultats.

David Nouwou

Rédaction de Cameroon-Info.Net
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