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La nouvelle a été diffusée en boucle au cours de la journée d'hier, par plusieurs agences d'information: La présidence de la République de Guinée Equatoriale a été attaquée par un groupe armée cette nuit [hier, mardi -Ndlr-]. L'assaut qui a été donné vers trois heures du matin a cependant été repoussé par la garde présidentielle. A en croire l'Agence de presse africaine (Apa), l'on percevait encore le bruit des armes vers 10h même si c'est vers six heures que les forces armées équato-guinéennes ont véritablement repris possession de la capitale. Selon des correspondants d'autres agences, les assaillants qui sont arrivés à Malabo à bord de vedettes, ont fait un mort dans les rangs de la garde présidentielle.
D'après les autorités de Guinée Equatoriale, deux membres du groupe auteur de l'attaque ont été tués et d'autres noyés. La garde du président Obiang Nguema signale aussi l'arrestation de certains membres de la bande qui a perpétré cette agression contre le palais présidentiel. Parmi les installations visées par le groupe armé, des sources dans la capitale équato-guinéenne citent le port dont un employé d'une entreprise chargée de l'agrandissement a été retrouvé mort. Joint au téléphone au cours de la nuit d'hier, un autre témoin des événements de Malabo a laissé entendre que "les forces de sécurité ratissent les abords de la présidence de la République et la zone du port de Malabo d'où sont venus les assaillants".
L'attaque de Malabo intervient alors que le président Obiang Nguema se trouvait à Bata, la deuxième ville du pays. Au cours de la matinée de mardi, Malabo a été survolée jusqu'en mi-journée par trois hélicoptères qui ont tiré sur des embarcations en mer, dans l'espace portuaire. D'autres témoignages révèlent que les assaillants ont formé deux groupes dont l'un a pris la direction de la prison centrale de Malabo où sont incarcérés les mercenaires britannique et sud africain, Simon Mann et Nick Dutoit impliqués dans une tentative de coup d'Etat en mars 2004. Mais aussi Cipriano Nguema Mba, du nom de ce militaire équato-guinéen enlevé à Yaoundé la capitale du Cameroun par les autorités consulaires de Guinée Equatoriale au mois d'octobre 2008.
Rebelles du Delta
Certains observateurs n'hésitent pas à penser que les assaillants ont voulu les libérer. Dans un communiqué de presse rendu public par le gouvernement équato-guinéen, le groupe armé "venu de la région du Delta du Niger a été repoussé". Le texte lu à la radio nationale vers 13h, a tenu à rassurer les populations restées à la maison toute la journée d'hier dans une ville totalement paralysée. Des Camerounais qui se trouvent à Malabo et que nous avons joints au téléphone tard dans la soirée de mardi, ont indiqué que leur sécurité n'était pas menacée. Mais qu'ils ne pouvaient pas sortir de chez-eux.
De son côté, le ministre équato-guinéen de l'Information, Gerenimo Osaosa Ekoro, a affirmé que des Nigérians figurent parmi les assaillants arrêtés par les forces de sécurité équato-guinéennes et que l'attaque a été perpétrée par un groupe du Delta du Niger.
"Notre pays a été une nouvelle fois victime d'une attaque des rebelles du Delta (du Niger) sur la ville de Malabo", a-t-il souligné. M. Ekoro a cependant exclu toute hypothèse de coup d'Etat. "Cela ressemble plus à un acte criminel qu'à quelque chose de politique. Le gouvernement de Guinée Equatoriale n'y croit en tout cas pas. D'autant que le calme est revenu et la situation est sous contrôle". Réagissant à toutes ces allégations, des observateurs avertis suggèrent l'ouverture d'une enquête internationale. Les tenants de cette proposition subodorent une ruse des autorités équato-guinéennes qui pourraient ourdir une purge pour éliminer des détenus et politiques gênants. La Guinée Equatoriale est une ancienne colonie espagnole. Elle est le troisième producteur africain de pétrole après le Nigeria et l'Angola. Elle est dirigée depuis trois décennies par le général Teodoro Obiang Nguema Mbazogo.
Léger Ntiga
Effet domino
Les Etats qui gravitent autour du golfe de Guinée, devenu un véritable repaire de brigands, ne semblent pas prendre toute la mesure des enjeux géostratégiques et économiques que charrie la région et qui imposent une synergie d'action sécuritaire. La région disposerait des plus grands gisements sous-marins de pétrole connus au monde et de formidables réserves de gaz naturel. Les réserves confirmées de pétrole, le long des 3.700 kilomètres de la ligne côtière du golfe de Guinée, s'élèveraient à 15 milliards de barils. En ce moment, les pays du golfe de Guinée produisent 4 millions 500.000 barils de brut par jour. Selon les prévisions du Centre d'Etudes stratégiques de Washington, dans cinq ans, ces pays s'attribueront 20% du marché mondial du pétrole. Selon cette même prévision, pendant la même période, plus de 33 milliards de dollars seront investis dans les secteurs du pétrole des pays du golfe de Guinée dont 40%, par "ExxonMobil".
L'attaque contre la présidence de la République à Malabo hier aux premières heures de la matinée atteste bien de la gradation dans les actes posés par les bandes armés qui pullulent désormais ici. Après les enlèvements d'expatriés travaillant pour des compagnies pétrolières, les attaques contre des banques à Bata en Guinée-équatoriale et Limbé au Cameroun, il y a eu les assauts contre les positions militaires camerounaises dans la presqu'île de Bakassi avec pratiquement à chaque fois d'importantes pertes en vies humaines et un arsenal emporté. Le 12 novembre 2007, 21 militaires camerounais avaient péri au cours de l'une de ces attaques revendiqués plus tard par une organisation dénommée les "Bakassi Freedom Fighters", présentée comme un satellite du Mend, le Mouvement pour l'émancipation du Delta du Niger, organisation la plus structurée dans la région et qui est à la lisière de la bande armée et de l'organisation politique.
Cette montée de l'insécurité n'a pas jusqu'ici entraîné une mobilisation des chefs d'Etats de la sous-région pour apporter une réponse concertée à un phénomène qui prend de l'ampleur. Ce dernier agrémente les colloques de quelques universitaires qui n'ont aucune prise sur la marche des choses et fait plus l'objet de préoccupations pour les puissances occidentales dont les entreprises ont des intérêts colossaux dans la région ou envisagent d'en avoir. Mais comment pourra-t-on sécuriser le golfe de Guinée si les Etats concernés ne passent pas par une mutualisation des forces et la signature de traités à même d'autoriser ne serait-ce qu'un droit de poursuite dans les eaux territoriales
Pour le moment, les uns et les autres sont réfugiés dans des égoïsmes primesautiers, apportant des réponses xénophobes, sous le couvert d'une pseudo-fierté nationale, avec quelquefois des relents hégémoniques, à une question qui touche à la sécurité de tous et de chacun. Mais surtout à la stabilité de chaque pays et partant donc de celle de la région. Car ces bandes armées qui commencent à recouvrir leurs actions du vernis de revendications politiques peuvent fédérer un peu plus à l'avenir, si les gouvernants n'apportent pas à une population bien au fait des richesses engrengées par l'exploitation des ressources naturelles, des réponses concrètes à leurs problèmes du quotidien.
Junior Binyam
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