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L'Accord de partenariat économique (Ape) ne serait-il qu'un marché de dupes au bénéfice de l'Union européenne (Ue) ? C'est du moins la conclusion qu'on pouvait tirer au sortir de la conférence de presse tenue hier, mardi 3 mars, au siège du Programme d'appui à la structuration de la société civile camerounaise (Pasoc) sis à la nouvelle route Bastos à Yaoundé. Bien que l'objectif de départ fut de dresser le bilan des négociations, d'établir les perspectives après l'accord d'étape signé le 15 janvier dernier par le Cameroun et de clarifier la position de la société civile quant à la signature d'un Ape régional sous sa forme actuelle, cette rencontre avec les journalistes, organisée par l'Association pour la sensibilisation sur les Accords Acp-Ue (Asac), fut le lieu pour les panélistes de dénoncer "les pressions" exercées sur les pays de l'Afrique centrale et les diverses "manœuvres" de la partie européenne pour amener la sous région à conclure cet accord.
"Au mépris des dispositions de l'Afrique centrale", s'est insurgé le secrétaire permanent de l'Association citoyenne de défense des intérêts collectifs (Acdic) Jacob Kotcho, par ailleurs, membre de la commission permanente de négociation au niveau sous régional. Sans mâcher ses mots, ce dernier décrie "la rigidité de l'Ue qui n'a jamais fait aucune concession" et "le recul de l'Ue sur ses engagements concernant le volet développement". Toutes choses qui, laisse-t-il entendre, sont la cause des divergences qui persistent dans les négociations. Pour le président de l'Asac, les dés étaient déjà faussés dès le départ par l'Ue lorsque "celle-ci a divisé les pays Acp en six régions de négociation, dont quatre pour l'Afrique". Or, "les pays ne devaient pas aller en différents blocs devant l'Ue pour la négociation d'un accord commun", ajoute Raymond Ebalé.
Pour M. Ebalé, l'Ue a bien manœuvré en amenant le Cameroun à signer un Ape, tirant ainsi profit de la position stratégique du pays dans la sous région car "le Cameroun a le tissu industriel le plus fort en Afrique centrale". Il remet aussi en cause, "les distinctions" apportées par l'Ue à l'intérieur même des régions, faisant notamment référence aux Pays les moins avancés (Pma) bénéficiant de l'initiative "Tout sauf les armes" qui leur permet d'exporter en Europe sans frais de douane, et ceux bénéficiant du système de préférence généralisé, à l'instar du Gabon et du Congo. Tandis que le Cameroun est passé d'un régime de préférence à celui de réciprocité, suite à l'accord d'étape, renchérit Jacob Kotcho. Au-delà des disparités des régimes commerciaux, relève-t-il, il faut ajouter les "nomenclatures monétaires" qui constituent une entrave dans les négociations.
Mais, là où MM Ebalé et Kotcho voient des pressions, Christine Andéla parle de "peur". Cette représentante de la société pense que ce "pressing" et "l'obsession" de parvenir à la conclusion de cet accord cette fin d'année, est due au fait que l'Europe "a peur de la montée des pays émergents dans les relations commerciales". Alors qu'on s'interrogeait sur la sortie de l'Asac plus d'un mois après la signature de l'accord d'étape, certains voyant par là une simple gesticulation, Raymond Ebalé affirme que des meetings se sont tenus bien avant dans le même cadre. Le président de l'Asac regrette que les propositions formulées par la société civile ne soient pas prises en compte, alors qu'elles sont basées sur les préoccupations des populations.
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