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Jean Tabi Manga: « Le « E-learning » permet de démultiplier notre offre de formation »
Le Messager
YAOUNDE - 4 MARS 2009
© Souley ONOHIOLO | Le Messager
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Le Recteur de l’université de Yaoundé II explique l’enseignement à distance.
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Qu’est-ce qui a motivé la création d’un nouveau campus numérique ?

On est parti d’une programmation qui tendait à revoir le dispositif de ce qu’on appelle ordinairement l’investissement. C’est la raison pour laquelle nos crédits d’investissement ont été démultipliés en deux. Nous avons choisi un investissement qui est matériel c’est-à-dire qui s’occupe des réhabilitations et de la construction des outils pédagogiques. Nous savons qu’il y a un autre investissement, un autre patrimoine qui est immatériel. Celui-ci s’occupe de la confection des objets et des outils pédagogiques dont essentiellement numérique par la voie de l’Internet. C’est la raison pour laquelle, ayant conforté cet acte, l’agence universitaire de la francophonie (Auf) qui, au niveau de ses instances, avait l’intention de diversifier les partenaires, a développé une extension du campus numérique de Yaoundé en installant également à Soa au cœur d’une quarantaine de mille étudiants, un campus numérique pour démultiplier son offre. D’où depuis 2004, des discussions, des concertations qui aujourd’hui ont abouti. Et cette agence universitaire est résolument installée dans le campus de Yaoundé II à Soa.

L’installation du nouveau campus ne va-t-elle pas exacerber la question des infrastructures dont on connaît le déficit ?

A ce jour, tout est réglé. Nous avons offert à l’Auf un bâtiment qui a été réaménagé et réfectionné à son goût. Nous lui avons également offert une salle de formation équipée d’une vingtaine d’ordinateurs modernes avec tout ce que cela comporte comme programmation de formation. Notre partenariat est aujourd’hui fondé sur une coopération d’abord partenariale et ensuite d’une coopération faite de subsidiarité. Il ne s’agit pas pour nous d’une assistance. Nous avons donc donné à l’Auf des moyens et des objets pédagogiques pour démultiplier son offre en ce lieu avec la politique de développement de notre université.

Il y avait jusque-là et pendant beaucoup d’années un campus numérique installé à l’Université de Yaoundé I. Est-ce pour des raisons de saturation ou de forte demande qu’on crée un 2nd campus numérique à Yaoundé ?

Ce qui a entraîné la création d’un 2nd campus numérique à vocation internationale cette fois-ci, c’est l’ensemble des besoins exprimés. Nous avons un campus numérique qui était substantiellement étroit en matière de formation. C’était un campus numérique juridique où nous nous contentions uniquement d’afficher nos cours en laissant le soin à nos étudiants de les reproduire. Il se trouve que pendant ce temps, d’autres offres de formation étaient développées au campus numérique francophone. Beaucoup de nos étudiants et des membres du personnel administratif étaient inscrits à ce campus numérique. Par conséquent envoyaient leur demande à l’Auf. Conscient des efforts que nous faisions dans ce sens, l’agence a jugé utile de se rapprocher de cette nouvelle clientèle et d’être en accord avec notre propre évolution. Ce qui nous satisfait nous aussi.

Depuis quelques temps, on parle du E-learning, l’enseignement à distance, de la délocalisation des formations. Quels sont les avantages liés à cette nouvelle forme d’enseignement ?

Les avantages sont nombreux. Le « E-learning » permet de démultiplier notre offre de formation. Nous allons toucher un maximum de Camerounais. Ceux qui n’ont pas la possibilité de suivre les cours en présence et qui sont à leur bureau pourront désormais, à l’aide de nos campus numériques, accéder à notre offre de formation. Il est question pour nous de conforter d’abord les formations initiales, conforter les formations continues à la fois diplômantes et qualifiantes. Il s’agit d’augmenter et de renforcer les capacités intellectuelles des Camerounais, de faire en sorte que la connaissance puisse effectivement booster l’économie. Nous devons être en phase avec ce qu’on appelle « l’économie de la connaissance ».

En deuxième lieu, le campus numérique permet de régler un autre impératif pressant qui est celui de rentrer dans cette nouvelle université qu’on dirait mondiale ; celle-là qui va succéder à l’université classique africaine, créée par la fondation française de l’enseignement supérieur, ayant en charge de former des Camerounais dans une optique de reproduction d’une classe à la fois des fonctionnaires et des agents de travail dans le privé. Aujourd’hui, il s’agit de créer des agents de développement qui soient à mesure d’initier des processus de création des richesses par les autoformations et les autos emplois. Pour atteindre tout cela, nous devons créer des curricula nouveaux, même à distance pour les toucher. Une deuxième génération d’université est à naître. On la voit se dessiner sous nos yeux.

L’enseignement à distance ne va-t-il pas se heurter à certaines difficultés au moment des évaluations ?

Naturellement, il y aura un problème d’évaluation. Mais, celui-ci a déjà même été réglé par l’Auf puisque au moment des évaluations, les différents apprenants font le déplacement et viennent composer à travers des outils numérisés. C’est ce que nous allons aussi faire ici même à Soa via l’Auf ; et via également nos propres processus et canaux de téléenseignement. Mais pour des formations à long terme, nous aurons des moments d’invitation de tous les apprenants sur notre site pour des clarifications en présenciel de courte durée ; de manière à ce qu’on puisse leur donner le maximum de temps pour pouvoir s’auto former à distance à travers des outils que nous allons mettre à leur disposition.

A travers cette démarche se dessine de plus en plus la question de l’université de 2nde génération tant souhaitée. Pouvez vous repréciser le contenu de ce concept et ses enjeux dans l’enseignement supérieur ?

L’université de deuxième génération, c’est celle effectivement qui a pour contexte la mondialisation des connaissances à travers l’outil des Tic. Ce qui n’existait pas autour des années 1970 au moment où la fondation française et l’enseignement supérieur avaient créé des universités en lien avec l’Unesco dans la plupart de nos pays. Les enjeux et les défis étaient différents. Aujourd’hui, tout cela a substantiellement changé de manière à ce que par le biais de la professionnalisation, nous allons viser davantage des acteurs du développement, former des gens non pas de manière trop classique, mais les former en fonction des besoins locaux qui s’expriment et qui posent problèmes. Il s’agit aussi de donner des outils à ceux-là, pour leur permettre de résoudre effectivement ces problèmes. Les outils intellectuels et matériels. C’est toute une autre ingénierie de la connaissance qu’il convient de mettre en place ; laquelle est en rupture paradigmatiquement avec l’université d’après les indépendances. Comme pour toute évolution qui se veut dynamique, l’université d’après indépendance est celle de la première génération. L’université de la mondialisation à ses défis, ses techniques de formation. C’est une 2ème génération qui s’ouvre et qu’il faut accueillir avec optimisme en renforçant les processus d’autoformation et de professionnalisation.

Rédaction de Cameroon-Info.Net
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