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Texte intégral des discours du pape Benoît XVI et du Présient Paul Biya
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YAOUNDE - 18 MARS 2009
© Cameroon Tribune
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"...je prie pour que l’Eglise, ici et dans toute l’Afrique, puisse continuer à croître en sainteté, dans le service de la réconciliation, de la justice et de la paix" a déclaré le pape à son arrivée à Yaoundé.
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Le texte intégral du discours du président Paul Biya


« Très Saint-Père,

Vous foulez pour la première fois le sol du Cameroun.

Je suis heureux, au nom du peuple camerounais et en mon nom propre, de vous souhaiter une chaleureuse bienvenue dans notre pays.

Tous les Camerounais vous accueillent avec ferveur, avec joie et se sentent honorés de Votre présence. Ils considèrent votre visite comme un privilège exceptionnel pour le Cameroun.

Les travaux du premier Synode des évêques pour l’Afrique s’étaient en quelque sorte achevés au Cameroun par la promulgation en 1995 de l’Exhortation apostolique post synodale « Ecclesia in Africa » par Votre Révéré Prédécesseur.

La providence a voulu que votre visite offre l’occasion de la publication de « l’Instrumentum Laboris » qui marquera le début de la préparation concrète de la deuxième Assemblée spéciale du synode des évêques pour l’Afrique qui doit se tenir à Rome en octobre prochain.

Laissez-moi m’en réjouir et me féliciter de ce que le Cameroun soit ainsi devenu une « terre synodale » ou, tout au moins, comme l’a dit un fin observateur de mon pays « un cadre idéal pour s’adresser à l’Afrique ».

Très Saint Père,

Qu’il me soit permis de dire que le thème retenu pour le deuxième Synode – « l’Eglise en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix » - va dans le sens de nos propres préoccupations.

J’ai en effet souvent déploré que notre continent soit en permanence déchiré par les antagonismes sociopolitiques et les conflits ethniques. Le Cameroun a toujours soutenu les initiatives des organisations internationales pour réconcilier les adversaires et apporté sa contribution lorsqu’il était fait appel à lui.

Grâce au ciel, notre pays qui connaît une grande diversité ethnique a échappé à de tels excès. Sans doute parce qu’il existe entre ses différentes composantes une grande tolérance et un véritable respect mutuel. Probablement aussi parce que le peuple camerounais est doué d’un sens des responsabilités qui l’incline à la négociation plutôt qu’à l’affrontement.

D’autre part, comment ne pas souscrire à l’appel de l’Eglise pour plus de justice pour les populations africaines décimées par les pandémies, la misère et la faim, parfois privées de leurs droits élémentaires et soumises à des conditions de vie dégradantes. Comment ne pas entendre « le cri de l’homme africain » selon l’expression d’un prêtre sociologue camerounais.

Nous nous efforçons pour notre part de répondre aux attentes de notre peuple concernant l’exercice de ses droits civiques et à la satisfaction de ses besoins en matière d’éducation, de santé et de niveau de vie.

Nous nous sommes ainsi engagés depuis une vingtaine d’années sur le chemin escarpé de la démocratie et du progrès social. Sans prétendre être arrivés au terme de notre parcours, je crois pouvoir dire que, malgré les obstacles, nous avons avancé dans la bonne direction. Et nous continuerons dans cette voie.

Quant à la recherche de la paix, elle est le fondement même de notre politique extérieure. Parce que nous savons que, sans la paix, tous nos efforts pour améliorer le sort de notre peuple seraient vains. C’est pourquoi nous menons une politique de bon voisinage avec nos voisins avec lesquels nous avons beaucoup en commun.

Le meilleur exemple de cette volonté de paix que je puisse citer, est le règlement du contentieux sur la péninsule de Bakassi. Grâce à une bonne volonté partagée et l’appui des Nations Unies et de quelques puissances amies, cet épineux problème a pu être résolu à la satisfaction générale. La voie a ainsi été ouverte à une coopération mutuellement bénéfique avec notre grand voisin.

Très Saint Père,

Les Africains et les Camerounais en particulier apprécient hautement Votre décision de tenir un Deuxième synode des évêques pour l’Afrique. Ils y voient la marque de l’intérêt constant que vous portez à ceux qui souffrent de la guerre, de la misère, de la maladie ou de l’oppression.

Cette solidarité affirmée est aussi pour eux un encouragement à ne pas céder à l’afro-pessimisme et à poursuivre leurs efforts pour construire une société plus juste et plus solidaire.

A cet égard, Votre seule présence est porteuse d’espoir et de confiance en l’avenir.

C’est la raison pour laquelle vos paroles seront suivies avec la plus grande attention et seront pour nous tous source d’inspiration et de réconfort.

Très Saint Père,

Merci d’être venu vers nous. permettez-moi de voir en votre visite la marque de l’affection réciproque qui existe entre votre Sainteté et le peuple camerounais.

Nous vous souhaitons un très agréable séjour au Cameroun. »




Intégralité le discours du pape Benoît XVI hier à son arrivée à Yaoundé


“Monsieur le président,

Mesdames et Messieurs qui représentez ici les autorités civiles,

Monsieur le cardinal,

Chers frères dans l’épiscopat,

Chers frères et sœurs,

Je vous remercie de votre accueil. Et merci à vous, Monsieur le président, pour les paroles aimables que vous venez de m’adresser. J’apprécie vivement l’invitation qui m’a été faite de venir ici, au Cameroun, et je veux, Excellence, vous en exprimer ma gratitude, ainsi qu’au président de la Conférence épiscopale nationale, Monseigneur Tonye Bakot. Je vous salue tous, vous qui m’honorez de votre présence en cette occasion, et je désire vous dire combien je suis heureux de me trouver ici, avec vous, sur la terre d’Afrique pour la première fois depuis mon élection au siège de Pierre. Je salue chaleureusement mes frères dans l’épiscopat ainsi que les prêtres et les fidèles laïcs qui sont ici réunis. Mes salutations respectueuses vont aussi aux représentants du gouvernement, aux autorités civiles et aux membres du corps diplomatique. Alors que votre pays, comme beaucoup d’autres en Afrique, approche du cinquantième anniversaire de son indépendance, je veux unir ma voix au chœur des félicitations et des vœux fervents que vos amis de par le monde entier vous offriront en cette heureuse circonstance. Dans cette assemblée, je salue aussi avec reconnaissance les membres des autres confessions chrétiennes et les fidèles les autres religions. En vous joignant à nous aujourd’hui, vous donnez un signe éloquent de la bonne volonté et de l’harmonie qui existent dans ce pays entre les personnes appartenant aux différentes traditions religieuses.

Je viens parmi vous comme un pasteur, je viens pour confirmer mes frères et sœurs dans la foi. C’est la mission que le Christ a confiée à Pierre à la dernière cène, et c’est la mission des successeurs de Pierre. Quand Pierre prêchait aux foules venues à Jérusalem pour la pentecôte, il y avait, présents parmi eux, des pèlerins provenant d’Afrique. Et, aux premiers siècles du christianisme, le témoignage de nombreux grands saints de ce continent – Saint Cyprien, Sainte Monique, Saint Augustin, Saint Athanase, pour n’en nommer que quelques-uns – montre la place remarquable de l’Afrique dans les annales de l’histoire de l’Eglise. Depuis lors et jusqu’à nos jours, d’innombrables missionnaires et de nombreux martyrs ont continué de rendre témoignage au Christ dans toute l’Afrique, et aujourd’hui l’Eglise est bénie par la présence d’environ cent cinquante millions de membres. Comment dès lors, le successeur de Pierre ne serait-il pas venu en Afrique pour célébrer avec vous la foi au Christ, qui donne la vie ; foi qui soutient et nourrit de si nombreux fils et filles de ce grand continent !

It was in Yaounde in 1995 that my venerable predecessor, Pope John Paul II, promulgated the Post-Synodal Apostolic Exhortation Ecclesia in Africa, the fruit of the First Special Assembly for Africa of the Synod of Bishops, held in Rome the previous year. Indeed, the tenth anniversary of that historic moment was celebrated with great solemnity in this same city not long ago. I have come here to issue the Instrumentum Laboris for the Second Special Assembly, which will take place in Rome this coming October. The Synod Fathers will reflect together on the theme : “The Church in Africa in Service to Reconciliation, Justice and Peace : “You are the salt of the earth… You are the light of the world” (Mt 5:13-14)”. Almost ten years into the new millennium, this moment of grace is a summons to all the Biships, priests, religious and lay faithful of the continent to rededicate themselves to the mission of the Church to bring hope to the hearts of the people of Africa, and indeed to people throughout the world.

Even amid the greatest suffering, the Christian message always brings hope. The life of Saint Josephine Bakhita offers a shining example of the transformation that an encounter with the living God can bring to a situation of great hardship and injustice. In the face of suffering or violence, poverty or hunger, corruption or abuse of power, a Christian can never remain silent. The saving message of the Gospel needs to be proclaimed loud and clear, so that the light of Christ can shine into the darkness of people’s lives. Here in Africa, as in so many parts of the world, countless men and women long to hear a word of hope and comfort. Regional conflicts leave thousands homeless or destitute, orphaned or widowed. In a continent which, in times past, saw so many of its people cruelly uprooted and traded overseas to work as slaves, today human trafficking, especially of defenceless women and children, has become a new form of slavery. At a time of global food shortages, financial turmoil, and disturbing patterns of climate change, Africa suffers disproportionately : more and more of her people are falling prey to hunger, poverty, and disease. They cry out for reconciliation, justice and peace, and that is what the Church offers them. Not new forms of economic or political oppression, but the glorious freedom of the children of God (cf. Rom 8:21). Not the imposition of cultural models that ignore the rights of the unborn, but the pure healing water of the Gospel of life. Not bitter interethnic or interreligious rivalry, but the righteousness, peace and joy of God’s kingdom, so aptly described by Pope Paul VI as the civilization of love (cf. Regina Coeli Message, Pentecost Sunday, 1970).

Alors qu’au Cameroun plus d’un quart de la population est catholique, l’Eglise est en mesure de mener à bien sa mission de réconfort et de réconciliation. Au Centre Cardinal Léger je pourrai constater par moi-même la sollicitude pastorale de cette Eglise locale envers les personnes malades et souffrantes ; et il est particulièrement souhaitable que les malades du sida puissent recevoir dans ce pays un traitement gratuit. L’éducation est un autre aspect essentiel du ministère de l’Eglise : maintenant nous pouvons voir les efforts de générations de missionnaires enseignants porter des fruits quand nous contemplons l’œuvre accomplie par l’Université catholique d’Afrique centrale, qui est un signe de grande espérance pour l’avenir de cette région.

Car le Cameroun est bien une terre d’espérance pour beaucoup d’hommes et de femmes de cette région centrale de l’Afrique. Des milliers de réfugiés, fuyant des pays dévastés par la guerre, ont été accueillis ici. C’est une terre de la vie où le gouvernement parle clairement pour la défense des droits des enfants à naître. C’est une terre de paix : à travers le dialogue qu’ils ont mené, le Cameroun et le Nigeria ont résolu leur différend concernant la péninsule de Bakassi et montré au monde ce qu’une diplomatie patiente peut produire de bon. C’est un pays béni parce que la population y est jeune, pleine de vitalité et décidée à construire un monde plus juste et plus paisible. A juste titre, le Cameroun est décrit comme une « Afrique en miniature » qui abrite en son sein plus de deux cents groupes ethniques différents capables de vivre en harmonie les uns avec les autres. Voilà bien des motifs pour rendre grâce et louer Dieu !

Venant parmi vous aujourd’hui, je prie pour que l’Eglise, ici et dans toute l’Afrique, puisse continuer à croître en sainteté, dans le service de la réconciliation, de la justice et de la paix. Je prie pour que les travaux de la deuxième assemblée spéciale du synode des évêques fassent briller d’une vive flamme les dons que l’Esprit a répandus sur l’Eglise en Afrique. Je prie pour chacun d’entre vous, pour vos familles et ceux qui vous sont proches, et je vous demande de vous unir à ma prière pour tous les peuples de ce vaste continent. Que Dieu bénisse le Cameroun ! Et que Dieu bénisse l’Afrique !”




Official and Pastoral Visit of His Holiness Benedict XVI to Cameroon (17 to 20 March 2009), Welcome address by the Head of State
]

«Holy Father,

You are setting foot on Cameroonian soil for the first time.

On behalf of the Cameroonian people and on my personal behalf, I am pleased to wish you a warm welcome to our country.

All Cameroonians welcome you with fervour and joy and feel honoured by your presence. They consider your visit a special privilege for Cameroon.

In a way, the deliberations of the First Synod of African Bishops closed in Cameroon with the promulgation, in 1995, of the Post-Synodal Exhortation “Ecclesia in Africa” by Your Revered Predecessor.

Fate has had it that your visit affords the opportunity for the publication of the “Instrumentum Laboris” which will mark the beginning of preparations proper for the Second Special Conference for the Synod of African Bishops which will take place next October in Rome.

Permit me to commend and welcome the fact that Cameroon has hence become a “Synodal land” or, at least, as a keen observer in my country said, “an ideal rostrum for speaking to Africa”.

Holy Father,

Permit me to say that the theme of the second Synod, “the church in Africa at the service of reconciliation, justice and peace” falls in line with our preoccupations.

In fact, I have often deplored the fact that our continent continues to be torn by socio-political divisions and ethnic conflicts. Cameroon has always supported the reconciliation initiatives of international organizations and lent its support whenever approached.

By the grace of God, our country which is marked by great ethnic diversity has not suffered such excesses. This is certainly due to the fact that there is much tolerance amongst its various components and true mutual respect. It is probably also due to the Cameroonian people who are endowed with a sense of responsibility and are thus more inclined to negotiate than to be confrontational.

On the other hand, how can one fail to subscribe to the call by the Church for more justice for African populations which are being decimated by pandemics, misery and hunger, which are sometimes deprived of their basic rights and subjected to degrading living conditions? How can one fail to hear “the cry of the African”, to use the words of a Cameroonian Priest and Sociologist?

For our part, we are striving to meet the expectations of our people as concerns the exercise of their civic rights and to satisfy their needs in terms of education, health and standard of living.

Thus, for about twenty years now, we have embarked on the steep road to democracy and social progress. Without claiming to have completed our journey, I can safely say that, despite obstacles, we have made progress. And we will continue to move in that direction.

As regards the quest for peace, it forms the very basis of our foreign policy. For, we are aware that, without peace, all our efforts towards improving the plight of our people will be futile. Hence our policy of good relations with our neighbours with whom we have a lot in common.

The best example of this will to peace, which I may cite, is the settlement of the dispute over the Bakassi Peninsula. Thanks to our shared goodwill and the support of the United Nations as well as some friendly powers, this thorny issue was resolved to our general satisfaction. The way is now open for mutually beneficial cooperation with our great neighbour.

Holy Father,

Africans and Cameroonians in particular highly appreciate your decision to hold the Second Synod of African Bishops. They see this as a mark of your constant concern for those languishing in war, misery, disease or oppression.

This show of solidarity also encourages them not to give in to Afro-pessimism and to pursue their efforts to build a more just and more supportive society.

In that regard, Your very presence is a source of hope and confidence in the future.

That is why we will mark Your words which will be, for us all, a source of inspiration and comfort.

Most Holy Father,

Thank you for coming to be with us. Permit me to see in Your visit the mark of mutual affection between Your Holiness and the Cameroonian People.

We wish you a very pleasant stay in Cameroon.»

Rédaction de Cameroon-Info.Net
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