|
Agence de la caisse nationale de la prévoyance sociale (Cnps) de Mvog-Mbi, sise au quartier Nkol-Ndongo samedi dernier au matin. Un grand monde s'active devant l'immeuble. Les éléments de la police ont réduit le trafic pour éviter les accidents à cet endroit où une partie de la chaussée est quasi occupée par les pensionnés de la Cnps venus percevoir leurs dus pour le compte du premier paiement pour l'année 2009. "J'ai retrouvé mon nom sur le liste et j'attends d'être appelé au guichet", confie un retraité, qui a préféré requérir l'anonymat. Les jeunes gens portant des badges de la Cnps appellent à tour de rôle les pensionnés, les guident vers la table de vérification. Apparemment, rien d'anormal. Le site de Tsinga affiche la nouveauté du paiement en un jour avec l'enregistrement des empreintes des assurés. Une expérience à laquelle les pensionnés se soumettent, comme lors de l'établissement des pièces d'identité ou tout autre document officiel exigeant des empreintes.
Les responsables de la Cnps parlent d'identification biométrique afin de mieux sécuriser les données.
Le site du lycée général Leclerc semble accueillir un maximum de personnes. "Nous accueillons ici quatre secteurs avec 18 caisses pour quelque 2.300 pensionnés à satisfaire", confie madame Issa Mouhama, superviseur du site, par ailleurs chef du centre de Messassi. Pendant ce temps, quelques personnes émettent de réclamations. "Je ne retrouve pas le nom de mon parent ici", se plaint un jeune homme, soutenant un homme du troisième âge, avant de s'entendre dire par le superviseur du site que "tous ceux qui n'ont pas été satisfaits aujourd'hui reviendront lundi pour des réclamations. D'ailleurs, nous avons ouvert un poste d'enregistrement pour ceux-là", rassure-t-elle. Mme Abolo Nina du service de Communication de la Cnps explique que tous ceux qui avaient donné un numéro de téléphone ont été informés du lieu de leur paiement et qu'un numéro vert a été ouvert (8100) pour les autres.
Guichet
Néanmoins, entre dégustation d'un sandwich et passage aux toilettes publiques mobiles aménagées pour l'occasion, les assurés passent à la caisse. Même si certains n'ont pas été satisfaits tout de suite. "Il y en a dont la banque n'a pas prévu des enveloppes", explique le superviseur du site. Question de temps, et les bénéficiaires ont le bonheur de palper des billets de banque craquants neufs. Toutefois, se plaindront certains pensionnés, la journée de samedi ne semble pas opportune. D'autres, concernés par les réclamations, ont exigé une note écrite qui leur permet de revenir lundi prochain. A 13h, les sites de l'avenue des banques, à côté de l'hôtel de ville de Yaoundé avaient achevé leurs opérations. Notamment Uba et Financial Bank. Quelques personnes traînaient encore au niveau de l'agence située au niveau du siège de la Cnps.
"Le pari était d'achever les opérations de paiement à 11h. Car, il restera à enregistrer les réclamations et les banques partenaires qui paient devraient faire le point", relève Mme Issa Mouhama au lycée général Leclerc, qui était plus optimiste pour 13h. Pour la responsable de la Communication de la Cnps, le paiement en un jour pourrait être plus rapide encore si la plupart de pensionnés avaient déjà ouvert un compte bancaire, comme les 10.300 sur les 80.000 pensionnés à travers le Cameroun. D'ailleurs apprend-on auprès de la Cnps, tous les bénéficiaires de prestations ayant fourni des références bancaires ont perçu leurs droits du premier trimestre 2009 par virement bancaire depuis le 25 mars, soit une semaine avant les paiements en espèces.
Les paiements concernent les prestations courantes d'un montant global d'environ 12 milliards Fcfa. Au plan pratique, l'organisation de décembre 2008 a pratiquement été reconduite : près de 200 sites de paiement, collaboration des établissements scolaires et financiers, 150 bénéficiaires par caisse.
Quant au paiement mensuel tel que le souhaite un certain nombre de pensionnés, "l'on n'est forcé de comprendre que 77.000 bénéficiaires de prestations sociales ne peuvent être payés mensuellement que si leurs droits sont virés directement dans des comptes bancaires. Tel est, à terme, l'objectif de la Cnps qui ambitionne de devenir une Caisse de sécurité sociale de référence qui devra pouvoir en temps réel liquider et payer les droits au quotidien", a ajouté Nina Abolo du service de communication de la Cnps.
Justin Blaise Akono
Lucienne Momo Essomba : La biométrie limite les déperditions
La directrice régionale Centre-Sud-Est de la Cnps fait le point des opérations de paiement en un jour.
Rendu à la mi-journée, où en est-on avec les paiements en un jour à la Cnps ?
C'est une journée dense d'activité car, elle regroupe tout le personnel d'exécution et tous les techniciens pour mener à bien cette opération. Nous sommes en milieu de journée et avons presque fini. Nous réglons encore les cas sociaux et les réclamations pour les paiements dans une branche ou dans une autre. Près de 200 points de paiement ont été aménagés pour satisfaire en un seul jour tous les bénéficiaires de pensions, de rentes et des allocations familiales des inactifs. comme en décembre 2008, des établissements scolaires et financiers ont été mis à contribution respectivement pour leur cadre d'accueil et leur expertise dans le domaine des opérations de distribution des fonds.
Vous avez initié l'identification biométrique au niveau du site de Tsinga. Pour quelles fins ?
C'est un procédé qui limite les déperditions et des paiements à d'éventuels faussaires. Nous allons peaufiner la méthode dans les jours qui viennent, pour l'étendre à toutes nos structures de paiement. Et ce procédé améliore la qualité du service. Car, notre objectif est de ne pas faire attendre les assurés devant les guichets et limiter les paiements des bénéficiaires qui ne le sont pas. . Cette méthode est celle qui nous permet d'atteindre nos objectifs. Quand aux pensionnés qui touchent déjà par virement, la campagne est en cours. Je suis heureux que les assurés aient répondu à notre attente car, beaucoup parmi eux ont ouvert des comptes. Le directeur général a demandé qu'à partir de 150.000 Fcfa, que les assurés ouvrent des comptes dans des établissements de micro-finance ou dans des banques classiques. Tous les chefs de structures ont noté un nombre assez important d'ouverture de compte.
Et les cas de réclamations ?
Nous gérons les cas de réclamations ou de retardataires à partir de lundi dans nos différents guichets.
J .B.A.
Regard : Transparence
Cette troisième expérience de paiement des retraités en un jour avait été précédée, il faut s'en souvenir, d'une campagne de presse organisée par le président de l'Arecam, l'une des associations de retraités, M Ntonga Foubanga qui avait adressée une correspondance au ministre en charge du Travail et de la sécurité sociale, Robert Nkili, à l'effet de faire pression sur le Dg de la Cnps pour qu'il revienne sur cette décision qui, pensait le président Ntonga Foubanga, était une mauvaise chose. On a pu observer cependant que manifestations de protestation annoncées pour la veille et l'avant-veille de ces opérations de paiement n'ont pas eu lieu. Et que l'opération en elle-même s'est déroulée samedi sur l'ensemble du territoire national sans grosse difficulté, en dehors de quelques ratés dont il faudra encore tenir compte pour huiler les prochains paiements.
Il faut sans doute prendre en compte la correspondance du président de l'Arecam qui, malgré ses excès, pose des problèmes pertinents de sécurité de ces vieillards qui perçoivent leur argent à des endroits surexposés et à la suite d'un tapage médiatique : tous les voyous savent quand a et où a lieu l'opération et traquent systématiquement tous les vieillards pour les dépouiller. Cela peut d'ailleurs expliquer le peu d'empressement qu'ont ces pensionnés à s'exprimer devant les journalistes. Ils disent ne pas vouloir s'exposer, même s'ils reconnaissent pour la plupart que la méthode ne leur pose pas de problème.
En vérité, même si des actions peuvent encore être envisagées pour perfectionner le système, c'est une option qui est irréversible parce que ce qu'elle fait gagner dépasse de très loin les quelques impondérables observés jusque-là. On sait par exemple, même si la direction générale de la Cnps ne communique pas beaucoup autour de ces chiffres, que la méthode de paiement un jour a fait gagner, en deux opérations (3e et 4e trimestres de l'année dernière), plus d'un milliard d'économie, sur une enveloppe globale cumulée à plus de 20 milliards Cfa. L'autre solution, déjà expérimentée par ailleurs par de nombreux pensionnés, est l'ouverture des comptes pour favoriser les virements bancaires qui, eux, précèdent d'ailleurs les paiements à la caisse. Là aussi, les responsables de la Cnps affirment qu'il existe plusieurs établissements où ces comptes peuvent être ouverts, sans consigne ni contrainte particulière.
La méthode d'ouverture de comptes pour éviter une grosse circulation d'argent liquide est d'ailleurs expérimentée par plusieurs chefs d'entreprise. Le Dg de la Crtv par exemple, l'avait introduite quelques mois après sa prise de fonction : la mesure avait permis, là-bas aussi, déconomiser beaucoup d'argent ; et avait susciter de nombreux grincements de dents…
Parce que, dans le fonds, l'ancienne méthode de paiement avait déjà fait l'objet de nombreuses irrégularités : paiement d'un même pensionné plusieurs fois dans des villes différentes ou encore paiement de pensions d'invalidité ou de décès pour accident de travail au bénéfice de personnes fictives. Or, dès que la nouvelle opération a été mise en place, les documents faisaient ressortir des différences criardes entre le nombre de personnes programmées et nombre qui passait finalement à la caisse, et cela sans qu'aucune réclamation ne soit faite après.
En définitive, une telle démarche ne peut qu'être encouragée, parce qu'elle participe d'un souci de transparence dans la gestion des ressources publiques.
Albert Biombi
|