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Fortune présidentielle: Issa Tchiroma s'attaque à la france et aux états-unis
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DOUALA - 20 JUIL. 2009
© Marlyse SIBATCHEU | Le Messager
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Le tout nouveau ministre de la Communication s’est « produit » vendredi dernier...
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Rupture. Ainsi pourrait-on percevoir le comportement de Issa Tchiroma Bakary depuis son retour au gouvernement le 30 juin dernier. Après avoir pris ses fonctions, le ministre de la Communication (Mincom) a pris la parole vendredi 17 juillet 2009 pour parler des dossiers chauds de l’actualité: le réaménagement du gouvernement, l’affaire des biens problématiques du chef de l’Etat, la lutte contre la corruption, et son ambition pour la presse nationale. C’est sinon la première, du moins l’une des très rares fois qu’un ministre de la République nouvellement (re)nommé explique publiquement des actes du président Biya et instruit la diffusion en synchronisation dans plusieurs chaînes de télévision différentes, comme le fit une fois Yves-Michel Fotso.

Si on peut comprendre que la diffusion des ambitions gouvernementales fasse partie des missions d’un Mincom, on se serait davantage attendu à ce que, pour une première sortie, le ministre Issa Tchiroma présente explicitement une feuille de route. Mais les préoccupations immédiatement liées au secteur dont il a la charge n’ont été abordées qu’à la fin, de manière lapidaire, un peu comme pour montrer que ce n’était pas l’urgent.

Qui a donc envoyé M. Tchiroma faire ce théâtre ? Il affirme qu’il est le porte-parole du gouvernement. De là à croire que c’est le gouvernement qui parlait par sa voix, il n’y a qu’un pas. On aura ainsi appris que le réaménagement du gouvernement a pour but de remobiliser l’équipe gouvernementale pour la construction du Cameroun dans la paix et la solidarité. Un discours qu’on entend depuis une trentaine d’années. En ce sens, on n’a pas senti l’opposant qu’on attendait.

De plus, le patron du Mincom a défendu bec et ongles que la déclaration des biens de personnalités gérant des affaires publiques, en application de l’article 66 de la Constitution, n’était pas une priorité. Le plus important, selon Paul Biya dont il semblait relayer un message, étant la poursuite de la lutte contre la corruption et le détournement de deniers publics.

Mais comment être efficace dans cette lutte si on ne met pas une base pour que les crimes ne se reproduisent plus aussi massivement ? Issa Tchiroma n’a pas su répondre, tout comme il a fait un baratin insipide sur le soupçon de biens « mal acquis » de Paul Biya et l’argent donné à une secte au plus fort de la crise économique au Cameroun. Il a ainsi balbutié sur les sujets importants inscrits à son programme, préférant afficher une déférence (inhabituelle pour un opposant) au président national du Rdpc.

Le ton de M. Tchiroma, aussi, a paru plutôt extraordinaire. On a cru avoir affaire à un simple activiste, plutôt qu’à un ministre. Le ministre parlait de « Biya », exactement comme dans une discussion de quartier. Un prosélyte qui s’est égaré ? Voire. Il ne s’est par ailleurs pas entouré de circonlocutions diplomatiques pour parler de la France et des Etats-Unis, deux partenaires du Cameroun. Le premier est accusé de manœuvrer pour déstabiliser le Cameroun, alors que l’exemple du second dans la guerre d’Irak est pris pour illustrer le mensonge que le premier fomente. (Voir ci-dessous)


Bonne gouvernance

Au sujet de la presse, le Mincom affirme qu’il va la réconcilier avec elle-même et avec les causes nationales pour qu’elle participe efficacement à la construction du développement dans la paix et la solidarité. A l’en croire, il demandera au Premier ministre de dire aux institutions nationales d’ouvrir les portes aux journalistes afin que ces derniers aient toujours la bonne information. Il dit vouloir œuvrer pour une augmentation de l’aide publique à la communication privée. Mais dans son exhibition de vendredi dernier, on n’a pas senti la matérialité de ce désir d’union. L’homme répète le clivage maintenu par Biyiti bi Essam, à sa manière. Il a choisi ses médias : les quatre chaînes de télé (Crtv, Stv, Canal 2, Equinox Tv), et Cameroon tribune – à chacun d’en juger ! Peut-être aurait-il été plus inspiré de procéder comme Joseph Owona qui, lors de ses communications médiatiques, réalisait un mixage plutôt acceptable.
En définitive, il paraît bien que Issa Tchiroma Bakary est passé à côté de son cri. Pour une bonne partie de l’opinion, il n’a répondu de manière satisfaisante à aucune question touchante. L’homme apparaît comme celui qui voulait simplement se voir, se faire voir et se rappeler à la mémoire de ceux qui l’avaient oublié il y a quelques temps. Ce que l’on retient en revanche de manière forte, c’est qu’il impose Paul Biya comme le monument de la paix et du développement. Et appelle frauduleusement le peuple à le soutenir, comme il le fait dans la pauvreté depuis 1982. A cette allure, il risque de dépasser René Sadi, le secrétaire général du comité central du Rdpc à qui il fait déjà une rude concurrence dans le soutien à l’appareil dirigent.



Le Mincom attaque la France et les Etats-Unis

Au cours de sa conférence de presse vendredi 17 juillet dernier, le nouveau ministre de la Communication, Issa Tchiroma Bakary, n’est pas passé par quatre chemins pour affirmer que le rapport du Comité catholique de lutte contre la faim et pour le développement (Ccfd – Terre solidaire) intitulé « Biens mal acquis : à qui profite le crime » était une commande de certaines forces « occultes » en France pour déstabiliser Paul Biya et le Cameroun.

Ce rapport de plus de 200 pages qui accusait les pays du Nord d’encourager les pays du Sud dans la mauvaise gouvernance a ouvert une brèche sur le Cameroun en quelque cinq pages, dans laquelle on montrait que le Cameroun ne faisait pas encore partie des pays où des procédures officielles contre les « détourneurs » étaient déclenchées, mais n’était pas à l’abri de tout soupçon. Tout comme d’autres pays d’ailleurs. Le rapport rappelle des biens problématiques et le gaspillage de fonds publics reproché depuis longtemps au président Biya ; des révélations auxquelles il n’a pas encore apporté un démenti officiel.

M. Tchiroma avait déjà dénoncé le rapport avant son entrée au gouvernement. Cette fois, il a poursuivi sa démonstration en affirmant que des opposants, la société civile et même les journalistes ont fait chorus avec l’Ong française, mais surtout qu’une certaine France serait derrière. Cette France-là réglerait ainsi des comptes, fâchée qu’elle est de ce que les dirigeants camerounais leur ont refusé des contrats d’exploration / exploitation de richesses du sol et du sous-sol camerounais : diamant, bauxite, or, pétrole, étain, etc.

Pour le ministre, le rapport a été monté de toutes pièces, l’objectif étant de répandre un mensonge pour pousser les gens à la guerre. Un peu comme les Etats-Unis envoyèrent le secrétaire d’Etat américain Collin Powel mentir aux Nations unies, au Parlement américain et aux Américains qu’il y a des armes de destruction massive en Irak et justifier une guerre des Etats-Unis avec deux objectifs principaux : faire fonctionner l’industrie de l’armement, et s’emparer des contrats pétroliers juteux d’Irak.

Ce qui est étonnant ici ce ne sont pas les dénonciations du ministre Tchiroma, c’est la rupture dans la manière de le dire. On était jusque-là habitué à la discrétion des gouvernements sur ce qu’ils savent des autres gouvernements. Est-ce une bourde du ministre de la Communication ou un choix du gouvernement d’affirmer une certaine personnalité vis-à-vis de ces puissances ? Difficile à dire. Ce qui est sûr, c’est que cette affaire marquera aussi le voyage de Paul Biya en France.
MS

Rédaction de Cameroon-Info.Net
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