Javascript Tabs Menu by Deluxe-Tabs.com
Dernière mise à jour: 09-Feb-2010 - 07h55
Recherche:    Web CIN      By
476 visiteurs en ligne
Reaction: "Ce que veut dire Suzanne Kala Lobé"
Correspondance
Paris 23 JUIL. 2009
© Correspondance
 38 Réactions
Par Augustin Meutchedjé et Raoul Nkuitchou Nkouatchet, Membres du Cercle Mont Cameroun, Paris
 E-Mail  Imprimer  Réagir Bookmark and Share
Ce que veut dire Suzanne Kala Lobé


Par Augustin Meutchedjé et Raoul Nkuitchou Nkouatchet,
Membres du Cercle Mont Cameroun, Paris



Dans la discorde qui règne chez les Camerounais, il y en a qui la subissent, les plus nombreux ; il y en a qui l’alimentent pour en tirer bénéfice, c’est une infime mais très puissante minorité. Parmi ces promoteurs du statu quo, on trouve de tout. Le texte que vient de publier Suzanne Kala Lobé dans son journal, La Nouvelle Expression, intitulé en toute modestie « Lettre à la diaspora », et repris depuis par plusieurs sites Internet, est un don au paradigme de la défiance qui triomphe au Cameroun depuis deux décennies. Et l’on sait depuis de nombreux siècles à quelles sources s’alimente la défiance : c’est l’ignorance, c’est la suffisance, c’est l’intolérance.

Cet épisode est tout de même énorme.

Une professionnelle de l’information, Suzanne Kala Lobé, qui a vécu à l’étranger avant de retourner dans son pays, où elle est considérée comme une journaliste vedette, c’est-à-dire rien d’une Camerounaise frustrée, décide d’adresser une missive à un très vaste groupe de personnes, qu’elle nomme la diaspora  et qui en toute rigueur s’appellent les Camerounais de l’étranger. Sa lettre contient un message, et ce message est une leçon. Sur un ton invraisemblable, la journaliste de Douala apprend aux Camerounais de l’étranger, qu’ils perdent leur temps à manifester contre le régime et l’homme qui dirigent leur pays, parce qu’ils n’ont rien compris au « Cameroun réel ». Parce que c’est sur place, dans le pays, que l’on saisit le vrai sens de l’Histoire et la juste mesure des choses du gouvernement. Puis, surtout, c’est une fois que l’on est rentré au pays natal, que l’on est apte à se désintoxiquer de la « propagande blanche » ; et que l’on peut enfin fouiller les entrailles de l’Afrique pour en tirer la moelle. On devine aisément que ceci permettrait à la « diaspora » de contribuer de façon plus efficace au changement que Madame Kala Lobé appelle de ses vœux ! Face à une leçon aussi ébouriffante d’une femme qui a une certaine autorité parmi les lecteurs et les téléspectateurs au Cameroun, il faut se demander ce que veut dire Suzanne Kala Lobé.


Suzanne Kala Lobé veut que l’on parle d’elle, et bien au-delà de son public habituel. C’est quelque chose de plus sérieux que du narcissisme pur et simple. Cela renvoie, sans doute, à la fois à l’écartèlement qui est le propre de quiconque appartient à deux cultures, et à une banalité ressentie quant à son environnement immédiat. Comment comprendre autrement ce besoin qu’elle éprouve de raconter littéralement son ancienne vie d’expatriée. Il est saisissant de voir avec quelle jubilation, une professionnelle de son niveau piétine la règle élémentaire du métier de journaliste, qui est le respect de ses lecteurs. Elle ne doit pas se sentir assez reconnue. Journaliste respectée voire admirée au Cameroun, elle voudrait être vue comme une figure de « la lutte » pour le changement. Il s’agit là d’une confusion des genres très courante chez les Camerounais, pour quelqu’une qui se débrouille pour se distinguer !


Suzanne Kala Lobé veut donner la leçon à une diaspora qui n’existe pas. Alors que son expérience propre lui permettrait de savoir, spontanément, que l’on ne saurait homogénéiser, réifier, une multitude telle que les Camerounais de l’étranger, elle s’offre de nombreuses facilités. « Maintenant si vous vous ennuyez et si le pays vous manque : sortez de vos HLM ou vos appartements bourgeois. Ne vous laissez pas asphyxier par la fumée nostalgique des plats-pays. Rompez avec vos habitudes d’immigrés. Prenez un billet d’avion tous les trois mois et venez réfléchir avec nous à la meilleure stratégie pour sortir le pays des griffes de tous les imposteurs. » On croit entendre un Ministre camerounais très rassasié ! En fait, Suzanne Kala Lobé parle d’elle-même. Par un retournement spectaculaire, elle transforme  sans aucune réserve  ses propres turpitudes en problèmes universels de la « diaspora ». Les psychologues appellent cela une névrose. Elle avance par exemple : « Je prenais mon ignorance pour du savoir absolu. J’avais l’utopie savante et la critique dogmatique, forcément convaincue de détenir la vérité pour sortir l’Afrique des miasmes du sous-développement. » Doit-on rappeler à Madame Kala Lobé que tous les Camerounais de la « diaspora » ne sont pas forcément passés par ce stade de l’euphorie ?


Suzanne Kala Lobé veut montrer qu’elle SAIT  à propos du marxisme et de la révolution. Mais ce qu’elle démontre c’est qu’elle sait peu et qu’elle sait mal sur les deux sujets. Sinon, elle hésiterait avant de servir son Marx/Engels, en parlant du Cameroun et de l’Afrique. Il n’y a, en effet, rien de plus étrangers l’un à l’autre, que ces deux continents conceptuels ! La journaliste vedette a décidé de faire entendre aux « bons Camerounais », ceux qui vivent au pays, qu’ils n’ont rien à envier à ceux-là qui côtoient la Tour Eiffel, ou qui sirotent un thé à Trafalgar Square, ou qui ont déjà marché sur Time Square. Mieux, elle veut rappeler aux élites très éclairées qui dirigent le pays, qu’ils ne sont pas si mauvais que ça. Mais est-ce là le problème, Madame ? Qui a jamais posé le problème du Cameroun en ces termes là ! Il faut tout de même que le malentendu soit profondément ancré chez une personne, pour qu’elle se laisse aller à cette manière de traiter les Camerounais, fussent-ils de l’étranger. « Mes chers compatriotes et chères compatriotes de la diaspora, je retrouve dans votre hargne, ma rage de jeunesse et dans vos mots ma suprême arrogance. Je ne vous en veux pas. » On croit rêver. Le cardinal Christian Tumi, probablement le Camerounais le plus important parmi ceux qui sont vivants, ou Abel Eyinga, l’un des hommes les plus constants dans le combat pour la dignité du peuple camerounais, deux anciens de la « diaspora », ne se permettraient jamais une telle condescendance !


Suzanne Kala Lobé proclame  on ne sait à qui  que sa jeunesse et ses errements sont derrière elle ; soit. Mais cela ne l’exonère pas de prendre au sérieux ce qu’elle appelle le « désespoir » de nombre de Camerounais de l’étranger. Car cette colère, même mal coordonnée, porte en elle une signification qui mérite d’être appréhendée à un autre niveau que sa raillerie. En guise d’analyse, elle se lance dans un règlement de compte avec son passé. Et pourtant, même son auditoire local est en droit d’attendre autre chose d’une diva des médias que cette espèce d’expédition punitive sur les Camerounais du lointain. Les Camerounais du Cameroun, les « bons Camerounais », savent qu’il n’y a pas de différence essentielle entre leurs semblables qui ont quitté le pays et eux ; sinon ils ne rêveraient pas de partir en masse. Si l’on est une professionnelle de l’information, et pas une chargée de propagande, on sait cette vérité élémentaire. Ce n’est pas la guerre entre Nous et Eux ! Mais qui a blâmé Suzanne Kala Lobé d’être rentrée au pays ? Aux yeux de milliers de ses compatriotes de l’étranger, cette journaliste est une privilégiée : parce qu’il était un peu plus facile de rentrer il y a vingt ans qu’aujourd’hui.

La journaliste vedette a montré, sans le vouloir, que même fantasmée, l’idée de « diaspora », c’est-à-dire des Camerounais qui ne subissent pas directement la vie quotidienne d’un pays en quasi-immobilité, est nécessaire comme aiguillon de l’exigence progressiste pour le pays. Sinon, elle ne se serait pas donnée autant de peine. Mais une question subsiste, qu’il convient de poser à la procureure : voulez-vous élever le niveau de l’entendement de vos lecteurs, ou l’abaisser ?

Rédaction de Cameroon-Info.Net
© 2000-2010 Cameroon-Info.Net [ Hits: 9861 Réactions: 38 Transferts: 20 ]
 38 Réactions
 E-Mail  Imprimer  Réagir Bookmark and Share
Featured Stories...




P U B L I C I T E

Copyright  ©  2000 - 2009  Cameroon-Info.Net. Tous Droits Réservés.