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Presse et professionnalisme: L'urgence d'une reprise en main du métier de journaliste
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YAOUNDE - 11 DEC. 2009
© Joseph LE | Mutations
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Tous les corps de métiers sociaux qui se respectent ont établi des bases solides de fonctionnement de leur profession. Pourquoi pas les journalistes ?
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Les lampions se sont à peine éteints sur les travaux de l'Union Internationale de la Presse Francophone, travaux tenus à Yaoundé du 17 au 22 novembre dernier, avec une thématique orientée vers les dérives éthiques et déontologiques, que l'on semble retrouver les vieux démons de l'univers médiatique camerounais. Voici donc que les thuriféraires de la déviance, de la désinformation et de la manipulation récidivent et portent atteinte, une fois de plus, à l'honneur et à la dignité de l'autorité suprême de notre pays et, par-delà, au sérieux et à la dignité même de la profession de journaliste.

C'est ce que vient de faire l'hebdomadaire Germinal de Monsieur Jean-Bosco Talla, dans l'une de ses dernières livraisons. Reprenant, sans aucune réserve ni vérification auprès des sources avérées, ni recoupement auprès des spécialistes qui essaiment l'espace public universitaire, qui ont publié sur la question et sur l'histoire et la vie politique récentes de notre pays, les extraits d'un ouvrage diffamatoire paru il y a quelques années, ce journal croit devoir reproduire de pures élucubrations au sujet du prétendu " pacte secret " qu'auraient scellé les Présidents AHIDJO et BIYA.

Que l'auteur de ces élucubrations, bien connu pour son aversion contre le Président BIYA et le régime du Renouveau, ait pu imaginer, écrire et publier de telles inepties, donne-t-il libre droit au journal Germinal de les reprendre, les reproduire et les publier in extenso, sans nuance, ni recul, ni remise en question? Le journal Germinal doit-il servir ainsi de rampe et de bras séculier complice aux politiques, pour porter atteinte à la personnalité, à la dignité et à l'honneur du Président de la République? Est-ce faire œuvre de journaliste que de tout publier, sans preuve aucune, au prix de l'honneur et de la dignité de celui qui incarne la magistrature suprême de notre pays ? Le journaliste peut-il, de manière indéfinie et en toute impunité, se laisser utiliser dans des empoignades dont il n'est même pas certain de maîtriser les vrais enjeux?

La loi du 19 décembre 1990 sur la liberté de communication sociale dispose, en son article 12 (2) que " l'insertion dans un organe de presse d'un article, document ou autre texte non signés engage la responsabilité du directeur de publication ". Cela signifie qu'un journal ne peut dégager sa responsabilité dans la reproduction d'un écrit provenant d'une autre publication, sous le prétexte qu'il diffuse une information. Dans le cas qui nous intéresse, le journal Germinal engage bien sa responsabilité lorsqu'il reproduit, même sous forme de citation, le texte de Monsieur Ebale Angounou. L'article 47 (1) de la même loi prescrit que le " journaliste est tenu de traiter l'information avec objectivité et responsabilité ", et doit observer les exigences de la déontologie du journalisme.

Depuis quelques années déjà, la profession dispose des organes de régulation de la communication sociale (Conseil National de la Communication, Conseil Camerounais des Médias, Union des Journalistes du Cameroun, etc.). Des séminaires de formation ont eu lieu pour informer, sensibiliser et former les journalistes, attirer leur attention sur la délicatesse et les risques du métier ainsi que sur l'obligation de respecter scrupuleusement la déontologie. Des sanctions exemplaires ont même été prises à l'encontre de certains médias, coupables d'atteintes récurrentes aux lois et règlements sur la communication sociale. Le cas le plus récent étant celui de la radio Sky One, fermée, le 13 août dernier, par décision du Ministre de la Communication. Cela a-t-il suffi pour que les plateaux de télévision, les antennes de radiodiffusion et les colonnes de journaux cessent d'être des lieux de diffamation et d'atteinte aux droits des citoyens ? Visiblement, non.


L'AUTOREGULATION, UNE NECESSITE

La persistance des dérives dans la pratique journalistique au Cameroun, comme l'illustrent les écrits sus-évoqués, interpelle, au plus haut point, non seulement la régulation, mais aussi, quoi que l'on dise, notre profession toute entière, au Cameroun, comme à l'étranger. La manipulation et l'instrumentalisation ne peuvent plus continuer à constituer l'essentiel de la pratique du métier de journaliste. L'utilisation mesquine du journaliste par des forces obscures pour les luttes politiques menace la dignité et l'essence même de cette noble profession.

Pourquoi faut-il que le métier de journaliste soit le seul à être utilisé, manipulé et instrumentalisé de la sorte, à faire de basses et sales besognes ? Pourquoi faut-il que les politiques, qui voudraient régler des comptes aux adversaires, se servent à souhait, des journalistes ? Pourquoi les professionnels du journalisme se laissent-ils aller et sont-ils aussi vulnérables? La naïveté, l'indigence et la hantise de nuire peuvent-ils tout expliquer et tout justifier ?

Le Cameroun a pris, en toute lucidité et en toute responsabilité, l'option de bannir la censure administrative. Une option du reste en conformité avec les évolutions enregistrées en la matière, dans la plupart des pays civilisés du monde. Mais que voyons-nous ? Les dépôts (à posteriori) institués par la législation et la réglementation sur la communication sociale sont à peine respectés. Des soi-disant journalistes écrivent tout et publient tout, sans le moindre respect des prescriptions professionnelles. Faut-il laisser ces voyous et imposteurs continuer à polluer notre profession? Que NON !

Au regard de la situation actuelle, dans laquelle le public semble encore prendre tout écrit publié et diffusé pour vérité d'évangile, et sachant que les journalistes revendiquent, à cors et à cris, la dépénalisation des délits de presse, il nous revient, à nous-mêmes journalistes, de trouver des solutions idoines aux pratiques de manipulation et d'instrumentalisation de notre profession. L'auto- régulation, sans faiblesse ni complaisance, apparaît comme la seule voix possible pour préserver un minimum de dignité.

Tous les corps de métiers sociaux qui se respectent (médecins, pharmaciens, avocats, huissiers de justice, magistrats, enseignants d'universités, etc.) ont établi des bases solides de fonctionnement de leur profession. Pourquoi pas les journalistes ? A quoi servent aujourd'hui le Conseil National de la Communication, le Conseil Camerounais des Médias, l'Union des Journalistes du Cameroun, Reporters Sans Frontières (qui se montre plus prompt à défendre certaines causes et parties que d'autres, au gré d'intérêts et alliances souvent inavoués, alors même que des outrages grossiers à la profession sont perpétrés au jour le jour et à ciel ouvert, dans un troublant silence) ?

Le tribunal des pairs, l'autorité publique nationale de régulation, les journalistes de tous bords et les citoyens doivent se mobiliser, pour dire NON, avec détermination, aux dérives médiatiques. Il est plus que jamais temps d'agir et de faire le ménage, pour revenir aux fondamentaux du métier : la sacralité des faits établis, vérifiés, constatés. Le noble métier de journaliste l'exige et le mérite.

Joseph LE,
Journaliste principal
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