
Longuè Longuè
Photo: © Archives
Il est sans conteste l’artiste musicien le plus joué dans les bars, les cabarets et les night club du pays ces trois derniers mois. Les chansons de son nouvel opus passent en boucle sur toutes les chaînes Fm de Yaoundé, Douala et Bafoussam. Le refrain du titre « kirikou » est presque devenu un hymne, voire un chant de ralliement pour les mélomanes. On le fredonne dans les marchés, les établissements scolaires, les ménages et même les bureaux. «Kirikou est tout petit comme ça mais il est fort », reprend t-on en chœur. Ses Compact Disk, quoiqu’enclin au redoutable phénomène de piraterie s’arrachent comme des bouts de pain. Le moins que l’on puisse dire, c’est que depuis la sortie du quatrième bébé de l’artiste originaire de Yabassi, les camerounais sont sous l’emprise de ce que l’on pourrait qualifier de la « longuèlonguèmania ». Certains critiques culturels le donnent déjà pour favori en ce qui concerne le titre du meilleur artiste de l’année 2009. Ce qui n’est pas exagéré, au regard de la razzia que cet album de six titres fait en ces veilles de fêtes de fin d’année. Annoncé en spectacle géant le 25 décembre 2009 dans le cadre de la quatrième édition de l’événement culturel baptisé « Yaoundé en fête », le « Libérateur libéré » comme il se fait appeler, va certainement créer de l’euphorie et de l’extase parmi ses nombreux fans. Décidément il en a fait du succès sa chasse gardée.
Au nom du seigneur
« A bas judas » aurait pu s’intituler le seigneur est grand. Ceci pour exprimer la reconnaissance de l’artiste à cet être qui a toujours su auréoler de sa puissance tous ses chefs d’œuvres. Cet album est pour tout dire une louange au seigneur. Dans un makossa qu’on lui connaît bien, Longuè Longuè, a su une fois encore trouver la bonne note. Enfant de Dieu, éveilleur de conscience à souhait, moralisateur, conseiller de la jeunesse et émulateur, l’artiste est tout cela à la fois. La preuve, les titres tels que « je ne mourrais pas », « Kirikou », « faux amis », « il faut travailler », en sont une véritable illustration. Avec des textes chargés de messages forts, “À bas judas” est un réquisitoire, mieux un album où slows, rumba, makossa et un soupçon de Bikutsi foisonnent. En plus de la langue « duala », l’artiste a voulu être exotique en ajoutant au français et au pidgin un peu de lingala, une langue qu’il a eu à côtoyer lors de ses multiples concerts en République démocratique du Congo (Rdc). Le tapis rouge a été réservé au goléador, capitaine de l’équipe des Lions indomptables notamment à travers le titre « Samuel Eto’o », chanté à deux reprises. Titre sur lequel la très enjôleuse Majoie Ayi a démontré son imposante stature vocale. Ont aussi collaboré à cet album, Pierre Didi Tchakounté, Prince Afo Akom et Charlotte Dipanda.
Avalanche de succès
S’il baigne aujourd’hui dans les eaux du succès, il faut reconnaître que les débuts de Longuè Longuè n’ont pas été des plus aisés. Il commence par se produire dans les cabarets de Yaoundé. Mais le succès ne frappe à sa porte que lorsqu'il sort son premier album en 2001, album intitulé “Ayo Africa“, la chanson éponyme phare de l'album connaît un succès sans précédent au Cameroun et même au delà du triangle national. On lui trouve rapidement un surnom, celui du « libérateur ». Fort du contenu de ses textes qui égrainent le lourd chapelet des souffrances des populations. Longuè Longuè devient alors l’artiste du peuple. Son deuxième album, “Privatisation“, sorti en 2003, connaît moins de succès ; à l'exception du morceaux très pieux « Demander à Dieu » où il explique que tout ce qu'il possède ne lui vient pas des marabouts mais de Dieu. Malheureusement sa carrière va être freinée par une inculpation pour viol. Longuè Longuè est interpellé à Nantes le 19 novembre 2005, sous les accusations de sa compagne Chantal Mbassi, qui déclare qu'il aurait violé sa nièce de 17 ans. 48 heures plus tard il est incarcéré à la Maison d’arrêt de Gradignan près de Bordeaux. Il est libéré le 22 février 2006 mais est placé sous contrôle judiciaire avec l'interdiction de retourner au Cameroun tant que l'affaire n'aura pas été jugée. Son troisième album, “Examen de conscience” ou “Le Libérateur Libéré” permet une nouvelle fois à ce chanteur engagé de déferler sa verve. Le public accueille plutôt bien le produit. Le 19 août 2006, la Cour d’appel lui accorde un droit de déplacement afin de se rapprocher de ses fans dans son pays d'origine. Un parcours dira t-on, digne d’un battant.