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Un projet de code électoral vient d'être transmis au premier ministre dans l'optique de la bonne organisation des prochaines consultations électorales. Etes-vous surpris par cette annonce ?
Je ne sais pas si je suis surpris ou pas. Toujours est-il que cela fait 20 ans que la classe politique attend que le code électoral camerounais soit revu. C'est tout le monde qui est gêné par l'actuel code électoral, à l'exception de ceux qui en tirent profit à travers les fraudes électorales. Même les magistrats de la cour suprême le reconnaissent. Leur rôle se limite en effet à appliquer la loi. Qu'elle soit bonne ou mauvaise. Donc, il faut absolument changer le code électoral. Mais comment ? Nous sommes habitués à des changements de lois sans que les lois les plus récentes soient forcément meilleures que les lois qu'elles ont remplacées. C'est ce qu'il faut craindre en ce moment. Quelle est la finalité d'un code électoral ? En démocratie, c'est le citoyen qui désigne ceux qui décident pour lui. Dans un système monarchique, c'est le fils du roi qui hérite. En démocratie, c'est le peuple qui est souverain, il n y a pas d'héritage. Cette décision de l'électeur-roi ne doit pas être travestie. Elle doit être respectée. La finalité du code électoral est donc de permettre au peuple majeur de s'exprimer. Selon notre constitution, ceux qui ont 20 ans et plus sont des électeurs. A ce titre, il faut bien qu'ils puissent voter. Pour voter, il faut avoir été inscrit sur une liste électorale et disposer d'une carte électorale. Or, au Cameroun, tout cela n'est pas garanti. Le banditisme prend le pas sur la démocratie.
Quelles sont vos attentes par rapport au nouveau code électoral?
Ma principale attente, c'est que le Camerounais en âge de voter qui s'est inscrit, qu'il soit jeune ou vieux, puisse voter. Je précise cela parce que le pouvoir craint les jeunes et les centres urbains. Voyez le nombre d'inscrits à Yaoundé ou Douala et voyez le nombre de votants. Si vous prenez Douala-Est, c'est-à-dire le 3e et le 5e arrondissements, il y a eu 59.000 inscrits lors des dernières consultations électorales. Mais il y a eu à peine 30.000 votants. Parce qu'on ne remet pas aux électeurs inscrits leurs cartes électorales. On estime que ces personnes soutiennent l'opposition et on les empêche d'exprimer leurs choix. Idem pour Yaoundé. Il y a des moments où la consonance des noms fait qu'on ne remette pas les cartes électorales aux légitimes destinataires. Il faut trouver des solutions à tout cela.
J'ai été membre de la commission justice et paix pour élaborer un code électoral regroupant les élections municipales, les élections législatives, sénatoriales et l'élection présidentielle. Nous avons fait un travail fouillé. Je ne le dis pas parce qu j'ai fait partie de cette commission, mais parce que je sais apprécier la qualité d'un travail, qui nous a pris six mois. Le document a été transmis au président de la République avec copie au Minadt et au président de l'Assemblée nationale.
Quels sont les éléments décisifs du code électoral élaboré par la commission justice et paix par rapport à l'ancien code ?
On y regroupé les quatre consultations électorales : les municipales, les législatives, les sénatoriales et la présidentielle. On les a regroupés dans un même document pour ne pas avoir des lois éparses. Nous avons sorti un second document sur l'office national des élections. Cet organe qui doit jouer le rôle d'Elecam. C'est moi qui avais attiré leur attention sur les caprices du chef de l'Etat. Dès qu'il ne veut pas entendre d'un vocabulaire, il peut rejeter un document à cause d'un mot. Or, le président ne veut pas entendre parler de commission électorale indépendante. D'où la préférence à "office national des élections". C'est du travail fouillé. Nous avons mis six mois pour le faire sur financements Ppte. Ensuite, nous avons ramené l'âge électoral de 20 ans à 18 ans, parce que les jeunes d'aujourd'hui qui ont 18 ans raisonnent de loin mieux que les vieux qui ont 70 ans. Donc, si c'est la maturité de la décision qu'on recherche, la décision du jeune de 18 ans vaut mieux que celle du vieux de 70 ans. Et puis, l'avenir leur appartient. Dès qu'ils sont conscients de leurs responsabilités présentes et futures, ils doivent être associés à l'élaboration des lois dont l'application les engage pour plus longtemps.
En outre, nous avons estimé que lorsqu'on a 80 ans, on n'a plus toutes les aptitudes pour gérer un pays. Surtout dans un contexte de modernité. Si on parle à un président de la République de 80 ans de clef Usb ou de modem d'Internet, il paraîtra perdu. Donc, il faut élire des citoyens qui ont encore les pieds dans la réalité. Et non ceux qui ont les pieds au moyen âge et la tête au 21e siècle. Aussi avons-nous proposé qu'on ne soit plus éligible à la présidence de la République au-delà de 76 ans. Nous ne visions pas absolument le président Biya dans la mesure où à l'époque il n'avait pas 76 ans.
Quelles sont les autres innovations contenues dans le document ?
Il faut absolument un système majoritaire à deux tours surtout pour ce qui est de la présidentielle. Nous avions également proposé de ramener à 5 ans, la durée du mandat présidentiel. Parce qu'il faut que le citoyen renouvelle sa confiance à ses élus. Si pendant 5 ans, l'électeur a eu le temps de les apprécier, donnez-lui l'occasion de confirmer ses appréciations ou de les sanctionner en les mettant à l'écart. Et d'élire un autre citoyen qu'il juge plus apte à assumer la fonction présidentielle. Donc, il ne faut pas que la durée du mandat aille au-delà de 5 ans. Sinon celui qui n'est pas content de l'exercice de la fonction pendant 5 ans ne peut exprimer son désaveu. Pendant les 2 ans qui s'ajoutent, l'électeur n'est plus avec l'élu en poste, parce qu'il n'est là que d'autorité. Les commissions électorales ont également été revues. Dans l'ancien code électoral, ces commissions sont présidées par les sous-préfets. Or, les sous-préfets ne sont pas impartiaux. Certains estiment que plus ils favorisent le régime, plus ils ont des chances de bénéficier des promotions. Mais tous n'ont pas toujours obtenu des promotions espérées. Certains sont même renvoyés à leurs villages d'origine. Tant que cette mentalité existe, nous ne pouvons nous assurer de la transparence électorale. Il faut que le président actuel ou à venir tienne à sa légitimité pour être heureux d'être élu.
Qu'attendez-vous des consultations des partis politiques et de la société civile annoncées dans les services du Premier ministre ?
J'aurais souhaité qu'on parte du travail de la commission justice et paix et du code électoral que le gouvernement a élaboré pour mettre sur pied une commission constituée des représentants des ministères concernés, des 20 premiers partis politiques et de la société civile. Il revient à cette commission de décèler le meilleur de chaque projet, qu'on consignera dans un document unique qui sera transmis au président de la République pour transmission à l'Assemblée nationale. Nous tous, nous travaillons pour le même pays. Il n y a pas de meilleur pour A et de pire pour B. Je crois qu'en ce moment là, on aura fait un travail honnête au lieu d'appeler les dirigeants des partis politiques, l'un après l'autre, parfois en leur donnant des enveloppes. C'est de la corruption.
En plus le Premier ministre, à l'instar de celui qui vient d'être démis de ses fonctions, prend les responsables des partis politiques pour des demeurés. Ce qu'ils sont loin d'être par rapport à lui.
Peut-on tout de même espérer des élections transparentes avec l'avènement du nouveau code électoral et surtout au regard des critiques formulées contre Elecam ?
Le code électoral est un recueil de procédures. Les procédures sont appliquées par des hommes. Ces hommes, ce sont ceux d'Elecam et leurs démembrements. Quelle que soit la qualité de la procédure, si celui qui est chargé de l'appliquer n'est pas à sa place, on fausse tout le jeu. J'ai assigné l'Etat du Cameroun à la chambre administrative de la Cour suprême, comme vous devez le savoir, parce qu'il y a Cecile Bomba Nkolo, membre du bureau politique du Rdpc, Dorothy Njeuma, membre du bureau politique du Rdpc, Abdoulaye Babalé, membre du comité central et Fonkam Azu'u, membre du comité central ; ils ne peuvent pas proclamer au président de la République "leur indéfectible attachement à sa personne et aux idéaux qu'il incarne" et demander qu'on leur fasse confiance. Il faut que ces gens-là démissionnent de leurs fonctions pour crédibiliser tout le processus ou que la chambre administrative les en démette. Je leur ai tendu une perche par ma requête. Qu'ils remplacent ces cadres du Rdpc par des neveux ou des cousins du président Biya, j'accepte. Mais les membres déclarés du comité central ou du bureau politique du Rdpc doivent être expurgés d'Elecam.
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