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L’événement du monde rural annoncé par le chef de l’Etat pour cette fin d’année aura-t-il lieu ? Les nouvelles ne sont pas toujours rassurantes, à mesure que les jours avancent. Le conseil de cabinet prévu demain devrait permettre d’y voir plus clair, entre lourdeurs administratives et stratégies de réprobation des mesures financières imposées par le ministère des Finances.
Ce sera la vedette du jour du mensuel conseil de cabinet prévu demain à l’immeuble Etroile, sous la présidence du Premier ministre, Philemon Yang. Jean Nkuete, le vice Premier ministre, ministre de l’Agriculture et du Développement rural, devra présenter l’unique exposé prévu ce jour et qui portera sur « L’état d’avancement des travaux préparatoires au Comice agropastoral d’Ebolowa ». Le gouvernement et l’opinion publique en général qui attendent cet exposé avec beaucoup d’intérêt, sauront alors si la tenue de ce comice en 2010 reste un objectif réalisable, et dans quelles conditions? Même si dans cette opinion précisément, le doute est désormais de mise. Bref rappel des faits.
Le 31 décembre 2009, le chef de l’Etat prononce comme de tradition, son message de fin d’année à la Nation. Pendant son adresse, il annonce, après une légère hésitation, la tenue du comice agropastoral d’Ebolowa pour… 2010. Or, deux semaines plus tôt, Le Vice Pm, ministre de l’Agriculture et du Développement rural, non moins président de la commission nationale d’organisation dudit comice, Jean Nkuété, l’avait annoncé pour… 2011.
Une déclaration qui avait été alors interprétée comme un «Casus belli» par les populations et les élites du Sud, lassent d’attendre depuis 22 ans ce comice qui ne venait pas. La levée de bouclier qui s’en est- suivie ainsi que la campagne engagée par les élites du Sud sur le thème «Nous voulons un bon comice en 2010» sont certainement à l’origine de la décision du chef de l’Etat d’annoncer le comice agropastoral d’Ebolowa pour 2010, alors que, ainsi Mutations l’indiquait dans son édition du lundi, 21 juin 2010, la date effectivement mentionnée sur le discours de Paul Biya était bien…2011.
D’où l’hésitation présidentielle, au moment de la lecture du discours.
Ce qui est constant, c’est qu’au lendemain de cette annonce, une course contre la montre s’engage alors dans les rangs du gouvernement, pour tenir les nouveaux délais. Mais très vite, l’enthousiasme que l’on observe retombe, au point d’obliger donc, quelque peu, le gouverneur de la région du Sud, a invité les ministres impliqués dans l’organisation de ce comice, à mouiller davantage le maillot.
Au cours de la visite du 21 janvier 2010 à Ebolowa par une délégation de 10 membres du gouvernement (visite qui avait débouché sur l’annonce par le Vice-Pm Minader de la tenue du comice pour 2011), Pierre Titi, le ministre délégué auprès du ministre des Finances, avait déclaré, comme pour taire toutes les rumeurs sur l’indisponibilité des fonds, que la préparation du comice d’Ebolowa ne souffrait d’aucun problème de financement. Information confirmée par la ministre déléguée auprès du Minader, Clémentine Ananga Messina, face aux députés lors de la séance des questions orales aux membres du gouvernement, le 18 juin dernier.
40 milliards Fcfa
De fait, indiquent des sources proches du dossier, le ministère des Finances avait opéré des retenues à la source dans les budgets des dix ministères impliqués dans l’organisation de comice, dès le début de l’exercice budgétaire en cours. Mai 2010. Le projet de budget du comice est envoyé à l’Immeuble étoile pour arbitrage et validation. Les propositions des ministres sont jugées exorbitantes par les services du Pm. Par souci d’austérité, Philémon Yang instruit des coupes claires dans les différents postes de dépenses. Le budget est arrêté, nous révèle notre source, à près de 40 milliards de Fcfa, compte non tenu des 400 millions de Fcfa collectés par les élites du Sud.
Entre temps, le ministère des Finances avait déjà pris des dispositions, toujours selon notre source, pour que les dépenses au moins courantes, relatives à l’organisation du comice, soient exécutées. Mais d’un autre côté, Essimi Menyé, le chef de ce département ministériel, a tenu à créer une régie auprès de la commission nationale d’organisation du comice d’Ebolowa (Cnoce), et a aussitôt nommé un régisseur, en la personne de Jonas Bonga, l’un des collaborateurs du Minfi. Ce dernier devenait ainsi l’unique payeur, et prenait ses quartiers dès janvier 2010, dans les locaux du ministère en charge de l’Agriculture. « La décision du ministre n’a pas été prise sur un coup de tête : le chef de l’Etat a été informé de la gabegie qui se préparait autour des dépenses et a donné son accord pour que le Minfi procède ainsi », indique un haut responsable de la présidence de la République.
Le rôle du régisseur, nous indiquent des sources internes au ministère des Finances, est de payer tous les prestataires retenus par les différentes parties impliquées dans l’organisation du comice, après chaque prestation. En clair, les dix ministres concernés ne touchent et ne gèrent donc aucun franc. Ils retiennent les entreprises pour effectuer des prestations relatives à la préparation du comice, font constater par les responsables de la Cno la conformité de ces prestations avec les commandes et engager les paiements, qui transitent par le bureau du Vice-Pm Minader, qui donne à son tour la commande de paiement que seul le régisseur peut exécuter au profit du prestataire.
Cette procédure est loin de celles généralement en vigueur pour ce genre d’évènement, où les responsables des sous commissions «gèrent», directement les fonds mis à leur disposition, et ne rendent souvent compte qu’au président du comité, en l’occurrence le ministre en charge de l’organisation du comice, c'est-à-dire le ministre de l’Agriculture. Très vite, les incompréhensions vont naître entre les membres des gouvernements en tête desquels le Vice-Pm Minader et le régisseur.
2% de consommation
Des sources proches du Minfi indiquent en effet que pendant les premières semaines de janvier 2010, des ministres auraient adressé à Jonas Bonga des demandes de fonds de «plus d’un milliard et demi de nos francs, sans pièces justificatives». Mis au courant, Essimi Menye aurait instruit le régisseur de ne donner aucune suite favorable à ces demandes, au motif compréhensible qu’elles ne répondaient pas à la procédure arrêtée. Très vite, les incompréhensions se transforment en conflit à peine voilé. Selon une source autorisée, Le Vice Pm- Minagri, soupçonne bientôt le Minfi et le régisseur qu’il lui a «flanqué dans les pieds», d’«empêcher la bonne préparation» du comice.
De fait, et après quelques tentatives infructueuses, les différents ministres impliqués dans la préparation du comice ne manifestent plus de besoin. Les prestataires déjà retenus, qui exigent la confirmation des contrats et le paiement d’une partie des factures, n’ont plus de réponses de la part de leurs interlocuteurs du gouvernement. Un à un, ils quittent les chantiers, ou ne s’y rendent même pas. Seul échappe Pierre Zumbach, dont la Fondation Interprogress, a été retenue pour construire le village du comice. Le Suisse sera payé à hauteur de 486 millions de Fcfa, soit la moitié de la facture de sa prestation, le reste devant lui être remis à la livraison des travaux.
Ce paiement constitue, selon des sources concordantes, la plus grosse dépense engagée jusqu’ici pour le comice. Les autres dépenses, qui se déclinent en terme de perdiems ou de frais de session lors des réunions du Cnoce, ou encore de bons de carburant, sont évalués à près de 300 millions de Fcfa. Au total, moins de 800 millions Fcfa dépensés jusqu’à ce jour, sur les 40 milliards de Fcfa dégagés comme budget du comice, soit à peine 2% de consommation de ce budget.
Sur le terrain, les travaux piétinent. Le 18 juin dernier, Clémentine Ananga Messina avait reconnu devant les députés, que la construction de l’hôtel de 4 étoiles devant accueillir les hôtes du comice allait démarrer en juillet 2010 et allait nécessiter 12 mois de travaux. A ce moment, le gouvernement était déjà en retard. Aujourd’hui, il l’est encore plus. L’adresse de Jean Nkuété de demain face au chef du gouvernement et ses collègues, ne devrait que constater ce grand retard, qui pourrait faire mentir le chef de l’Etat, à la veille d’une élection présidentielle, pour laquelle il n’a pas encore exclu, tout au moins de façon officielle, de se porter candidat.
On s’achemine vers un comice au rabais
La tenue de l’événement en fin d’année suscite des inquiétudes au regard de l’état d’avancement des travaux.
Malgré les multiples chantiers d’embellissement et de reconstruction de la ville initiés par le délégué du gouvernement auprès de la communauté urbaine d’Ebolowa, chantiers qui du reste se confondent avec les travaux relatifs à la préparation du comice, les populations demeurent sceptiques quant à sa tenue effective en fin d’année 2010. « A l’allure où vont les choses, le comice d’Ebolowa sera beaucoup plus une foire qu’une activité de développement, sauf report de dernière minute », estiment à l’unanimité les citoyens rencontrés dans les rues de la cité. Car, ici on est convaincu du fait que les chantiers sont largement en arrière par rapport aux délais annoncés par le vice Pm Minader Jean Kuete, lors de la visite interministérielle du 21 janvier 2010. Il avait alors envisagé la fin des préparatifs du comice en octobre de l’année en cours.
Sept mois ont passé, plusieurs ministres concernés par l’organisation de l’événement sont descendus sur le terrain, des missions de contrôle et d’évaluation de tous bords se sont succédées, mais les choses n’ont pas beaucoup évolué côté réalisations. En dehors du site réservé aux étangs de démonstration du Minepia qui est déjà prêt à 90%, et les travaux d’aménagement de la voirie qui ont pris un coup d’accélérateur avec notamment l’élargissement de la chaussée de la route de Ngalane, et de la voie de contournement reliant Mebaé au camp de police, tous les autres chantiers sont à l’arrêt ou abandonnés. On peut citer par exemple les villas ministérielles, le centre d’éducation d’action communautaire (Ceac) seule réalisation visible au village comice à Ngalane, et l’électrification du site du comice.
Le paradoxe en ce qui concerne les routes où les avancées sont perceptibles est que « aucune des entreprises en activité ne dispose d’un contrat avec l’Etat. Elles travaillent toutes sur la base de la confiance», a déclaré l’honorable Jean Jacques Zam lors de la dernière réunion d’évaluation du Bip. Ce qui n’est pas le cas avec les autres projets qui attendent toujours le lancement de leurs travaux. Il s’agit notamment de l’hôtel trois étoiles que la société immobilière chinoise Zhongbao a prévu construire en 12 mois dans les conditions rapides et 18 mois en temps normal. Il en est de même de la reconstruction du village communautaire sur le site du comice, l’installation des lignes téléphoniques et d’un système de captage de l’eau, la réfection de la station de pompage et de traitement des eaux à la Mvila , le renforcement des plateaux techniques des hôpitaux régional d’Ebolowa et central d’Enongal pour ne citer que ceux-là.
Face à cette situation, les autorités préfèrent la voie du silence. Même si les dernières sorties médiatiques de Ferdinand Ella Ella, délégué régional du Minader pour le Sud ont permis de dissiper les inquiétudes des populations concernant la participation qualitative et quantitative des exposants du sud à la foire. « Nos agriculteurs sont prêts. Les fêtes de spéculations organisées à travers la région nous rassurent », a-t-il soutenu. Des propos qui confirment la rumeur qui annonçait déjà la tenue d’un comice avec ou sans infrastructures à Ebolowa. Un comice dont le lot de mécontentement viendra certainement s’ajouter aux grincements de dents provoqués par les détournements décriés des fonds mis à la disposition des riverains de Ngalane par l’Etat pour le paiement de leurs indemnisations.
Regard: Quadrature de cercle
Voici le pouvoir pris dans son propre piège. Lorsqu’au lendemain du message de fin d’année du chef de l’Etat à la nation, nombre de commentateurs jugent illusoire la tenue d’un comice agropastoral à Ebolowa au cours de cette année 2010, les partisans du régime prennent d’assaut des week-ends durant, les plateaux de télévision et les débats de fin de semaine dans les radios. En plus de vouloir défendre l’agenda apparemment imposé et subtilement glissé dans le texte du président de la République (souvenons-nous, c’est le seul endroit du discours où Paul Biya a buté après avoir hésité), ils crient au hibou qui ment sur le malheur. C’est à peine s’ils de parlent pas «des ennemis de la patrie».
Aveuglés qu’ils sont, ils refusent de regarder la vérité en face. Un comice au sens de ce que les Camerounais ont vécu des décennies durant, se prépare pendant au moins cinq ans. Ceci veut dire un investissement clair. Des ouvrages d’un certains niveaux qui donnent à développer la localité qui abrite la manifestation. Qui plus est, celui d’Ebolowa a été maintes fois renvoyé. Une réalité qui a suscité, quoiqu’on dise, une relation pas des plus conviviales entre le président de la République et ses «frères» qui ne veulent surtout pas d’un comice agropastoral à minima.
Si le politique tient à son agenda, les techniciens mettent en garde. Des mois passent, la pression monte. Mais rien de véritable ne se dessine en dépit des visites des sites (village du comice). Sans véritablement convaincre, le Vice-premier ministre en charge de l’Agriculture, Jean Nkuete, donne des assurances sans convaincre. Dans la société civile, l’Acdic donne la voix et dénonce l’exposition des produits importés ou tirés des Ogm à ce rendez-vous du monde rural naguère lieu de rivalité et d’exhibition des prouesses de la richesse de la production agricole et pastorale du Cameroun. Sans succès. Sept mois pratiquement jour pour jour, voici le gouvernement face à ses contradictions.
Le Premier ministre doit malgré tout tenir une évaluation. L’on attend donc demain jeudi ce qu’il sortira de son exposé. Tant, après avoir cru que le temps était son allié, à l’heure qu’il est, plus que jamais il joue essentiellement contre son organisation. Bloquée qu’elle est, aussi bien dans la matérialisation du projet dont le dernier du genre date de 1988. C’était à Maroua dans l’Extrême-Nord. Si dans les différentes hypothèses envisagées le pouvoir tente le coup de force suggéré par certains de débuter cette manifestation au cours des derniers de jours de 2010 pour l’achever au cours des premiers jours de 2011, l’hypothèque demeure.
Serait-ce un comice ou une simple foire agricole? Va-t-on transporter quotidiennement les participants de Yaoundé à Ebolowa? Car, à côté des équipements liés au cadre, il faut une infrastructure qui ne se trouve pas encore sur le terrain. Qu’on n’est pas en train de mettre en place. Preuve que le comice ne se dessine que sur du papier (entre le discours et les plaquettes) jusqu’à présent. Ainsi se traduit un rendez-vous que les populations voulaient fédérateur et susceptible de catalyser le développement. Mais qui, pour le moment, tarde à laisser poindre une telle perspective.
Comment le gouvernement va-t-il se sortir de sa propre étreinte? Quelle est la position du gouvernement face au retard pris? Au regard des difficultés chaque jour croissantes, la consommation des financements liés à la tenue du comice d’Ebolowa n’étant pas la moindre, même si le serpent ne se mord pas encore la queue, il est difficile de ne pas constater que Philémon Yang et son équipe se trouvent dans une quadrature de cercle.
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