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Un universitaire ou un intellectuel a-t-il le droit de signer une motion de soutien en faveur d’une personnalité exerçant le pouvoir politique en relevant de l’opposition ? Une telle motion relève-t-elle de la flagornerie, de l’opportunisme ou de la médiocrité intellectuelle ? La motion en elle-même est-elle un effet de mode, un exercice superfétatoire ou superficiel ou, alors, s’inscrit-elle dans une logique esthétique, technique et scientifique ? Mon propos liminaire a pour objectif de répondre à ces trois interrogations, avec une méthodologie qui obéit à la démarche scientifique prescrite par Gaston Bachelard : observation, hypothèse, vérification, loi.
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3- la motion est-elle la résultante d’un effet de mode ? Est-ce un exercice superfétatoire ou superficiel ou alors s’inscrit-elle dans une perspective esthétique, technique et scientifique ?
La motion de soutien est un genre littéraire, une technique de communication et un affichage politique.
3.1. Genre littéraire : elle s’inspire des lois de la rhétorique gréco-latine codifiée jadis par Aristote, CICERON ? Quintilien ? Pour ne citer que ceux-là. Elle obéit rigoureusement à l’organicité esthétique de l’art oratoire gréco-latin dont le processus syntagmatique se subdivisait en cinq parties :
1- l’intervention : recherche systématique des arguments convaincants. C’est à cet exercice préalable que se livrent tous les rédacteurs des motions de soutien.
2- la disposition : il s’agit d’organiser les arguments et les parties du texte. C’est la plan.
3- l’élocution : elle concerne la mise en forme du texte. Les motions prennent forme dans une langue (l’anglais ou le français) et un style (substantifs, adjectifs, adverbes, articles, pronoms, phrases longues, moyennes, concises etc.). C’est la spécificité littéraire (le plaisir du texte, de Roland Barthes).
4- mémorisation : l’auteur et surtout le déclameur, le scandeur de la motion devrait mémoriser (à défaut de l’ensemble du texte) les passages clés pour mieux toucher son auditoire.
5- action-oratoire : c’est le moment de la performance, de la délivrance (dans les deux sens du terme : délivrer communiquer un texte ; et accoucher parution). Il s’agit, ici, d’une mise en scène ou en spectacle. Les politistes parlent de spectacularisation (politique-spectacle : Schzwazenberg). Dans l’antiquité grecque, Démosthène, auteur des Philippiques contre Philippe de Macédoine, 300 ans avant Jc, excella dans cet art, avec un rare talent. Cicéron, autre orateur immortel, compléta l’arsenal esthétique de la motion avec le fameux triptique « docere » (enseigner, éduquer, convaincre), « delectare » (plaire), « movere » (plaire) « motum » (supin)= émouvoir qui a donné le substantif « Motion » mise en mouvement, mise en émotion etc). Au départ, la motion était d’abord une mise en mouvement, en pulsion, en émotion, en sympathie puis adhésion. Les sens politico-juridiques actuels (proposition faite dans une assemblée délibérante par un de ses membres, proposition par laquelle l’Assemblée nationale met en cause la responsabilité du gouvernement) datent de 1775 (Grande-Bretagne, en anglais : « motion »).
3.2. Technique de communication
La motion de soutien, de remerciement, de déférence est une technique de communication qui permet à un destinateur (ou émetteur ou encodeur) de transmettre un message (soutien, remerciement, déférence, etc.) à travers un support (écrit, audio-visuel, cybernétique, public, iconique etc.) à un destinataire ou narrataire ou récepteur (la personnalité visée) par le biais d’un code connu (exemple : les mots de la langue utilisée ; mais, cela peut également concerner le morose, les gestes, les images etc.). Elle a aussi une fonction phatique (Roman Jakobson) dans la mesure où elle permet d’établir tout simplement un contact entre l’émetteur et le récepteur (c’est le fameux « allo » de la communication téléphonique). Il ‘agit d’une technique de communication classique et efficace parce qu’elle permet de transmettre un signal fort et retentissant (que l’on peut approuver ou désapprouver, mais que nul ne peut ignorer à moins d’être à la fois aveugle, sourd et muet ou de vivre isolé comme Robinson Crusoé).
3.3. Affichage politique
La motion de soutien relève de l’affichage politique. L’auteur ne cache pas ses opinions. Il les exprime publiquement, de manière ostentatoire voire incantatoire et, parfois gesticulatoire. Cet affichage relève d’un engagement politique sans équivoque. A moins de prouver qu’il a été manipilé ou induit en erreur (mais comment peut-on manipuler un universitaire ?), le signataire assume ses idées. Le signifiant et le signifié de la motion qu’il a signée le lien politiquement et historiquement. Il pourra difficilement exciper de son ignorance ou de l’effet de mode, l’énonciation et l’énoncé, dans le cas d’espèce, participant d’une parole-acte (« speech-act ») Austin (1955 puis traduction en 1970 : how to do things with words, traduit par le titre quand dire, c’est faire).
En conclusion, la motion de soutien est un genre littéraire, communicationnel et politique à prendre très au sérieux, à cause des techniques dont elle procède (rhétorique, schéma classique de la communication codifié par les meilleurs spécialistes du monde, engagement politique sans équivoque). Je suggère qu’au lieu de la tourner en dérision, comme certains universitaires le font, l’université considère une fois pour tous, qu’elle peut constituer (comme le cinéma, la bande dessinée etc.) le corpus des mémoires, thèses, ouvrage et articles scientifiques dans les disciplines ci-après ; historien science juridique, science politique, sociologie, communication (notamment la communication politique, la psycho-sociologie de la communication, la sémiologie du texte politique etc.) et lettres (rhétorique, stylistique, sémiologie, analyse du discours, science du langage).
Je vous remercie de votre bienveillante attention.
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