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Bertrand Téyou: “Je n’ai pas insulté Chantal Biya”
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YAOUNDE - 04 MAI 2011
© Théodore Tchopa | Le Jour
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L’auteur de «l ’Antécode Biya», sorti de prison vendredi dernier, raconte sa détention et reprécise sa pensée véhiculée dans son dernier ouvrage sur l’épouse du chef de l’Etat Camerounais.
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L’auteur de «l ’Antécode Biya», sorti de prison vendredi dernier, raconte sa détention et reprécise sa pensée véhiculée dans son dernier ouvrage sur l’épouse du chef de l’Etat Camerounais.


Pouvez-vous nous parler des circonstances de votre libération ?

J’étais en cellule, un agent de l’administration pénitentiaire est venu m’appeler et il m’a dit « l’amende a été payée, une délégation est là et elle tient le reçu de ton amende payée. Tu peux sortir ». Bref, l’agent m’a dit que j’étais libre. Donc, c’est en payant la rançon que j’ai pu être libre. Je suis allé au bureau du régisseur, on m’a fait poser mes empreintes sur le bulletin de levée d’écrou et c’est comme ça que j’ai franchi la porte de la prison. Ces personnes m’ont accompagné jusqu’à l’endroit où je devais dormir, chez ma famille, étant donné que ma maison avait pris feu pendant mon incarcération et que j’avais perdu ma fille au cours de cet incendie.


Qui sont ces personnes ?

Il y avait un représentant d’Avocats international et un des membres du Comité de libération de Bertrand Téyou (Coliberté).


Comment vous sentez-vous à ce moment ?

Je sens le réconfort de quelqu’un qui sort d’une situation de prise d’otage. J’ai quelques séquelles ponctuelles liées à ma détention, sur le plan sanitaire notamment : la baisse de la vue, la crise hémorroïdaire, qui nécessite une opération au moment où je vous parle. Je reste toujours éprouvé par la perte de ma fille, décédée dans des conditions douteuses à l’âge de sept ans. Il faut maintenant que je fasse son deuil car elle a été enterrée en mon absence. J’avais demandé à me rendre à son enterrement mais ma demande a été rejetée.


Pourquoi dites-vous que le décès de votre fille est survenu dans des conditions douteuses ? Pouvez-vous nous en dire plus sur les circonstances de ce décès ?

Le drame est survenu le 27 novembre 2010. Un membre de ma famille vient à la prison pour m’informer du drame. J’essaie de me renseigner sur l’origine de l’incendie. Tout le monde me dit qu’il y a eu un bruit comme un tonnerre, il y a eu une étincelle et il y a eu l’incendie. Ce sont tous ces détails qui me font dire que ma fille est décédée dans des conditions douteuses. Je n’ai pas suffisamment d’éléments qui me permettent de vous en dire plus. L’origine de l’incendie n’a jamais été élucidée. Bref, les éléments que j’ai à ma portée pour le moment sont tellement incohérents que je reste dans le doute.


Vous êtes-vous fait consulter dans un centre de santé après votre libération ?

Non, étant donné que je suis sorti vendredi dernier (29 avril 2011). J’envisage cependant de faire un bilan de santé demain (mardi 03 mai 2011). C’est après que je pourrais me prononcer de façon plus précise sur ce dont je souffre exactement, sans le savoir. Pour ce qui est de la maladie hémorroïdaire, il est déjà décidé que je vais absolument faire une opération. C’est ce que le médecin a prescrit. Je n’ai pas pu le faire à la prison, parce que les conditions d’incarcération sont désastreuses. Il fallait entre temps que je sorte de prison pour pouvoir le réaliser. C’est ce problème de santé, entre autres, qui rendait urgente ma sortie.


Comment appréciez-vous les conditions de détention à la prison de New-Bell ?

La maison d’arrêt, celle de New-Bell précisément, est un mouroir. Ce qu’il y a de terrible, c’est surtout le cas de ces pauvres gens, qui n’ont pas de moyens. Ils crèvent. Seuls ceux qui ont la possibilité de sauver leur vie en payant la rançon, s’en sortent. La ration des détenus est contenue dans un seau déposé par terre, exactement comme si on nourrissait du bétail. C’est un établissement non pas pénitentiaire, mais concentrationnaire, parce qu’on y entasse des êtres humains sans tenir compte de la capacité d’accueil. Il y a des gens qui ont quitté Bertoua ou l’Extrême-Nord et qui viennent s’installer à Douala, sans aucune famille. Si tu as le malheur de tomber sur de mauvaises compagnies, tu vas te retrouver dans la prison. Les gens dorment à même le sol, en plein air, sous la pluie, le soleil. Plus grave, on incarcère les fous. Il y a des détenus qui sont devenus fous en prison et on continue de les garder. Si on arrive au point où quelqu’un va laver les mains là où on urine, où il va se nourrir à la poubelle… Il y a des gens qui dorment en plein air, sur la dalle boueuse. Le matin, tu réveilles un détenu en pensant qu’il dort, alors qu’il est mort dans la nuit. Il y a une situation scandaleuse, on arnaque les prisonniers, les visiteurs. C’est incroyable ! C’est une maffia indescriptible en prison, sur le plan du fonctionnement. Ceci est dû au manque de moyen. Les agents de l’administration pénitentiaire eux-mêmes sont dans une condition précaire. L’actuel régisseur fait des efforts mais la réalité du terrain est plus forte que lui.


Prétendez-vous qu’il existe un lien entre ces conditions de détention précaires et votre état de santé actuelle ?

Bien évidemment ! Etant donné que la prison n’est pas construite selon les normes. J’étais dans une cellule (la cellule 4) où il y a des puces au sol et dans le petit bout de matelas que j’utilisais avec quatre autres détenus. Une telle cellule ne favorise des conditions moyennes d’hygiène et de santé.


Quels étaient vos liens avec les détenus de la cellule spéciale N° 18, occupée par Forjindam, Etondé Ekoto…?

Je n’avais pas de liens spéciaux avec eux, en dehors du fait qu’ils suivaient l’actualité me concernant, me connaissaient en tant qu’acteur de la société civile et appréciaient mon combat à travers mes ouvrages. De deux, étant donné qu’ils sont dans une situation qui ressemble à une sorte de tragédie kafkaïenne, le combat mené contre l’injustice les intéresse de façon particulière. C’est en ce sens qu’ils me regardaient aussi avec beaucoup d’admiration et beaucoup d’espoir.


Qui a payé l’amende ou plutôt la « rançon », comme vous l’appelez, de 2 millions FCa exigée ?

C’est la mobilisation entreprise par Coliberté qui a abouti au payement de l’amende. Etant donné que je fais un travail qui est mis sur la place publique, je suis suivi par diverses organisations qui encouragent le combat que je mène. C’est comme ça qu’à un moment, si quelque chose m’arrive, une de ces organisations ou de ces personnes peut intervenir. Ces organisations n’agissent pas parce qu’elles sont sollicitées, elles suivent un événement et prennent l’initiative d’intervenir. On n’a pas besoin de les contacter particulièrement. Elles peuvent par exemple avoir lu dans les journaux un cas comme le mien. Si l’opportunité de l’acte qui est posé nécessite leur intervention, elles vont intervenir. Des fois, on fait des choses qu’on ne connait pas. Je ne savais pas qu’il y a des gens au sein de certaines organisations diplomatiques ou de la société civile, qui, chaque matin, ne suivent que ce que les gens font. C’est comme ça qu’un matin, on vous raconte votre vie et vous êtes surpris. Donc, il faut faire très attention avec tout ce qu’on fait.


Le soutien de ces organisations et personnes vous a-t-il rapporté de l’argent ?

Je n’ai pas de tabou. Je vous ai dit que ces organisations tout comme des Camerounais, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur, ont payé l’amende et m’ont soutenu en imprimant des tee-shirts que des gens ont achetés. Ils m’ont reversé l’argent issu de ces ventes et c’est ça qui m’a permis de payer l’amende et de sortir entier de la prison. Donc, ils m’ont soutenu matériellement, financièrement et moralement. J’en profite d’ailleurs pour remercier tous ces héros de la lutte pour la liberté d’expression, notamment Amnesty international, Avocat sans frontières, Avocats international, Coliberté, Pen International, etc. Tous ces héros vont se reconnaître.


Maintenant que vous êtes sorti de prison, quelle est votre priorité ?

Je sors d’un tsunami qui a ravagé ma famille, mon entreprise d’édition, Nations libres, bref mon équilibre existentiel. L’urgence c’est de reconstruire tout cela.


Avez-vous un autre projet de livre ?

C’est évident ! J’ai un autre projet que je vais d’ailleurs achever pendant ma résidence d’écriture qui commence dans quelque temps en Amérique latine. L’autre projet est de retrouver le lien avec mon public pour qu’ensemble nous construisions le projet d’avenir qui semble nous unir.


D’où vous vient l’argent pour peaufiner tous ces projets ?

Les moyens pour poursuivre mes projets d’édition vont être déclenchés par l’initiative et le soutien des amis de l’université de Bayreuth en Allemagne.


Beaucoup de lecteurs de votre dernier ouvrage pensent que vous avez franchi les limites de l’acceptable, en insultant la première dame du Cameroun.

Je voudrais quand même dire que je ne demande pas l’impossible, je dis tout simplement à ceux qui invoquent le pouvoir éternel du régime Biya de réaliser qu’en face, il y a ceux qui pensent le contraire et qui dans la légitimité d’aspirer au pouvoir, ont le droit de parler, d’écrire, de se réunir et de manifester comme le fait le Rdpc. Donc, celui qui empêche aux Camerounais ce droit fondamental s’expose inéluctablement à la foudre du destin que le peuple a la charge de conduire. Il ne faut pas que nous cédions aux intimidations. Nous devons être inlassablement dressés contre le dispositif d’injustice et ce n’est que comme ça qu’on peut arriver à balayer le doute tragique qui pèse sur notre avenir. Ça c’est l’objectif que nous sommes fatalement appelés à atteindre. Si nous luttons contre l’injustice et que cela ne se concrétise pas en terme de prise de pouvoir, nous risquons être doublement déçus. Il va donc falloir qu’on se mette dans l’évidence de la prise de pouvoir. C’est pour ça que les moyens comme l’écriture, la manifestation publique, qui permettent de créer le lien populaire, sont mis en difficulté par le pouvoir.

Contrairement à ce que pensent mes détracteurs, je voudrais ici affirmer mon attachement au débat démocratique et à la démarche pacifique. Malgré les brutalités subies, mes initiatives s’inscrivent irrémédiablement dans cette perspective. Avec mon ouvrage « La belle de la république bananière », j’ai voulu évoquer certaines pesanteurs qui minent l’imaginaire des Camerounais et entravent la marche en avant. L’attitude de la première dame au Cameroun dérange mais personne n’en parle. On préfère rester constipés. J’ai donc pris l’initiative d’inviter les Camerounais de sortir de ces constipations qui tous les jours nous accablent. Ceux qui se précipitent à dire que mon œuvre est insultante devraient savoir que dans la littérature, on peut faire du teasing pour intéresser le public, on peut flirter avec certaines frontières, ceci sans insulter. Pour mon cas, je n’insulte pas la première dame. Je ne m’adresse pas à elle en tant que épouse et femme au foyer, je m’adresse à elle en tant que cadre politique, activiste et auteur du livre intitulé «La passion de l’humanitaire» où, à la page 62, elle affirme jouer le rôle de femme méchante. Elle dit aussi s’asseoir sur une chaise ayant les mêmes ornements que celle du chef de l’Etat. Vous imaginez une femme de cette dimension tenir de tels propos ? Ça veut dire qu’il y a une véritable catastrophe au sommet. Elle dit d’autres choses graves où le ministre se trouve être son homme de course, elle bénéficie des mêmes privilèges que le chef de l’Etat. Je m’attaque à une personne qui a posé un acte et c’est cet acte que je commente.

L’on vous soupçonne d’avoir des connivences avec ces Camerounais de la diaspora, à l’instar du Code, qui pourfendent au jour le jour le régime Biya…

Je vous ai dit que je suis ouvert au monde entier et je suis susceptible de susciter des sympathies au-delà des frontières souhaitées par le pouvoir.

Rédaction de Cameroon-Info.Net
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