D’après l’Agence de régulation des marchés publics (Armp), les problèmes cruciaux restent le non-respect des délais de paiement, la mauvaise dépense et la maîtrise approximative de la procédure de passation des marchés. Le volume des marchés publics passés au Cameroun, sur la base des informations disponibles à l’Armp, représente au 31 octobre 2011, 490,2 milliards Fcfa pour 3774 contrats signés. |
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Les établissements publics administratifs, collectivités territoriales décentralisées et projets se taillent la part du lion, avec 1693 marchés, pour un montant de 335 milliards. Ils sont suivis par les ministères et assimilés qui ont bénéficié de 1087 contrats représentant une enveloppe budgétaire de 126,84 milliards. Viennent enfin les maîtres d’ouvrages délégués (Mod), avec 994 contrats pour 28,33 milliards FCfa. Ce volume est moins important que celui de 2010 où 5461 marchés ont été passés, pour 661,2 milliards Fcfa. Ces informations ont été divulguées ce 23 janvier 2012 à Yaoundé par le conseiller technique numéro 1 de l’Armp, à l’occasion des travaux de la conférence annuelle des services centraux et déconcentrés du ministère des Finances (Minfi).
Thomas Mbeutcha qui exposait sur le sous-thème «Marchés publics et qualité de la dépense pour la pérennisation des grandes réalisations», a surpris plus d’un, avec son franc-parler. Ce fonctionnaire qui témoigne déjà de plus de 25 ans d’expérience dans l’administration n’a pas fait dans la langue de bois. En décriant vertement quand c’est nécessaire, et en indexant aussi. Sans avoir peur de la présence des nombreux ministres ayant répondu massivement à l’appel d’Alamine Ousmane Mey, le nouveau Minfi. Thomas Mbeutcha commence par la phase de passation des marchés. «Dans cette phase, c’est surtout au niveau de la préparation du Dao (dossier d’appel d’offre), de sa validation et de l’attribution des marchés que la qualité de la dépense peut être fortement influencée», introduit le conseiller technique.
Ce dernier cite, entre autres, les quantités mal estimées entraînant des avenants, les caractéristiques de l‘ouvrage mal définies, l’attribution du marché à une entreprise non en règle vis-à-vis des impôts et la Cnps, ne remplissant pas les capacités techniques et financières requises, l’évaluation subjective ou orientée des offres.
Non respect des délais de paiement
Au niveau de la phase d’exécution, le respect des délais de réalisation et celui des délais de paiement retiennent le plus l’attention du fonctionnaire. «Pratiquement la moitié des projets sont exécutés en retard», avoue-t-il, en énumérant quelques causes. Le non-paiement à temps des prestations, la faible application des pénalités de retard, l’absence d’objectivité durant la procédure de qualification des soumissionnaires. Sur la base d’un échantillon de 364 marchés passés en 2010, il apparaît que 196 marchés seulement ont été livrés dans les délais, soit 54%. Concernant les délais de paiement, c’est la catastrophe. 92 marchés seulement, soit 25,4%. «C’est le problème crucial au niveau de l’exécution des marchés publics», souligne Thomas Mbeutcha, en indexant l’administration publique. Autrement dit, c’est l’administration publique qui est à l’origine des retards dans les délais de paiement. D’après le conseiller technique, la corruption et la mal gouvernance demeurent des fléaux qui gangrènent le Cameroun, et impactent négativement la qualité de la dépense publique. «Ces actes sont imputables à tous les acteurs du système des marchés publics et interviennent à toutes les étapes», accuse-t-il vertement. Un véritable coup de gueule apprécié à sa juste valeur par les représentants des patronats présents à ces assises qui se sont achevées ce 25 janvier 2012. «Le ton du conseiller technique et les réactions des ministres présents, le Minfi spécifiquement, méritent une appréciation particulière», réagit le vice-président et porte-parole du Mouvement des entrepreneurs du Cameroun (Mecam). «Le conseiller technique a décrit avec beaucoup d’objectivité les problèmes des marchés publics au Cameroun», poursuit Anselme Kemva qui recommande que les informations servies par le cadre de l’Armp soient exploitées méticuleusement.
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