Quoi de plus banal qu'un bébé subtilisé dans un hôpital. L'affaire serait passé inaperçue si elle n'avait impliqué des personnes au dessus de tout soupçon. L'enlèvement d'un bébé à l'hôpital gynéco-obstétrique de Yaoundé nous plonge en effet dans les profondeurs de la laideur et de la pourriture de l’âme humaine.
L'histoire commence en 2011 quand dame Bi¬koue née Ndikum Medjang Caroline ci-devant 1er substitut du procureur de la république à Mfou annonce triomphalement la venue prochaine d'un nouveau né dans son foyer. La nouvelle ne peut que réjouir son entourage. L'attente connaitra un terme le 24 aout 2011 avec la naissance d'une fille à la polyclinique Tsinga. La famille entière nage dans le bonheur jusqu'au jour où les journaux annoncèrent la disparition d'un nouveau ne prématuré à l'hôpital gynéco-obstétrique et pédiatrique de Yaoundé, une fillette née prématurément. La similitude et la coïncidence n'échappent pas à l'entourage de notre magistrate de mère. L'affaire fait grand bruit et toute la république s'en émeut. Pris de panique, le médecin accoucheur Dr Temkou Serge stagiaire à l'hôpital gynéco et vacataire à la polyclinique de Tsinga saisit dame Jabia Sidonie, professeur de sciences au lycée de Mimboman pour l'aider à récupérer le certificat d'accouchement et le billet de sortie qu'il avait signé au profit de dame Bikoue.
La suite se déroule comme dans un film policier à l'envers car le problème est porté à la connaissance du procureur. Quelques jours plus tard, la rencontre entre le Dr et le procureur va permettre au premier de récupérer les documents inquiétants et au second d'empocher la rondelette somme de 300.000 FCFA. Le danger est momentanément écarté jusqu'au moment où le scandale éclate à la suite d'un mauvais partage du pactole. Un fait dont dame Jabia serait à l'origine.
La justice éclaboussée.
Nous précisons que toutes les personnes impliquées et citées dans cet article bénéficient de la présomption d'innocence. Seulement, si les faits s'avèrent il y aura plusieurs implications. On devra s'interroger sur les mobiles de dame Ndikum épouse Bikoue. Comment lui a-t-il échappé la procédure légale d'adoption d'enfant? Comment a-t-elle pu oublier les peines encourues en cas d'enlèvement de mineur? Comment a-t-elle pu hypothéquer une carrière si enviable? Quelque soient les réponses à ces questions, il ne fait pas de doute que face au scandale, le chef de l'Etat qui préside le conseil supérieur de la magistrature devra destituer le procureur et ses deux substituts pour que le procès puisse s'ouvrir et que soient établies les responsabilités des acteurs.
Quelque soit l'issue de cette affaire, il serait difficile à la justice camerounaise de se relever de ce scandale qui la met en première ligne de la criminalité et de la corruption contre lesquelles elle est supposée protéger les populations. II serait difficile aux magistrats de dire le droit sans instinctivement se référer à leurs collègues dont le comportement restera dans les annales tout comme celui du docteur Essougou, du nom de ce médecin dont la réputation bâtie pendant près d'un demi siècle a été ternie à la suite d'une interruption volontaire de grossesse qui a mal tourné.
L'affaire du bébé volé ramène donc le débat sur la moralité du corps médical à différents échelons. Elle a permis aux langues de se défier pour fustiger l’hôpital gynéco. II est en effet dit que dans cet établissement hospitalier, tous les moyens sont mis en branle pour se faire de l'argent. Certains témoins affirment en effet que l'HGOPY s'est spécialisé dans les accouchements par césarienne que les médecins et sages femmes provoquent en injectant aux parturientes des produits chimiques qui retardent l'accouchement. Une imagination féconde qui témoigne de la cupidité et du cynisme du corps médical et qui transforme un corps raffiné et civilisé en un rassemblement de brutes, de croquignols et de filochards.
De plus, l'affaire qui a mis le feu aux poudres n'est pas la première dans cet hôpital de luxe dont la construction avait provoqué tellement d'espoir pour lutter contre la mortalité infantile et maternelle. L’HGOPY a en effet la réputation de battre tous les records dans la disparition d’enfants à la naissance. Une situation d'autant plus inquiétante que la justice supposée mener une enquête pour sanctionner les coupables et ramener la sérénité chez les usagers, est elle-même déjà actrice du jeu de la mort. Une association criminelle entre magistrats et médecins est la pire crainte pour une société réputée corrompue et qui essaye de sauver son honneur en rétablissant l'éthique et la gouvernance. Visiblement c'est en pure perte.