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Dernière mise à jour: 21-May-2012 - 14h27
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Unité nationale: Cameroun, la poudrière ethnico-tribale
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DOUALA - 10 FEV. 2012
© Intégration
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Le Cameroun est une poudrière tribale, dont les fondements sont dans l’appareil de l’Etat. En effet, la gouvernance publique est le semencier de ce phénomène au Cameroun. De fait, le « tribalisme d’Etat » est vraisemblablement l’un des leviers du système de gestion et de distribution des allocations de survie de l’Etat camerounais.
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O pays de la gouvernance publique ethnico-tribale

Le Cameroun est une poudrière tribale, dont les fondements sont dans l’appareil de l’Etat. En effet, la gouvernance publique est le semencier de ce phénomène au Cameroun. De fait, le « tribalisme d’Etat » est vraisemblablement l’un des leviers du système de gestion et de distribution des allocations de survie de l’Etat camerounais.

Le « tribalisme d’Etat » au Cameroun a pour cache-sexe l’équilibre régional Celui-ci excelle dans la répartition des places au sein des administrations publiques. L’attribution des postes ministériels est (aussi) fonction du ressort territorial. Pour faire politiquement correct, on parle d’équilibre régional. Certains postes sont réservés à certaines tribus depuis plus de dix ans. Par exemple, l’Extrême – Nord, à travers Ayang Luc, « a confisqué depuis des lustres » le Conseil économique et social. Le grand nord contrôle aussi depuis une petite éternité le département ministériel de l’élevage, des pêches et des industries animales. Le ministère de la fonction publique et de la réforme administrative est réservé aux ressortissants de l’Est depuis Benjamin Amama en passant par Emmanuel Bonde jusqu’à Ange Michel Angouin. Parfois on va remplacer son « frère » de la même localité dans le même ministère. Emmanuel Bonde prend la place de Badel Ndanga Ndinga aux mines. Jacqueline Koung à Bessike hérite du strapontin laissé par Jean Baptiste Béléoken. Celui-ci avait remplacé dans le même ministère son frère Anong à Bédime. Au-delà des équilibres paroissiaux, certaines ethnies sont choyées dans la répartition du gâteau national. Les Bulus, par exemple, occupent systématiquement certains postes stratégiques dans l’appareil de l’Etat, à tel point que les autres « tribus » du sud viennent de faire entendre tout haut leur mal être. Les Bamileké ont pour chasse gardée certaines chambres consulaires, à l’instar de la Chambre de commerce, des mines et des industries. Les Nanga Ebogo » montent aussi en puissance. La Première dame est leur piston. Pas étonnant de retrouver au secrétariat général de la présidence de la République Ferdinand Ngoh Ngoh. Un frère de Messengue Avom, qui selon certaines indiscrétions, devait occuper ce poste. Il a perdu son maroquin au gouvernement parce qu’il n’a pas gardé son calme face aux accusations de la Conac. Le leadership a estimé qu’il bavardait beaucoup.

Le domaine du pétrole au Cameroun est la chasse gardée des Douala et des bassa. A la Sonara, après Bernard Eding, c’est Charles Metouck. A la SNH, l’inamovible Adoldphe Moudiki ne recrute que ses frères Douala. Et même à Tradex, vous trouverez les Moudiki, mais surtout un Directeur Général nommé Peryal Nyodog, digne fils de Pouma dans la Sanaga Maritime. Dans certains ministères, le titulaire amène après sa nomination les ressortissants de chez lui. Le leadership se joue de ces clivages pour opposer non seulement les tribus entre elles, mais aussi les élites intérieures, les unes contre les autres. Vous avez dit neutralisation ! Le profil des dirigeants du Cameroun depuis 1960 démontre l’existence d’une dynastie administrative. Certains noms reviennent depuis 1960. Biya, Djoumessi, Muna, Monthe, Talba Malla, Yang, Ahidjo Badjika… La liste n’est pas exhaustive. Le leadership s’appuie ainsi sur des « grandes familles » pour gouverner. A se demander si les autres ne sont que des cancres.


Les conséquences

Le système actuel crée et entretient ces clivages ethnico-élitistes. Dans la constitution du Cameroun, on trouve des expressions telles que autochtones et allogènes pour distinguer les camerounais entre –eux. Ce qui suscite toujours la controverse dans l’opinion publique. Mais, les pouvoirs publics n’en disent rien. A constater que cela maintient le système en vie pendant une cinquante d’années déjà. Et ça lui réussit. Toutefois, un questionnement s’impose : le prétendu prétexte de l’équilibre régional ne constitue-t-il pas un frein important au développement de notre pays? La tribu érigée en mode de gestion ne créé-t-elle pas plus de problèmes qu’elle n’en résout. L’unité nationale ne prend elle pas un coup sur les moyen et long termes ? Est-il normal que 50 ans après l’indépendance, on indexe encore les Betis, les Bamilékés…

A l’observation, le Cameroun marcherait vers des situations de confusion demain. Les méthodes de gouvernance en cours contribuent à diviser les camerounais qu’à les unir, à les appauvrir qu’à les enrichir. L’histoire rappelle que tous les gouvernements qui ont érigé le tribalisme en mode de gestion politique ont conduit leur pays à des frustrations ayant finalement abouti à des rebellions, aux coups d’Etat. Au Rwanda de Juvénal Habyarimana, le tribalisme était le système politique par excellence. Cela ne gênait personne. Les tutsi, victimes de ce tribalisme, s’organisaient pour renverser la tendance. La suite est connue. En côte d’Ivoire, le vieux Houphouët Boigny avait toujours utilisé le tribalisme pour gouverner. Tous les ivoiriens le savaient, mais personne n’osait dénoncer cela. Et on parlait de paix en Côte d’Ivoire. On connaît la suite. La Côte d’Ivoire parle au Cameroun.


Dans les communautés: Le repli identitaire a bon dos

1.- Un Gadamayo dans la partie septentrionale, hum !

Gadamayo est la désignation de tout ressortissant de la partie méridionale du Cameroun dans le grand Nord du pays. Tout camerounais devrait pourtant se sentir à l’aise partout au pays où l’Etat l’envoie travailler ou servir ses intérêts. Ce n’est pas toujours évident dans les régions de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême Nord pour les Gadamayo. En effet, il est difficile pour le Gadamayo de travailler dans ces régions, non pas à cause des conditions climatiques, mais à cause du tribalisme. Tous les « sudistes » ayant séjourné dans la partie septentrionale du pays s’accordent à reconnaitre cet état de choses. Cela ne met-il pas à mal l’unité nationale ? Pour le Gadamayo, le « nordiste » renvoie l’image d’une personne méchante, rancunière et jalouse. Quel que soit le poste que le Gadamayo peut occuper dans la partie septentrionale, il lui est rappelé qu’« on n’a pas besoin des gens du sud ». Le « Nordiste » ne veut pas que le ressortissant du sud lui donne des ordres. A en croire certains Gadamayo, le « nordiste » n’aime pas le développement et ne veut pas le développement de sa région. Ce qui l’intéresserait, c’est l’argent. Si le Gadamayo vient avec des idées de redressement des mœurs, il sera combattu avec la dernière énergie. Les personnels de la santé ou de l’éducation venant du sud peuvent le témoigner. Dans certains hôpitaux, des personnels issus de la partie méridionale du Cameroun passent des journées entières à ne rien faire, non pas parce qu’il n’y a rien à faire, mais parce que leurs collègues infirmiers et mêmes les directeurs d’hôpitaux les mettent carrément de côté.

La décentralisation ne va-t-elle pas favoriser le développement des régions par la participation des populations locales à la gestion des affaires publiques ? Au grand nord, le contraire risque d’arriver. Les délégués régionaux sont les premiers à exacerber les clivages identitaires. Il est difficile pour un Gadamayo d’être nommé à un poste de responsabilité par un délégué régional au Nord. Faute de personnel natif du grand nord, le poste reste vacant. Tenez par exemple, comment comprendre qu’un district de santé soit dirigé par un infirmier adjoint ressortissant du grand nord ? Dans ce même district, des infirmiers supérieurs, diplômés d’Etat ressortissants du grand sud sont à la touche, simplement parce qu’ils sont Gadamayo. Ne vous plaignez surtout pas, sinon ils iront rencontrer des marabouts afin de trouver une solution pour vous. Témoignage de Charles, infirmier supérieur: «Voici mon bureau (désignant la salle où se trouve le téléviseur de l’hôpital). Ça fait des mois que je viens rester ici toute la journée sans rien faire. Je vis cette situation tout simplement parce que je suis du sud et qu’ils disent que je connais beaucoup. Je voudrais que le ministre de la santé publique sache toutes ces choses. Je ne sais pas pourquoi, on nous envoie ici au Nord »

Monsieur Nicolas se souvient de sa dernière mission de deux semaines au Nord. «Je ne savais pas que le Nordiste était si méchant, je ne peux plus donner même un verre d’eau à l’un d’eux à Yaoundé ». Et de poursuivre : « à ce comportement odieux, il y a la surenchère des prix au marché dont est victime le ressortissant du grand sud au Nord. Le commerçant nordiste, lorsqu’il s’aperçoit que vous êtes du Sud, il hausse le prix ». A Rey-Bouba, la situation est encore pire, là-bas, ils estiment constituer un Etat au sein de l’Etat.


2.- Les NKWA à l’ouest, Ouste !

La mentalité collective dans notre pays s’accorde à reconnaître que le peuple Bamiléké se croie « trop sage ». Voici un grief formulé contre les peuples des Grassfield : « Ils ne font rien pour rien, ce qui dirige leurs actions, ce sont des intérêts... Si vous voyez un bamiléké tourner autour de vous, il recherche quelque chose. Son amitié avec vous n’est pas pour rien. C’est aussi un peuple mesquinement solidaire ». Ils appellent les autres par le vocable péjoratif de « Kwa», entendez allogène. Celui-ci n’est que difficilement accepté dans l’ouest du pays. Le mot d’ordre là-bas : « Pas de terres à vendre à un Kwa ». La Mission d’aménagement des terrains urbains (Maetur) l’expérimente à ses dépens dans les agglomérations de l’Ouest du pays. Les populations de cette aire géographique se liguent généralement comme une seule personne pour s’opposer à l’achat de ces terrains par les « Kwa». Les Bamilékés sont pourtant propriétaires fonciers partout au Cameroun. Les émeutes récentes à Deido posent entre autres le problème de la boulimie foncière des Bamiléké. Voilà une bombe à retardement dont les premières explosions sont entendues dans d’autres parties du Cameroun : Bulus contre Bamoun à Ebolowa ; Ntumu contre Bamoun – Bamiléké dans la vallée du Ntem… L’intégration nationale est à réorganiser.


3.- Les «anglos», camerounais entièrement à part ...

Existe-t-il un problème anglophone au Cameroun ? Les avis divergent sur la question. La majorité s’accorde à dire qu’il n’existe pas de problème anglophone au pays de Paul Biya. Mais pour les concernés, c'est-à-dire les anglophones, le problème est réel. A les en croire, ils sont marginalisés et lésés par le gouvernement. Pour eux, les francophones ont plus d’avantages. Les anglophones revendiquent plus d’attention de la part du gouvernement en ce qui concerne le partage du gâteau national. Ils font observer en passant que chaque fois qu’il ya un poste important qui demande un titulaire et un adjoint, le francophone occupe toujours la place du titulaire et l’anglophone la place de l’adjoint. A chacun d’apprécier cette dernière remarque.

Les problèmes posés par les anglophones sont ressassés et entretenus dans la mentalité collective des habitants des régions du sud ouest et nord ouest. Ce qui pose à priori la problématique de la cohésion nationale. A noter que ce « problème anglophone » est presque devenu un fonds de commerce pour des élites en quête d’un poste important dans l’administration. Ce fonds de commerce a des relents de chantage sur la sécession du pays. On eût dit que les mêmes doivent occuper éternellement les hautes responsabilités. Les anglophones savent pourtant que la grande majorité des francophones n’est pas toujours mieux lotie.


4.- Les confessions religieuses prêchent par le mauvais exemple

Le tribalisme est une réalité au sein de l’église catholique qui est au Cameroun. On n’oubliera pas de sitôt le discours d’accueil de Pascal Owona à Monseigneur André Wouking. En effet, le discours guerrier du président du conseil paroissial de la Cathédrale Notre Dame des Victoires de Yaoundé à l’égard du frais émoulu Archevêque métropolitain de Yaoundé avait frappé les esprits. Des mises en garde aux relents de menaces à peine voilée avaient un zeste de tribalisme primaire. Le séjour du fils de l’Ouest à la tête de l’archidiocèse de Yaoundé ne sera pas de tout repos. Attaques des ouailles par –ci, rebelote des prêtres par – là, Monseigneur Wouking aura tout vu à Yaoundé, avant de s’éteindre à la suite d’une longue maladie. Les ressortissants de l’Ouest Cameroun ont bien rendu le même traitement à Monseigneur Atanga, promu évêque de Bafoussam. Une sorte de retour d’ascenseur. Heureusement que le Pape a vu juste en affectant Monseigneur Atanga à Bertoua. Des exemples du genre sont légion dans nos églises et mosquées.


5.- Instrumentalisation du repli identitaire par les élites

Les émeutes de la faim en 2008 ont mis au goût du jour le caractère belliqueux de certaines élites des villes secouées par les manifestations. Dans la capitale politique par exemple, une lettre ouverte incendiaire menaçait les « autres tribus qui viennent créer le désordre et vandaliser Yaoundé ». Le document des élites du Mfoundi avait en son temps fait couler beaucoup d’encre et de salive. Les événements survenus à Deido en début d’année 2012 ont aussi un soubassement tribal. Les Deido n’apprécient plus la présence envahissante des populations allogènes. Et ils profitent de la moindre étincelle pour tenter de mettre le feu aux poudres, avec le secret dessein de chasser les « envahisseurs ». Dans chaque ville du Cameroun, des cas de cette nature existent et se multiplient au gré de la conjoncture.

Comment finir sans évoquer ce qui s’appelle désormais le « problème Bamileké ». Des revendications récurrentes se font en effet entendre au sujet de la présence (jugée injuste et insuffisante) des populations Bamileké dans la répartition du « gâteau national ». Les résultats du dernier concours de l’Enam ont par exemple suscité une levée de bouclier de la part du journal Ouest Littoral. Ce quotidien régional dénonçait notamment le « tribalisme à ciel ouvert » dans les résultats. Il y a quelques mois, des câbles diplomatiques révélaient des propos inappropriés de certains pontes du pouvoir sur les Bamiléké. Suffisant pour que les élites grassfiels crient au loup, et instrumentalisent la cause ou le problème Bamiléké.


Les idées reçues foisonnent: dans la fourmilière Beti, Bamileké…

Tout le monde en parle sous le manteau, mais personne ne prend le courage de dénoncer avec la dernière énergie. Les pouvoirs publics au Cameroun préfèrent y voir un facteur de paix et de progrès. Pourtant, les tensions ethniques, les frustrations observables de part et d’autre prouvent que le Cameroun serait un havre de paix dans les apparences et les discours.

Les tribus dans notre pays sont victimes des clichés. Pour la mentalité collective, « les Bamiléké aiment l’argent », « les Bamoun n’ont d’yeux que pour les femmes », « les Beti comme les Douala sont des vendeurs de terrains et des paresseux », etc. Avec le temps, certains clichés fâcheux s’ajoutent. Des exemples ne manquent pas. Avec l’opération Epervier, l’imagerie populaire veut que « les Betis sont les plus grands pilleurs de l’Etat ». Les bétis sont appelés par les anglophones « des voleurs », des « tsop brokepot » qui « cassent le pot après l’avoir utilisé. Entre d’autres termes, quand tu as mangé, personne ne peut plus manger après toi. Allusion faite à ceux qui nous dirigent et qui détournent les fonds publics. Leur comportement donne l’impression qu’après eux le Cameroun ne va plus exister ou bien il y aurait plus rien dans les caisses de l’Etat. Ce qui installe les mentalités dans une dichotomie de pensée : d’un côté ceux qui vivent grassement sur le dos de l’Etat ; de l’autre ceux qui souffrent du fait de la mauvaise gestion dans l’appareil de l’Etat. De tels malentendus sont porteurs des germes d’une guerre tribale en perspective. Il y a eu des bagarres rangées du simple fait d’une boutade du genre : « les moutons du Nord » pour désigner quelques ressortissants de la partie septentrionale. Les « Eton » de la Lékié supportent très mal l’injure relative à leurs « cinq minutes de folie », exprimant leur caractère impulsif et épidermique. Il en est de même des anglophones qualifiés de « gauches », c’est – à- dire qu’ils comprennent toujours mal les choses et qu’ils sont portés à s’irriter. Les « Nanga » sont considérés comme des vagabonds. Il ya quelque temps, cela était considéré comme une insulte. Aujourd’hui, un « Nanga » c’est toute personne sans domicile fixe-un SDF. « Espèce de bamiléké », ceci est devenu une insulte dans notre pays pour désigner toute personne au comportement très peu catholique. En effet, la mentalité collective dans notre pays s’accorde à reconnaître que nos frères bamilékés ne sont pas très honnêtes dans leur façon de faire. Quant à nos frères de l’Est, tout est véhiculé pour dire qu’ils sont cannibales, c’est –à- dire qu’ils mangent des personnes humaines ; beaucoup de choses sont dites sur ce plan, seulement on ne sait pas toujours si cela relève du mythe ou de la réalité.


Mathias Owona Nguini, universitaire, politologue: «Construire un État compétitif»

Sur le plan de la science politique, existe-t-il un problème tribal au Cameroun?

Le Cameroun est une société caractérisée par sa complexité et sa diversité, notamment par composition ethnique. Cette composition ethnique fait donc que le Cameroun est confronté au problème de la coexistence harmonieuse entre les différentes entités ethniques. Il se peut que les relations sociales entre les différents ressortissants de ces différents groupes ethniques soient parfois marquées par des manifestations de tribalisme, c’est -à- dire d’hostilité manifeste vis -à- vis de ceux qui ne sont pas de la tribu. Et cela a tendance à favoriser ceux qui appartiennent à la tribu.


La manière dont les autorités camerounaises gèrent ce phénomène est-elle la meilleure ?

Les autorités camerounaises ont mis en place un ensemble de techniques de pouvoir pour gérer au mieux la multiethnicité, le caractère multiculturel et multinational du Cameroun. C’est dans ce cadre qu’il y a un ensemble de procédures connues notamment sous le nom de l’équilibre régional. Cela se voit mis en œuvre par exemple dans l’organisation des concours administratifs. Seulement, la mise en place de ces techniques de pouvoir se fait de manière anarchique. Ce qui fait que les équilibres qui ont été tracés ne sont pas toujours respectés. Il en résulte que certains groupes socio- ethniques considèrent que d’autres groupes sont favorisés et que cela peut alimenter les ressentiments qui peuvent devenir dangereux pour l’unité nationale.


Quelles pistes de solutions pour en sortir ?

D’abord, je dois dire qu’on ne sortira pas complètement du problème tribal en ce que, la composition multi- communautaire existera toujours au Cameroun. Simplement, il faut concevoir une culture républicaine en terme de tolérance, qui permette aux camerounais de comprendre que nous sommes dans le cadre d’un État qui englobe l’ensemble de ces communautés. Cet État doit assurer la coexistence harmonieuse de ces communautés. C’est donc à travers la république solidaire, la république juste qu’on peut amener les communautés mixtes à se tolérer, à s’accepter mutuellement. Pour cela, nous avons donc besoin de construire un État compétitif, qui est productif et qui est bien organisé. Celui-ci peut créer des richesses matérielles et culturelles qu’on pourrait affecter avec une certaine équité à l’ensemble des groupes qui constituent le Cameroun.

Propos recueillis par Jean Pierre Ledoux



Alain Fogue, universitaire, politologue, et homme politique: «Sous la recherche maladroite de l'équilibre tribale, la république se fissure»


Sur le plan de la science politique, peut-on dire qu'il y a un problème tribal au Cameroun?

Il y a bel et bien un problème tribal au Cameroun. Celui – ci est historiquement une très mauvaise solution à la résolution d'un vrai déséquilibre social et géographique dans l'accès aux ressources intellectuelles que produit l'école, et plus généralement l'éducation, et qui constituent des arguments importants dans la course aux positions sociales, administratives, politiques et, dans une certaine mesure économique.


Comment se pose ce problème à votre avis?

Sous le précédent régime, pendant longtemps, il s'est posé à travers un nivellement par le bas dans l'objectif officiel de permettre, théoriquement, aux régions les moins avancées d'avoir leurs représentants dans les sphères de décision. Il faut cependant souligner que cette mesure discriminatoire qui se voulait corrective a vite sombré dans le clientélisme car, dans les régions bénéficiaires, l'équilibre a très souvent été déséquilibré. En effet, dans ces régions, quand ce ne sont pas simplement quelques grandes familles qui se sont arrogées le droit d'envoyer leurs enfants représenter la région, ce sont d'autres clivages tels la religion, l'histoire, etc. qui ont structuré et piégé le bel esprit de l'équilibre régionale.

Sous le Renouveau, on a régressé du régionalisme au tribalisme avec la nomination de gouvernements à caractère villageois, dans lesquels, à partir d'une approche faussement scientifique de la représentation, des tribus sont quasiment propriétaires de certaines fonctions et de certains postes ministériels. Dans ce contexte, tout Camerounais sait que le ministère de la Défense appartient à telle tribu, celui des Domaines à telle autre, celui de l'Élevage et des Pêches ou du développement Urbain à telles autres encore. Dans la même perspective, on sait que le poste de chef d'État major des armées, celui de Commandant de la Garde présidentielle, de commandant du Quartier général est la propriété de telle tribu, le poste de DG de la SHN, de DG de l'ENAM celui de telle autre. C'est ainsi qu'à ces différents postes, un frère ne remplace qu'un frère ou, rarement, une sœur. Il y a eu sous ce régime une exacerbation du tribalisme, mais pas dans le sens de garantir véritablement un correctif social de la représentation, mais plutôt dans une démarche purement clientéliste. Il y a en effet des tribus qui, malgré le discours officiel sur la recherche de l'équilibre régional, n'ont jamais eu un représentant dans les hautes sphères du pays depuis plus de cinquante ans.

En réalité, derrière l'habillage de la recherche de l'équilibre régional, il y a une intense pratique du clientélisme politique. Si l'on considère une région comme celle du sud, on observera que l'arrondissement de Zoétélé a à lui tout seul fourni l'essentiel des représentants de la région dans les hautes sphères du pays. L'océan, la Vallée du Ntem et la Mvila sont pourtant plus grand territorialement et démographiquement que cet arrondissement.


Quels sont les risques que ce problème pose à la longue?

Le principal risque est celui de l'abaissement du sentiment patriotique et de la confiance en la république. En effet, il est difficile de convaincre un jeune qui a été refusé au concours d'une grande école avec une moyen ne de 16/20 au profit d'un autre admis avec 08/20 de croire au discours officiel sur la république. Il est également difficile pour un jeune chercheur d'emploi d'admettre que les enfants issus de telle grande famille de sa région aient le choix entre les grandes écoles du pays, les bourses d'études à l'étranger ou entre les sociétés parapubliques disposées à leur offrir leur premier poste de travail. Sous la recherche maladroite de l'équilibre tribale, la république se fissure.


Les solutions actuelles mises en œuvre par les pouvoirs publics sont-elles les meilleures?

Naturellement non, car la seule et la plus juste des solutions consiste à garantir les mêmes chances dans l'accès à l'éducation à tous les jeunes camerounais et de ne retenir que la compétence à l'entrée des écoles de formation et dans la désignation à la responsabilité. En effet, on ne corrige pas une injustice par une autre.


Comment sortir définitivement du problème tribal au Cameroun?

Pour sortir de ce problème, il est urgent de se souvenir que nous sommes en république et de s'atteler à garantir l'égalité de chance plutôt lors de l'accès à l'éducation. Il est tout de même dangereux, sous prétexte d'équilibre, de tenter de faire d'un jeune qui a les aptitudes d'un bon ébéniste un chirurgien.

Propos recueillis par Thierry Ndong



Dieudonné ESSOMBA, Ingénieur Principal de la Statistique Hors Classe, Cadre au MINEPAT

ETHNICITE ET ECONOMIE AU CAMEROUN

Le problème ethnique au Cameroun, qu’il prenne la forme primaire du tribalisme, la forme régulée de l’équilibre régional ou la forme politique des revendications identitaires n’est pas dissociable de la situation économique telle qu’elle a évoluée de l’Indépendance jusqu’à nos jours. On peut même dire que cette situation économique en a structuré les formes et les expressions.

Il faut à ce propos rappeler que l’Etat colonial incarnait pour ses sujets le symbole de la force et de la brutalité qui s’exprimaient notamment à travers l’impôt de capitation, les rafles, les travaux forcés, des agents publics tout-puissants, mais il apparaissait aussi et a contrario comme le généreux dispensateur des infrastructures publiques et sociales. La nouvelle administration nationale qui se crée après le départ du colon ne pouvait que reprendre dans une certaine mesure les mêmes traits répressifs et tutélaires, mais en incorporant un nouvel élément qui n’existait pas auparavant : la nécessité de créer une Nation. De fait, avec un niveau intellectuel très faible, des infrastructures inexistantes, des centres urbains résiduels et une mobilité très réduite des populations, les communautés primaires restaient encore profondément repliées sur elles-mêmes.

Dans ces conditions, on ne pouvait pas imaginer une communauté accepter l’autorité de la nouvelle administration si ses ressortissants n’en faisaient pas partie, ce qui, de toute évidence, aurait été perçu comme la substitution de la colonisation blanche par celle, plus inacceptable, des autres tribus camerounaises.

On comprend donc que le premier souci des responsables politiques a été de créer un Etat dans lequel chaque communauté pouvait se reconnaître, d’où la politique de l’équilibre régional qui était une forme de discrimination positive visant à corriger la grande hétérogénéité des niveaux de scolarisation. De cette manière était muselé le risque de voir les régions qui avaient bénéficié des avantages historiques ou géographiques pour avoir une scolarisation plus élevée confisquer tous les emploi publics et créer de fait une colonisation interne qui aurait pu développer des irrédentismes. L’idée de base était que l’égalisation progressive des taux de scolarisation allait égaliser les chances d’accès aux postes publics et rendre cette discrimination inutile.

Ce choix politique avait paru normal à tout le monde et il faut le dire tout net, la mesure n’apparaissait pas spécifiquement dirigée contre les Bamiléké qui, à l’époque, étaient nettement moins scolarisés que les Douala les Basa ou les Beti. C’est plutôt ces derniers qui auraient pu se plaindre, ce qu’ils n’ont pas fait, certainement parce que l’Etat et ses entreprises présentaient une offre d’emploi si importante que cet équilibre régional n’avait pas de grave incidence pratique. Tous les diplômés, du CEPE jusqu’à l’agrégation d’Université avaient leur place et la discrimination ne portait ouvertement que sur des secteurs considérés comme sensibles : administration générale, police, armée, diplomatie. Elle avait moins d’importance dans les secteurs techniques et sociaux, même si pour de raisons évidentes on évitait qu’une corporation ne devienne un ghetto tribal.

De 1960 à 1985, le Cameroun connaît une croissance de plus de 7% par an et le tissu économique commence à se densifier. Dans les années 80, le Cameroun produisait en totalité ou en partie les réfrigérateurs, les chaussures, les vélos, les postes radios. Au regard des biens qui existaient à l’époque, son appareil productif s‘était considérablement rapproché de ceux de l’Europe. On pouvait donc s’attendre à ce que progressivement la pratique de l’équilibre régional s‘atténue, voire disparaisse. Malheureusement, le système productif s‘étrangle en 1987, entrainant immédiatement le gel des avancées sociopolitiques.

En effet, en sombrant dans la crise, le Cameroun voyait son système productif déstabilisé, avec la liquidation des entreprises d’Etat, le plafonnement de son secteur privé à des activités périphériques et sa plongée progressive dans le magma informel qui masque une oisiveté généralisée. Le pays s’est ainsi retrouvé avec moins de 10% d’emplois dits « formels » comprenant 200.000 agents publics aux salaires généralement minables, et quelques 300.000 employés du secteur structuré, soit tout au plus 500.000 emplois qu’on peut considérer comme relativement décents.

C’est beaucoup trop peu pour 20 Millions d‘habitants et les maigres opportunités d’emplois exaspèrent la compétition sur les quelques postes disponibles. Le secteur privé, étranglé, ne peut prospérer et se retrouve obligé de limiter son emploi dans les cercles familiaux ou tribaux. Quant au secteur public, mal alimenté par un secteur privé pratiquement réduit aux activités de bouts de filière, la compétition prend les formes primitives de répartition numérique des postes de travail entre les communautés, toute liste de recrutement étant soigneusement scrutée pour voir si chacune est représentée au pro rata de sa population.

Or, si le Cameroun avait disposé, comme ses arguments économiques le lui permettent en théorie, de 750.000 agents payés trois fois mieux qu’aujourd’hui, et de plus de 3 Millions d‘emplois privés ou parapublics, il serait dans un tel état de demande de main-d’œuvre que la notion d’équilibre régional aurait perdu tout sens. On voit bien que le rationnement de l’emploi plombe le pays dans un état infantile, où il n’arrive pas à sortir de la logique de l’équilibre régional et des cercles communautaires. Des pratiques compréhensibles dans un pays très jeune, mais qui deviennent totalement contreproductives au fur et à mesure que l’économie se complexifie et doit fonctionner sur la compétitivité du travail.

Ce blocage économique a également joué un rôle très négatif sur l’implantation d’une véritable démocratie, celle qui est fondée sur des choix idéologiques et non des solidarités primaires. De fait, le Cameroun rassemble un grand nombre de tribus particularisées par des langues et des cultures différentes. Faute d‘une économie puissante capable de répondre de manière satisfaisante aux besoins de la population, l’Etat qui est la source essentielle des richesses de type moderne devient rapidement le champ de luttes où les enjeux portent sur des positions de pouvoir qui permettent de mieux négocier des avantages en termes d’infrastructures économiques et d’équipements sociaux pour le territoire de sa communauté, d’emplois pour les frères du village et de rentes économiques.

Dans ces conditions, le suffrage populaire ne peut plus avoir un véritable contenu démocratique : les choix sont fortement marqués par des coalitions tribales où l’on vote davantage la représentation mentale qu’on se fait de la tribu du candidat que sa personne, son parti ou son idéologie. Autrement dit, des avantages qu’on est en droit d’en attendre, au regard des proximités tribales ou des faits de cohabitation historiques. Les élections se limitent ainsi à un exercice qui respecte peu ou prou le formalisme multipartiste, mais sans la moindre substance en termes d’expression démocratique.

Sur le plan politique, les pouvoirs sont fondamentalement faibles et ils ne peuvent se maintenir qu’au prix d’un équilibre permanent des forces régionales, ethniques ou religieuses, à l’instrumentalisation de l’administration et à la séduction des forces sécuritaires, reléguant au second rang l’efficacité productive dans la répartition territoriale des investissements publics et la compétence dans le choix des hommes. Mais en même temps, ils sont violents, car malgré la logique de l’équilibre et peut-être même à cause d’elle, le pouvoir n’en reste pas moins en butte à toutes les déstabilisations qu’alimentent les antagonismes ethniques, les oppositions corporatistes ou les conflits d’intérêt.

Lorsqu’une économie élargit ses possibilités, le système politique associé a tendance à s‘ouvrir et à se libéraliser par sa dynamique même, de sorte que même si le développement économique a apparu sous un régime autoritaire, celui-ci est appelé à disparaitre à brève échéance. Cela a été le cas pour la Corée du Sud et des pays d’Amérique Latine. Cela sera certainement le cas pour la Chine. Par contre, lorsque l’économie est bloquée, elle secrète des attitudes darwiniennes de lutte pour la survie qui se manifestent par la crispation au sommet de l’Etat, les bénéficiaires du régime ne voulant plus se démordre de leurs avantages puisqu’ils n’ont plus de perspectives. D’où la dérive du pouvoir vers une cristallisation autour d’un noyau fidèle qui a tendance à se reproduire par la voie de l‘héritage ou de l‘adoubement et prend un caractère susceptible, irrationnel et violent.

Un tel système ne peut pas développer une véritable démocratie : même lorsque celle-ci est imposée de l’extérieur, elle prendra la forme d’un partage à ciel ouvert des maigres ressources de l’Etat par une élite choisie de manière à mettre sous contrôle leurs communautés respectives, à l’aide des cadeaux et de promesses. La démocratie bascule dans le folklore et la dramaturgie : les élections sont organisées mais seulement comme un rituel destiné à rafraîchir le système. Au fil du temps, les capacités techniques déclinent au profit des spécialistes de la courtisanerie, de la flagornerie et de la ruse à travers le mécanisme de la sélection averse : ses membres les plus purs et qui, en toute bonne foi et dans l’espoir de le sauver, essaient d’attirer l’attention sur les menaces qui pèsent sur lui sont exclus sans ménagement. Le système finit par perdre le sens des réalités et l’intelligence de sa propre survie.

Le patrimoine productif du Cameroun

Le rationnement des opportunités d’emploi imposé par le blocage de l’économie est ressenti de manière différentiée suivant les communautés. Du fait d’un certain nombre de contingences telle que de fortes densités, quelques communautés ont développé des aptitudes dans la lutte pour la survie incontestablement plus fortes que d’autres. C’est notamment le cas de Bamiléké et de leur « problème » si fortement médiatisé. Les densités trop fortes à l’Ouest les rejettent dans les villes où leur insertion apparaît comme une question de vie ou de mort. D’où un esprit plus ouvert dans l’incorporation des techniques modernes, la capacité d’exploiter les espaces difficiles, une grande dureté à l’effort et une extrême frugalité qui justifient leur réussite dans les activités commerciales. Mais on peut en dire autant, quoique dans une moindre mesure, des Eton dans le Centre, des populations du Nord-ouest ou celles de l’Extrême-nord.

On comprend que de telles populations soient comparativement plus nombreuses sur le champ de la compétition que représentent les postes publics, et par suite, se sentent plus pénalisés par l’équilibre régional imposé par le rationnement. On comprend également qu’elles soient très visibles dans de multiples activités urbaines, suscitant la suspicion des communautés autochtones apeurées devant ce qu’elles perçoivent comme une hégémonie ou une invasion.

Cela dit, on comprend moins les idéologies tribalistes qui tournent autour du Bamiléké, qu’elles soient développées par les ressortissants de cette communauté, illusionnés par un faux sentiment de puissance économique, ou par les autres qui trouvent en eux une engeance de comploteurs visant à s’emparer du pays. L’examen du patrimoine des entreprises montre de manière claire que la richesse d’une communauté au Cameroun n’est qu’une simple vue de l’esprit. Quelles sont nos entreprises nationales ? CAMRAIL, CAMSHIPLINES, CAMAIR, SCB, BICEC, SONEL, SNEC, SNH, SOSUCAM, CDC, MTN ORANGE, PMUC, ou les Brasseries du Cameroun dont les capitaux sont étrangers avec une petite part de l’Etat.

Et on pourrait en citer une centaine sans qu’aucune ne présente une proportion de 10% du capital privé camerounais. Les quelques entreprises un tant soit peu importantes qu’on pourrait croire camerounaises ne sont en réalité que les capitaux étrangers masqués sous des prête-noms nationaux.

Que possèdent donc finalement les Camerounais ? Des boutiques, des bars, des taxis, quelques vieux autobus regroupés sous le nom d’agences de voyages, et quelques petites auberges pompeusement appelées hôtels. Mais posez-vous la question suivante : combien de taxis de 2,5 millions peut-on acheter avec les 80 Milliards d’un Boeing ? 32.000 taxis, soit plus que tous les taxis du Cameroun ! Et combien faudrait-il de boutiques pour atteindre le coût d’une usine comme les Brasseries du Cameroun ou une centrale de transformation électrique ? Des dizaines de milliers ! C’est dire que toute cette poudre d’activités tenue par les Camerounais ne représente pas grand-chose dans le patrimoine productif du Cameroun dont la répartition réelle est la suivante : 51% pour les étrangers, 35% pour l’Etat et 14% pour le privé national.

C’est à l’intérieur de ces misérables 14% que se bousculent les « dynamiques » Bamiléké et les autres Camerounais. L’illusion vient du fait que la « richesse » des Camerounais est formée de minuscules activités très visibles : quand un Douala ou un Ewondo a soif d’une bière au quartier, c’est le bar voisin du Bamiléké qui apparait spontanément à l’esprit et non les grues du port de Douala qui appartiennent à Bolloré. On comprend donc qu’ils trouvent le Bamiléké riche puisque c’est lui qui a précisément la bière qu’ils convoitent ; on comprend également que le Bamiléké se croit riche et s‘en vante, parce que c’est lui qui détient la bière convoitée par ses voisins. Ainsi bloqué dans leur petit niveau, ces citoyens engageront un terrible bras de fer au sujet de ces broutilles, devant le Blanc hilare et satisfait de cette profonde imbécilité qui les empêche d’ouvrir les yeux devant la terrible réalité de l’exploitation.


Le problème fondamental de notre économie

Le problème fondamental au Cameroun et qui gèle la construction d’une véritable unité nationale et d‘une véritable démocratie est le rationnement de l’emploi et le plafonnement du revenu. Les importations de la brocante européenne et de la pacotille chinoise ont rendu impossible le développement de toute industrie d’import-substitution. Notre pays ne produit pratiquement plus de bien manufacturé et importe jusqu’aux cure-dents.

Ainsi privé de la possibilité de développer ces industries consommatrices de main-d’œuvre, le Cameroun n’est plus capable de retenir son pouvoir d’achat. Le salarié qui touche son argent ne s‘adresse pas aux PME locales, mais se précipite à l’extérieur sur les costumes, les téléphones cellulaires ou les sacs de riz thaïlandais. Cette diarrhée de l’argent national condamne le pays dans une oisiveté qui se traduit par un sous-emploi massif, la cancérisation du secteur informel, les revenus plombés, de faibles opportunités d’investissement et un plafonnement du développement économique.

Même les quelques secteurs qui nous sont autorisés ne sont pas contrôlés par le Camerounais et pour cause : notre économie n’est formée que de segments de filières qui débouchent à l’étranger. Que ce soit les mines, l’agriculture, les infrastructures ou les services, leur fonctionnement dépend de l’appareillage étranger. Or, chaque fois qu’un créneau est réellement intéressant, les opérateurs étrangers s’en emparent, car ils forment de puissants réseaux internationaux qui maîtrisent l’ensemble de la filière et notamment, la fabrication de l’outil de production lui-même. Par exemple, les sociétés de travaux publics peuvent directement prendre des bulldozers à l’usine à des conditions préférentielles pour construire une route au Cameroun. Un Camerounais qui s‘aventure dans ce genre d‘opérations est par essence obligé de se mettre au second niveau, c’est-à-dire de racheter les engins déjà amortis par ces multinationales et de se confiner aux activités périphériques.

Tous ces blocages rendent difficile une véritable intégration nationale et la seule manière d’en sortir est de restaurer nos capacités productives à travers un mécanisme capable de retenir le pouvoir d’achat sur le territoire national. Les anciens mécanismes de protection tels que la douane ou les contingentements ne peuvent plus marcher au regard de nos engagement avec l’OMC (Organisation Moniale du Commerce), mais aussi de la faible taille et de la porosité de notre pays. En outre ils introduisent d’importantes distorsions dans le système productif.

La seule solution qui évite tous ces écueils tout en assurant une intégration dans l’économie internationale est la monnaie binaire. Pour en comprendre le principe, il faut rappeler que les autorités du Cameroun peuvent relancer la croissance par la consommation en revalorisant les salaires. Malheureusement, une telle augmentation, loin de profiter au secteur productif local, s’évacue en achats massifs de biens importés, aggravant le déficit de la balance commerciale et les menaces d’un nouvel endettement.

Pour sortir de ce piège, le Gouvernement peut quand même augmenter les salaires, mais avec des CFA barrés d’un trait. Contrairement au FCFA normal qu’on peut transformer en devises, les billets barrés ne sont pas convertibles et on ne peut les utiliser que pour acheter les biens locaux.

L’argent barré bloque ainsi le pouvoir d’achat sur le territoire national et permet le développement des activités incapables de survivre avec le FCFA normal. C’est cette situation où cohabitent deux monnaies dont l’une, dite « majeure » est convertible et l’autre, dite « mineure » est inconvertible qui constitue la Monnaie Binaire.

La Monnaie Binaire existe dans beaucoup de pays, mais sous une forme associative ou localisée. On peut citer le WIR en Suisse, l’Ithaca aux USA, le Chimgauer en Allemagne, le RES en Belgique, etc. En l’acclimatant au Cameroun et en la systématisant, nous doterions notre pays d’un système économique puissant capable de porter notre croissance à 8% en moins de 3 ans, permettant ainsi de réaliser le Programme des Grandes Ambitions en moins de 7ans et d’atteindre les objectifs de notre Vision en moins de 20 ans, ce qui est impossible autrement. Mais plus important encore, elle ouvrirait la voie à une véritable unité nationale.

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