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Nécrologie: Henriette Dooh Collins s’en est allée
Le Messager
DOUALA - 09 Mars 2012
© Jacques DOO BELL | Le Messager
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La cathédrale Saints Pierre et Paul de Douala-Bonadibong s'est avérée étroite samedi 3 mars 2012 pour accueillir les nombreuses personnes qui ont tenu à accompagner Madame Dooh Collins, l'une des sages-femmes africaines de la première heure dans le dernier tronçon de son parcours sur terre.
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La cathédrale Saints Pierre et Paul de Douala-Bonadibong s'est avérée étroite samedi 3 mars 2012 pour accueillir les nombreuses personnes qui ont tenu à accompagner Madame Dooh Collins, l'une des sages-femmes africaines de la première heure dans le dernier tronçon de son parcours sur terre. Il aura fallu renforcer les places assises de cette grande cathédrale par des sièges empruntés ailleurs.

Lorsque sa belle-mère lui collait le plus naturellement du monde le titre de «Madame» parce qu'elle devenait l'épouse de son fils, M. Ned Dooh-Collins, nous sommes au début des années 50, elle ne se doutait pas que ce titre allait devenir pour sa ? un «nom commun féminin singulier» comme précisé dans la brochure-hommage commise par ses enfants, à l'occasion de ses obsèques.

Aussi, toute sa vie elle sera «Madame», pour ses propres enfants et petits enfants; «Madame» pour les nombreux enfants dont elle a entendu le premier cri; «Madame» pour les milliers de femmes qu'elle a délivrées des douleurs de l'enfantement; «Madame» pour celles à qui elle a donné le bonheur d'être mères; «Madame» pour ses beaux-frères, belles-sœurs, neveux, nièces et gendres; «Madame» pour les petits-enfants et les arrières petits-enfants de son sang; «Madame», pour les enfants d'ici et d'ailleurs; «Madame» pour tous ceux qui ont eu l'occasion de la Côtoyer. Au milieu de nombreuses femmes, quand on hélait «Madame», les autres savaient sans sourciller que ce ne pouvait être qu'elle.

Madame Collins fait partie des premières promotions de sages-femmes africaines formées à la prestigieuse Ecole africaine de médecine et de pharmacie de Dakar. Son parcours scolaire sans faute commence au Collège moderne de Jeunes filles de Dakar au début des années 40. Il se poursuit à l'Ecole des Sages-femmes de la même ville en 1948, d'où elle sort, en 1951, nantie du parchemin qui sanctionne cette formation.

La jeune Sénégalaise est alors affectée au Cameroun avec trois de ses compatriotes. Arrivée par bateau à Douala le 19 février 1952, elle est mise à la disposition du médecin-chef du Moungo, le 24 février pour travailler à Mbanga, comme sage-femme de troisième classe. C'est dans cette bourgade de l'époque qu'elle entame une carrière, un sacerdoce qu'elle a assumée avec un humanisme dont elle avait seule le secret et qu'elle irradiait autour d'elle pour le bonheur de ses patientes, de ses collègues aussi.

A l'une de ces dernières: Mme Jacqueline Tchokonté Kamga, elle avait livré un bout que voici: «Jackie, quand tu entres dans ce bloc, dis-toi que les intérêts de ces femmes qui nous regardent doivent passer avant les tiens. Tu dois toujours voir en cette femme qui t'es confiée, non pas un numéro de lit, mais ta sœur, ton amie ou ta fille dont tu partages les douleurs, la peur et l'espérance». Quelle convainquante leçon de solidarité et de conscience professionnelle!

«Sage-femme expérimentée, Henriette connaissait toutes les ficelles de notre métier. Très dévouée et appréciée de tous. Toutes les sages-femmes de notre époque se souviendront d'Henriette, elle a été pour tous un exemple de dévouement et d'amour pour son prochain» témoigne Mme Jessi Thérèse Dieye.

Toutefois, cela n'allait pas sans exigence et autorité. Dr Nia Kwa Léonlein garde d'elle le souvenir «d'une personne disciplinée, exigeante avant tout envers elle-même, respectueuse, ayant une parfaite maîtrise de sa profession. Elle communiquait au personnel son expérience avec humilité, guidait avec tact le médecin dans la pratique des actes difficiles. J'ai appris de Madame Collins que le savoir sans humanisation de la médecine est pernicieux dans l'exercice de notre art...»

Parlant de son autorité dans le travail, une autre collègue, Anastasie Yakana a retenu d'elle que «dans un domaine qui consistait à préparer, accueillir et accompagner la vie même, il était inacceptable de démontrer le moindre laxisme; la moindre négligence. Elle était donc particulièrement stricte et intransigeante sur tous les aspects liés à la déontologie de la profession de sage-femme et seul le travail bien fait lui était acceptable. Attention, précision, vérification étaient autant d'éléments de la procédure que Madame Collins s'était fait fort d'inculquer à tout le service. Avec elle on avait fini par comprendre qu'il fallait véritablement faire don de soi pour mériter le privilège de suivre la mère pendant sa grossesse et de l'assister à l'enfantement». Car pour Madame Collins «ton meilleur salaire est la satisfaction d'avoir bien rempli ta mission à l'hôpital et auprès de ta nombreuse famille». A-t-elle conseillé Thérèse Nsanguè Akwa.

A peine débarquée au Cameroun en 1952, la jeune Henriette Borgy rencontre le jeune Ned Dooh-Collins. C'est le coup de foudre entre les deux jeunes gens qui se marient en 1953. Leur idylle déclenche le courroux de l'administration coloniale qui la dépossède de sa nationalité française. Mais son légendaire attachement à son chevalier servant et à sa nouvelle patrie était au-dessus de toutes les contingences matérielles. De leur mariage naîtront quatre garçons et une fille qui perpétuent avec une réussite plutôt rare dans certaines de nos «grandes» familles la solide réputation des Dooh Collins. Autant aimait-elle son mari, autant elle a adopté le Cameroun et les Camerounais de partout et de toutes les conditions au point de conquérir les cœurs de tous ceux qui ont eu le privilège de la croiser sur leur chemin.

Madame, selon le témoignage de ses enfants était la matérialisation parfaite de ce que son illustre compatriote, Léopold Sedar Senghor appelait le métissage culturel: pont entre le Sahel couleur de miel et la verte forêt gorgée de sève. Elle n'a renoncé à aucune des trois cultures dans lesquelles elle a été brassée: celle des îles qui baignent dans l'Atlantique et qui fondent ses origines, celle de la savane où elle a grandi, celle des berges du Wouri où son destin de femme l'a propulsée. Elle n'aura renoncé à rien, elle a réalisé un formidable syncrétisme des trois et admirablement surfé sur tout et transmis l'amour de tout.

Ainsi était «Madame». Madame Henriette Dooh Collins. Elle partage l'Eternité avec son non moins illustre moitié depuis le 3 mars 2012. Quitter les siens à 80 ans, c'est une grâce divine. «Madame» l'a méritée.

Rédaction de Cameroon-Info.Net
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