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Barbarie: Les déboires d'une Camerounaise mutilée à Malabo, en Guinee Equatoriale
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YAOUNDE - 21 Mars 2012
© Benoît Dubois ONANA | Repères
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L'autre victime de la soldatesque équato-guinéenne a été inhumée dans l'indifférence générale.... Le 23 octobre 2011, alors qu'elles reviennent de la buvette où travaille Mlle Ebela, les deux Camerounaises échouent sur une barrière de militaires à Noué, petite localité située entre Bata et la frontière camerounaise. Ils leur arrachent leurs papiers et les conduisent en cellule. L'un d'entre eux tente d'abuser des deux Camerounaises. Face à la résistance, il tire à bout portant sur Martine Ze qui décède sur-le-champ. Puis, dans les jambes d'Ebela
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Tous les regards sont tournés vers la route en latérite qui mène à Ebolowa. Le prêtre piaffé d'impatience. «On attend l'arrivée du consul Abessolo. Il a promis qu'il viendra», déclare Mlle Didja, la sœur ainée de Martine Angèle Nadine Ze (25 ans), la défunte. On est à quelques minutes de l'inhumation prévue à 13 heures ce samedi 17 mars à Ngonebok-Abo Ntomba, hameau situé à 3 km d'Efoulan, chef-lieu de l'arrondissement du même nom, à une cinquantaine de kilomètres de la capitale régionale du sud.

«J'attends qu'il vienne me dire ce que les Guinéens ont fait à ma fille», pleure dame Ngonga Etoua née Koudaha Ngueleo, la mère. Finalement, pas l'ombre du représentant diplomatique du Cameroun à Bata à l'horizon déjà surchauffé par le soleil au zénith. Joint au téléphone lundi, le consul s'est contenté de dire: «Je n'ai pas de déclarations à donner à la presse camerounaise sur une affaire où elle a passé le temps à diffuser des informations erronées.». Faute de consul, on se contente du sous-préfet, M. Patient Edjock Sandjomo, qui débouche sur les lieux sur les coups de 12 heures et demi.


Revanche

Depuis la veille, jour de la mise en bière de sa fille à l'hôpital central d'Ekombitié d'Ebolowa, lorsque Mme Koudaha Ngueleo regarde les photos de sa fille pleine de vie posées contre le cercueil, un beau rectangle de bois tropical, son cœur saigne. Rien à voir avec ce corps mal conservé et mutilé (sans lèvre supérieure, un bras gauche et trois doigts de la main droite sectionnés) repoussant comme une usine à gaz.

A 13 heures, le prêtre lance enfin l'inhumation et demande à quiconque le souhaite, de prendre la parole pour l'oraison. Silence de cimetière pendant près de cinq minutes. On se regarde. On regarde vers le sous-préfet qui reste muet. Le chef de terre susurre pourtant à l'oreille de son voisin: «Si la famille ne parle pas, le sous-préfet ne dira rien».

Dieu merci, le chef traditionnel d'Akom Yevol, Sa majesté Roland Paul Mbili Ebo'o, s'avance pour fustiger l'intolérance et l'absence d'intégration dans notre sous-région Afrique centrale. Néanmoins, il élève la défunte à la dignité d'héroïne à l'image de Jeanne d'Arc en France. En souhaitant que «sa mort viendra mettre un terme à la barbarie sauvage et inhumaine dont les Camerounais sont victimes hors de nos frontières». «C'est ça même!», acquiesce-t-on autour de la tombe. Enfin, le sous-préfet apaise la douleur de la famille et du canton, présente les condoléances du gouvernement et le remercie pour sa sollicitude.

Au moment où sa fille est portée en terre, Mme Koudaha Ngueleo déclare: «Je saurai ce qui est arrivé exactement à ma fille. Je suis une fille de l'Extrême-Nord (du Mayo Tsanaga, Ndlr), j'irai chez moi. Et nous verrons ça

A la fin de l'enterrement, c'est au tour de son époux, M. Ngonga Etoua Effa, de fondre en larmes devant les photos de la compagne d'infortune de sa fille, Mlle Balbine Esther Ebela, toujours internée à l'hôpital «La Paz» («la paix») de Malabo. Trois fois, il demande: «Nos enfants ont fait quoi à qui?».


Frilosité

Le 23 octobre 2011, alors qu'elles reviennent de la buvette où travaille Mlle Ebela, les deux Camerounaises échouent sur une barrière de militaires à Noué, petite localité située entre Bata et la frontière camerounaise. Ils leur arrachent leurs papiers et les conduisent en cellule. L'un d'entre eux tente d'abuser des deux Camerounaises. Face à la résistance, il tire à bout portant sur Martine Ze qui décède sur-le-champ. Puis, dans les jambes d'Ebela. Quelque temps après, le consul conduit le corps de Nadine à la frontière. Il revient chercher sa compagne.


Opposition.

L'ambassadeur alerté, déclare n'avoir «signé aucun papier dans ce sens.» Le samaritain de circonstances abdique et est plutôt sommé de convoyer la rescapée sur Malabo.

L'affaire, selon sa mère, Mme Anastasie Messomo Essomba, aurait pu se passer comme si Balbine Esther n'avait pas de parents. Il a fallu que «j'aille me plaindre dans une émission à Radio Siantou pour que les services du secrétaire général du ministère des Relations extérieures, M. Philippe Mbeyu, m'appellent pour me demander de passer quatre jours après (6/2/12, Ndlr)» «Tu pourrais pleurer tous les jours dans les radios, cela n'avancera à rien», lui a-t-il dit.

Le 7 février, jour de la remise des enveloppes des deux chefs d'Etat (Obiang et Biya) au palais des Congrès de Yaoundé par le ministre de Relations extérieures, le SG et l'ambassadeur appellent les deux familles sinistrées en aparté pour avertir: «Le ministre ne veut pas de problèmes dans la salle tout à l'heure quand il remettra les enveloppes.» D'accord, mais «cet argent, va-t-il remettre ma fille debout? Et après, sa vie, son enfant et son école?», s'inquiète-t-elle.

La répartition se fait sans problème (8 millions de FCFA pour la famille de Nadine, 5 millions pour Balbine Esther Ebela, 750.000 pour sa garde malade. Le consul hérite de 500.000 FCFA pour ses bons et loyaux services...) Sauf qu'à la fin de la cérémonie, alors que la mère d'Ebela s'apprête à présenter les photos à la presse, «Pas question!, s'interpose le Minrex. Elles pourraient provoquer la guerre entre le Cameroun et la Guinée équatoriale. Il y a des gens qui ont leurs filles de part et d'autres dans les deux pays

Depuis lors, Ebela n'a jamais perçu ses 5 millions et s'impatiente. «Le ministre Moukoko Mbonjo m'a appelé pour me dire qu'on ne peut pas me donner l'argent sur un lit d'hôpital. Il faut qu'on m'ouvre un compte. Il a promis envoyer quelqu'un récupérer ma carte nationale d'identité ici à l'hôpital La Paz. J'attends toujours». Un hôpital La Paz qui est déjà un havre d'ennuis pour la malheureuse Camerounaise. Sans argent, sans visites, c'est en principe ce mardi, que les autorités guinéennes doivent l'en expulser.


Mme Balbine Esther Ebela: «Ni le consul ni l'ambassadeur ne m'ont rendu visite à l'hôpital»

La jeune Camerounaise de 30 ans, hospitalisée à Malabo depuis l'agression du 23 octobre 2011, raconte sa vie à l'hôpital.

Avez-vous déjà perçu l'argent débloqué par les chefs d'Etat du Cameroun et de la Guinée équatoriale?

Jeudi dernier, le ministre Moukoko ma personnellement appelée. Il m'a dit que je ne suis pas en sécurité ici à l'hôpital. Il préfère ouvrir un compte à mon nom au pays.


Avez-vous des nouvelles de vos agresseurs?

J'ai entendu dire que le meurtrier a été mis en prison à Malabo: Et que les autres ont été révoqués de l'armée.


Avez-vous des visites à l'hôpital?

Ni l'ambassadeur ni le consul ne m'ont visitée depuis cinq mois. La dernière fois que j'ai vu le consul Abessolo, c'est le jour où il m'a amenée ici à l'hôpital. Il y a juste un bienfaiteur camerounais qui, de temps en temps, vient nous donner un peu d'argent à moi et à ma garde malade, une Camerounaise.


C'est quoi votre quotidien à l'hôpital?

Il faut déjà savoir que La Paz est un hôpital public. On m'administre des soins mais aussi de la nourriture. Et puis, les médecins et infirmiers sont plutôt gentils. Malheureusement, on nous demande déjà de déguerpir ce jour (mardi). Et les autorités guinéennes disent qu'elles vont nous mettre dans l'avion ma copine et moi. Du coup, j'ai bipé le consul. Il m'a rappelé pour me répondre qu'il «n'est pas au courant de nous».


Votre copine, Ze Martine Angèle Nadine, a été inhumée le week-end dernier. Quel est votre sentiment?

J'ai mal au cœur. Hélas! Comme j'aurai voulu être à l'enterrement. Je prie le Seigneur pour le pardon des péchés de Nadine (pleurs). Comme je le remercie aussi de m'avoir épargnée (pleurs). Même si je n'ai plus qu'un pied.


Si on vous demandait de continuer de rester en Guinée...

Je ne veux plus. Sauf, s'ils m'offrent une maison...


Avez-vous néanmoins des projets?

Malgré mon état physique, je voudrais ouvrir un bar, une boutique et un salon de coiffure au Cameroun.


Avez-vous un message à adresser au chef de l'Etat?

Je n'ai plus de force. Il faut qu'il m'aide. Ma famille est pauvre. J'ai un enfant en âge scolaire. II faut qu'il me cherche une maison et qu'il m'assure le suivi médical.


CEMAC: Les Camerounais, les mal-aimés de la sous région

Ils sont victimes, de manière récurrente, d'expulsions, exactions, confiscation de biens récurrents, etc., sur l'espace de la Communauté.


«Je tiens à préciser une chose, les pays africains, y compris l'Afrique du Sud, ne devraient pas prendre la maturité et l'amitié du Nigeria pour acquises (...) Lorsque vous expulsez deux Nigérians d'un pays, il y aura une réaction appropriée». Ainsi s'exprimait M. Olugbenga Ashiru, le ministre nigérian des affaires étrangères à la suite de l'expulsion de 125 de ses compatriotes d'Afrique du Sud en janvier dernier. «Ce ne sera pas une vengeance, mais nous savons que nous répondrons d'une manière ou d'une autre», avait poursuivi le patron de la diplomatie nigériane face aux journalistes. Un langage que les Camerounais vivant en Guinée Equatoriale et ailleurs en Afrique centrale, aurait parfois voulu entendre de leurs ministres des relations extérieures tenir face à la longue liste d'actes comprenant retrait des cartes de séjour, détention carcérale abusive, confiscation de biens, traitement discriminatoire, etc., dont ils sont victimes au quotidien sur leurs terres d'accueil. Hélas, le Cameroun n'est pas le Nigeria, il ne le sera jamais... Notre diplomatie a sa manière à elle de résoudre les questions diplomatiques avec ses voisins de la Cemac.


Ahidjo

Pourtant, les incidents tels que ceux que déplore M. Olugbenga vis-à-vis des ressortissants de son pays, s'égrènent au fil des jours tel un chapelet. Elle est loin, bien loin, l'époque où Ahmadou Ahidjo, le père de l'indépendance du Cameroun «frappa du poing sur la table» en décidant de la fermeture de la frontière avec le Gabon. Asphyxiant économiquement le pays d'Omar Bongo Ondimba. L'ancien président camerounais dut accepter l'indemnisation de personnes expulsées et obtint des excuses du gouvernement gabonais qui demanda aux Camerounais de revenir au Gabon, assurant qu'il n'y aura plus des incidents de ce genre.

C'était à l'occasion du match Union de Douala contre FC 105 de Libreville, au stade la Réunification à Douala. Un match où l'équipe gabonaise, menée au score 5 buts contre 1, se mit à simuler des chocs, se disant que l'arbitre allait annuler la rencontre. Niet! avait dit l'homme en noir. Une fois de retour au pays, les journalistes amplifièrent le message à travers les journaux et la radio nationale gabonaise (il n'y avait pas encore la télévision). Il n'en fallait pas plus pour livrer les Camerounais du Gabon dans la cage aux tigres. Résultat: commerces saccagés, chasse à l'homme, exactions et expulsions des Camerounais. C'était il y a si loin...

En décembre 2008, c'est au large de Campo, localité du Sud du Cameroun à la frontière avec la Guinée équatoriale qu'un autre drame se produit. Un pêcheur camerounais est assassiné par des éléments des forces de l'ordre équato-guinéenes. La partie équato-guinéenne est la première à prendre unilatéralement la décision de fermer la frontière commune! En réaction, le pouvoir de Yaoundé rappelle son ambassadeur à Malabo.


Expulsions

Depuis 1994, «Les Camerounais vivant en Guinée équatoriale se plaignent d'être régulièrement victimes de tracasseries et d'escroqueries de tout genre». Voila ce qui se murmure en février 2009, en marge d'une session de la Commission mixte ad hoc sur les questions consulaires et de sécurité transfrontalière. Le ministère des Relations extérieures dénonce ainsi une exacerbation des problèmes consulaires.

Les expulsions, elles aussi, sont monnaie courante dans la sous région depuis des décennies. Surtout celles des Camerounais. En juin 2011, le gouvernement gabonais a chassé de son territoire des milliers d'orpailleurs qui ont rallié le Cameroun par Djoum. Devenue eldorado pétrolier de 668.225 habitants (selon une estimation de juillet 2011) pour une superficie totale d'à peine 28.050 km2, le pays de Theodoro Obiang Nguema Mbazogo, attire les Camerounais en quête d'emploi (environ 15.000, selon les statistiques officielles du ministère des relations extérieurs) tel la valériane les mouches. Pour, à la moindre peccadille, les rejeter chaque jour comme l'Atlantique refoule les eaux souillées de ses affluents. Généralement sans diplomatie aucune.




M. Mathias Eric OWONA NGUINI: «Une décision de fermeture des frontières devrait être prise pour faire preuve de fermeté»

Le politologue s'exprime sur les mauvais traitements répétés infligés aux Camerounais dans la sous-région Afrique centrales ces derniers


Comment analysez-vous la mollesse de la diplomatie camerounaise face à la récurrence d'actes de barbaries exercés sur les ressortissants camerounais en Guinée équatoriale et dans la sous région en général?

La diplomatie camerounaise a toujours réagi avec retenue et modération surtout par rapport à l'Etat Guinéen. Cela est une manière de faire qui s'inscrit dans une stratégie de ne pas prendre de décision du tout.


Quels sont les avantages d'une telle stratégie?

Cette manière de faire a certes ses avantages et ses inconvénients. Il s'agit de montrer de temps à autre à la Guinée Equatoriale, à nos voisins que le Cameroun peut riposter. Mais, ils peuvent aussi se dire que ça ne bouge jamais du coté du Cameroun...


En 1980, le président Ahidjo après des incidents de xénophobie survenus après un match de football, avait ordonné la fermeture des frontières du Cameroun avec le Gabon. Pourquoi est-ce que le pouvoir actuel ne ferait pas de même vis-à-vis de la Guinée?

Il ya en effet une décision de fermeture des frontières qui devrait être prise. Pour faire preuve de fermeté. Sans que les relations entre les deux pays ne s'effacent pour autant. Elles se poursuivront. Mais les mouvements entre les deux pays seraient ralentis. Cela prouverait une certaine colère, ce serait l'occasion pour les autorités camerounaises d'afficher leur courroux vis-à-vis de leurs voisins. Cela montrerait bien leur détermination. Et, cela, il ne faut peut-être pas l'attendre pour demain.

Rédaction de Cameroon-Info.Net
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