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«Patriotisme économique : enjeux et contours d’une notion controversée». Tel est le thème autour duquel l'organisme patronal Entreprises du Cameroun (Ecam), a invité l’agrégé d’économie Bruno Bekolo Ebe, l’homme d’affaires Célestin Tawamba, et le directeur général de l’économie au ministère de l’Economie, Dieudonné Bondoma Yokono, à croiser le verbe mercredi 15 mai à l’occasion du lancement du concept «e.Talk». Il s'agit d'un espace de réflexion, de discussion, d’information et d‘échange que Ecam compte organiser une fois tous les deux mois autour d‘un thème précis.
Au cours de l’édition inaugurale de mercredi dernier dans la capitale économique camerounaise, c’est à Bruno Bekolo Ebe, qui prenait la parole non pas en sa qualité de recteur de l’université de Douala, mais davantage comme spécialiste des sciences économiques ; qu’il est échu l’honneur de poser les balises du débat.
Après avoir remonté la genèse du patriotisme économique dans le temps (XIV ème siècle), et précisé les caractéristiques de ce concept (plafonnement des prises de participation des étrangers dans les entreprises, octroi de préférences aux entreprises nationales, promotion de la main d‘œuvre locale… ) puis les défis auxquels sont aujourd’hui confrontés l’Etat (lisibilité de la politique économique, veille technologique, pertinence des cadres de concertation avec les opérateurs économiques, efficacité des structures d’accompagnement es hommes d‘affaires) et les opérateurs économiques (capacité de négociation représentativité et crédibilité des mouvements patronaux, mise à niveau des entreprises, adaptation aux changements concurrentiels) pour asseoir le patriotisme économique au Cameroun, l’agrégé de droit a comme déroulé le tapis rouge d’un face à face cordial mais incisif entre l’homme d’affaire Charles Tawamba et le directeur de l’économie au Minepat.
En effet, souligne M. Tawamba, le Cameroun se caractérise par «un déficit préoccupant de patriotisme économique». Afin d’étayer sa thèse, le Pdg du groupe Cadyst-Invest dénonce le comportement déplorable des acteurs, notamment ceux de l’administration publique qui méprisent les opérateurs économiques locaux, alors que les étrangers font l’objet d’une attention particulière. Y compris «en haut lieu», précise-t-il. De plus, confie encore celui qui est aussi promoteur d’une entreprise de production de médicaments (Cinpharm), les différentes réformes fiscalo-douanières et même du secteur des marchés publics au Cameroun ont consacré une ouverture plus accrue du marché camerounais aux étrangers, tout comme les programmes imposés au pays par le Fmi ont permis l’ouverture de l’actionnariat des entreprises camerounaises aux étrangers à travers les fameuses privatisations.
Intention et réalité
Autres arguments avancés par le PDG de Cinpharm pour démontrer l’antipatriotisme économique qui a pignon sur rue au Cameroun: les richesses extractives sont confiées aux étrangers, les unités de transformation des produits locaux sont inexistantes, les incitations fiscales pour les entrepreneurs locaux sont absentes, la taxation des équipements des industries commises à la fabrication locale de produits pharmaceutiques alors que les produits importés (marché de 100 milliards de Fcfa) le sont en franchise de douane… Un tableau sombre qui tranche avec l’exposé de Dieudonné Bondoma Yokono, directeur général de l’économie au Minepat, qui s’est appesanti sur la déclinaison du patriotisme économique dans le Document de stratégie pour la croissance et l’emploi (Dsce), cadre de référence du gouvernement camerounais pour le développement du pays à l’horizon 2035.
A en croire ce haut responsable du Minepat, le patriotisme économique au Cameroun se décline sous diverses formes: inscription de la notion d‘appel d’offres national dans le code des marchés pour restreindre la souscription uniquement aux locaux ; la mise en place d’un programme de remise à niveau des entreprises camerounaises par les pouvoirs publics; le développement de certaines filières (aviculture, bois, tourisme, coton-textile…) grâce aux fond publics; la préférence nationale sur 10% des marchés en cas d’offres techniques équivalentes ainsi que le prescrit le code des marchés publics, lequel promeut également la sous-traitance et la co-traitance; la promotion de l’utilisation de la main d’oeuvre local (70%) dans le cadre des projets structurants; l‘obligation d’avoir 30% de sous-traitance faite aux étrangers dans les partenariats publics-privés, telle qu’édictée par une circulaire du Pm signée en février 2012. «Si je ne connaissais pas M. Bondoma Yokono, j’aurais dit qu’il ne croit pas lui-même en ce qu’il vient de nous présenter», s’est laissé aller Célestin Tawamba, comme pour insinuer le décalage entre la réalité sur le terrain et ce qu’un participant au «e-Talk» d‘Ecam a appelé «les bonnes intentions du gouvernement».
E-talk: Choc des idées, éclosion de nouvelles stratégies
Selon ses promoteurs, ce concept de débat lancé par Ecam ambitionne de contribuer à la réinvention de la culture patronale.
Compréhension-contestation-contribution. C’est sous cette triptyque que Protais Ayangma, le président du mouvement patronal «Entreprises du Cameroun» (Ecam) place le concept lancé mercredi dernier à Douala. «Un espace de la parole libre, soucieuse de pertinence et de propositions (…) pour que du choc des idées puissent éclorent des stratégies nouvelles pour le développement du pays», souligne-t-il. Ce concept présenté par ses promoteurs comme l’activité phare du programme annuel 2012 de ce regroupement patronal, va se dérouler une fois tous les deux mois autour d’un thème précis, sur lequel vont débattre les chefs d‘entreprises et les partie prenantes au développement du secteur privé au Cameroun (pouvoirs publics, partenaires au développement, société civile…)
Agrémenté d‘intermèdes musicales comme ce fut le cas mercredi dernier avec des prestations très enlevées du Jorebo jazz band, le « e-Talk » d’Ecam qui sera diffusé sur le antennes de Canal2 international donnera également, chaque fois, l’occasion à l’une des 350 entreprises membres de ce regroupement patronal de faire valoir son savoir-faire. Pour la première édition, l’honneur est revenu à Tradex qui a présenté sa «Trad’card», de même qu’à Cible Rh, cabinet d‘assistance au recrutement dans les entreprises.
Cependant, outre ce débat patronal qui ambitionne «d’être un cadre d’imprégnation des patrons d’entreprises des questions fondamentales de la vie économique nationale et internationale, dixit Protais Ayangma; Ecam, a-t-on appris, envisage d’organiser cette année un salon des Pme baptisé «Pmexchange». Cette manifestation devrait être précédée par le lancement d’un trimestriel sur l’économie camerounaise. Mais par-dessus tout, en cette année 2012 présentée à Ecam comme «l’année de la confirmation de l’identité de Ecam», cette organisation patronale est très attendue sur le bilan à mi-parcours de son «initiative Ecam 100 000 emplois à l’horizon 2015».
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