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Positionnement: Les mauvais avocats du régime Biya
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YAOUNDÉ - 06 Juin 2012
© Dominique Mbassi | Repères
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Sans avoir été commis, ils se font le devoir de défendre le Président. Mais ils le font si mal que leurs plaidoiries fragilisent au contraire leur camp.
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Lettres ouvertes de Marafa Hamidou Yaya, opération Epervier, modification de la Constitution, refonte biométrique des listes électorales, code électoral, création et nominations des membres d'Elecam, émeutes de la faim, élection présidentielle... Au cours des six dernières années, l'actualité s'est nourrie d'une flopée de sujets, qui ont constitué autant de pommes de discorde entre d'un côté le pouvoir de Yaoundé et de l'autre l'opposition, la société civile, les chancelleries étrangères ou les partenaires du Cameroun.

Et la bataille de l'opinion continue de faire rage entre les deux camps. Si les joutes oratoires se livrent très souvent par livres et journaux interposés, elles privilégient aussi les plateaux de débats des radios et des télévisions locales. Face au silence ou au peu d'empressement du président de la République, pourtant placé presque toujours au cœur de la polémique, ses partisans et affidés, sans toujours avoir été commis, organisent la défense, foncent tels des taureaux en colère dans l'arène pour en découdre avec ceux qu'ils considèrent non comme de simples contradicteurs, mais comme des ennemis du Président.

Celui qui dirige le collège des avocats visibles du pouvoir n'est autre que M. Issa Tchiroma Barary. Le ministre de la Communication (Mincom) se trouve à la tête d'une officieuse cellule de veille, constituée de cadres de ce département ministériel et recourt au besoin à des «intelligences» externes. Cette cellule reçoit quelques subsides permettant de verser des gratifications à ses animateurs et au Mincom d'effectuer quelques missions commandées. Elle désigne ceux qui vont écumer les plateaux de débats du week-end et semble puissante à telle enseigne qu'elle parvient régulièrement à imposer des invités aux présentateurs ou à interdire ceux d'en face qui ne lui plaisent pas.


UNE CELLULE OFFICIEUSE DE VEILLE

Seulement, l'équipe coiffée par le Mincom se montre souvent inefficace en multipliant des dérapages et des bourdes qui fissurent en fin de compte la stratégie de défense censée donner la réplique au camp d'en face. Chargé en urgence, avec les moyens de sa mission, d'aller «faire cesser le désordre de Marafa à Garoua», M. Issa Tchiroma Bakary ira à la rencontre non des personnes ciblées mais plutôt des cadres de son parti. Face aux contrevérités distillées dans la presse, un président de section du Rdpc de la Bénoué se verra obligé de démentir toute rencontre avec le président national du Fsnc.

Parlant avec l'éloquence d'un conteur disert, il aurait pu s'illustrer efficacement dans cette campagne mais ses positions passées vis-à-vis du régime Biya, ses innombrables violations du Code de procédure pénale dans le cadre de ses interventions sur l'opération Epervier, etc. en font finalement un piètre avocat du pouvoir.

Même les débatteurs jetés dans l'arène se révèlent si peu efficaces, contre-productifs sinon ridicules. Ainsi de M. Jean François Mebenga qui, sur le plateau de «Scènes de presse» diffusée dimanche soir sur la Crtv-télé, a eu cette saillie: «Je ne suis pas sûr que Marafa a une carte de militant du Rdpc». Le retraité de la Crtv et actuel patron de la radio de l'université de Yaoundé II-Soa va plus loin en déniant le statut d'homme politique à l'ancien ministre d'Etat.

Mal lui en prend, car c'est M. Jacques Fame Ndongo qui se charge de lui apporter la contradiction. Dans sa réponse à M. Marafa publiée par la presse, le secrétaire à la communication du Rdpc écrit: «Le camarade Marafa Hamidou Yaya est membre du Comité central et du Bureau politique. Jusqu'à preuve du contraire, nous le considérons comme l'un des nôtres, à part entière».

On verra encore M. Mebenga à la peine le dimanche 3 juin sur Vox Africa, incapable de répartie et désarmé face à M. Charly Gabriel Mbock au cours d'un débat sur les dérapages de l'opération Epervier. S'ils n'ont pas fait pire, ses collègues de la défense du pouvoir ont au moins fait piètre figure au cours des émissions de débats.


ARGUMENTS ALAMBIQUÉS

M. Félix Zogo, conseiller technique au Mincom et surtout enseignant à l'Esstic, professe sur Equinoxe télévision le 30 mai qu'au vu du faible tirage de la presse privée et de son faible taux de pénétration, les lettres ouvertes de M. Marafa publiées par elle ne peuvent qu'avoir un impact minime sinon nul. Intervenant sur «Canal presse» le 3 juin, M. Christophe Mien Zok viendra louer la réaction de M. Fame Ndongo à laquelle les mêmes médias ont conféré une plus grande visibilité.

Au cours d'une autre édition de cette émission dominicale, M. Charles Atangana Manda apprend aux téléspectateurs que le haut commis de l'Etat qu'il est, est venu non pas débattre mais faire passer un message. Un invité le pousse alors à la faute en l'amenant à admettre qu'une clique de mafieux dirige le pays. En tout cas, au goût d'une bonne frange d'auditeurs ou de téléspectateurs, en dehors de sa phraséologie et de son éloquence, les arguments qu'il assène telles des vérités d'évangile sont alambiqués. En témoignent leurs multiples réactions inamicales à son endroit.

M. Mabou Mabou, qui s'est découvert une âme de défenseur du régime après avoir rompu les amarres avec le SDF, s'inscrit dans la même veine. Invité de «Scènes de presse» le 27 mai, l'enseignant de journalisme et non moins secrétaire général de l'Esstic s'évertuera à démontrer qu'il n'y a aucune intrusion du politique dans les interpellations des personnalités tout en apportant la preuve du contraire. «Il est normal que le Président retarde l'interpellation de l'un de ses collaborateurs, le temps pour lui de vérifier si effectivement des charges pèsent sur ce dernier», soutient-il.

Dans la galaxie des défenseurs du régime Biya, figure désormais M. Jean Pierre Amougou Belinga. Une mise au point des avocats de M. Yves Michel Fotso sur les créances compromises de la CBC publiée par la presse a eu le don de provoquer la colère pas forcément désintéressée du patron du groupe de presse L'Anecdote. Dans une tribune libre «Affaire Yves Michel Fotso: La mauvaise foi des avocats» publiée par Cameroon tribune et d'autres journaux le 4 juin, il établit hâtivement un pont entre la sortie des avocats de l'homme d'affaires et la volonté de ternir l'image et la réputation de M. Biya et de son entourage, en l'occurrence le fils aîné du Président Frank Biya et son neveu Bonaventure Mvondo Assam. L'homme d'affaires bien connu à la Campost annonce d'ores et déjà des jours sombres à l'ancien Adg de l'ex-Camair.


AMALGAMES ET INSULTES

Pour tout péché, ses avocats se sont contentés de réagir «face à la recrudescence des accusations portées (...) de manière désormais constante et permanente à l'encontre de monsieur Yves Michel Fotso par rapport au fait qu'il serait le bénéficiaire des concours bancaires considérés comme irrégulièrement accordés à des tiers par la Commercial Bank Cameroun». Car, «laisser prospérer dans l'opinion et, sans réaction les accusations selon lesquelles il serait gravement et explicitement mis en cause dans différentes plaintes et déclarations, le présentant opportunément comme «le Madoff camerounais» pourrait laisser penser à une reconnaissance et acceptation des faits». Nulle part la mise au point ne fait référence ni au président de la République ni à sa progéniture.

Parmi les avocats acharnés du régime, se recrutent aussi «beaucoup d'hommes de médias très souvent mal outillés sur certains sujets et qui, de surcroît, sont souvent mal inspirés de soutenir que c'est blanc lorsque tout le monde voit que c'est noir. Peut-être que tout le monde n'aura pas le sens de la mesure ou de l'honnêteté d'un Mien Zok qui, malgré son appartenance au Rdpc et sa position dans son organe de propagande, ne défend pas aveuglément son camp, mais le fait plutôt avec brio même si on n'est pas toujours d'accord avec lui», observe un présentateur, d’une émission de débats.

Un autre fait mieux que leur trouver des circonstances atténuantes: «Contrairement à beaucoup d'autres suffisamment outillés mais qui, par calcul, se taisent, ils ont au moins le mérite d'aller au charbon, de réagir en temps réel et surtout de défendre le Président à visage découvert».

Il tire le même coup de chapeau à ceux qui ne peuvent pas s'afficher tout en défendant efficacement le pouvoir. «Parfois les sujets sont si sensibles et complexes que l'initiative non concertée peut s'avérer désastreuse», justifie un cadre du secrétariat général du Rdpc. Qui souligne que face à la vague suscitée par l'incarcération et la publication des lettres ouvertes de M. Marafa, même le journal L'Action a longtemps tergiversé avant d'émettre son son de cloche. On peut dire l'organe de presse du Rdpc n'a pas loupé sa sortie.

Rédaction de Cameroon-Info.Net
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