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Les sourires et les voix qui hèlent les clients ce mardi matin ont du mal à dissimuler la gêne des vendeurs à la sauvette. Chacun se demande comment faire pour gérer sept jours de chômage technique arrêtés par le préfet du Mfoundi, Jean Claude Tsila. Onze heures et le soleil de juin tarde à s’imposer dans le ciel. La peur de se voir confisquer la marchandise se mêle au sentiment de ne plus maîtriser son environnement. «On n’a pas la force de lutter contre ça, on ne sait pas quoi faire», confie un vendeur de chaussures pour dame. Il parle sous anonymat et regarde de temps en temps furtivement au loin vers le poste de police. Une manie sans doute au cas où les forces de l’ordre rappliqueraient. «Je ne comprends pas la mesure du préfet. Quand même, il pouvait nous avertir avant de prendre une décision aussi grave. J’ai une famille à nourrir et une réunion dimanche. Je suis dépassé», ajoute-t-il.
La présence du reporter de La Nouvelle Expression délie les langues. Chacun veut dire quelque chose, ça chauffe. Et dans le chahut qui ne tarde pas à naître, reviennent les mêmes préoccupations. «Les autorités cherchent toujours des solutions faciles. Comme si la fermeture du marché va changer quelque chose à l’affaire», entend-on par-ci, par-là.
S’il les avait consultés, les commerçants du secteur informel auraient proposé à Jean Claude Tsila d’aménager le marché de telle sorte que chacun trouve son compte. Ils assurent qu’il y a de la place à l’arrière du marché «entre le marché des arachides et le marché du charbon. Mais ils ne veulent pas», déclarent-ils en chœur. Ici, on considère que si les pouvoirs publics ont décidé de passer en force, c’est à tord. «Chaque fois, on nous traite de délinquants et de voyous. Mais ce n’est pas parce qu’il y en a qui sont dans des bureaux que les autres ne sont rien.» La mine est froide autant que les paroles sont dures.
La raison de la résignation
La discussion foraine ne cesse de prendre de l’ampleur et de nouvelles voix viennent s’ajouter à l’échange. Une dame d’une cinquantaine qui dit être une «débrouillarde» affirme que les éléments de la police sont allés jusque dans les hangars du marché pour lui prendre sa marchandise, alors qu’elle ne squatte pas le trottoir. Les autres acquiescent. Un doigt accusateur pointe également le commissaire de police Ayissi Mbarga du commissariat de sécurité publique du marché pour harcèlement. «Actuellement, il est même dans le marché avec ses agents pour traquer les sauveteurs. Alors qu’on nous a dit qu’on devait vendre aujourd’hui pour une semaine», confie un jeune garçon derrière sa brouette chargée de dattes.
Dans le reste du marché, les attitudes sont les mêmes. Mais la résignation frôle la rancœur. «On nous a demandé de voter pour la paix confie un sauveteur avec humeur. Je constate que ce ne sont pas les autorités qui construisent la paix au Cameroun, c’est nous.» Un autre commentaire hante les lèvres: celui des événements de samedi 16 juin dernier ou une femme a perdu la vie selon le communiqué de la préfecture du Mfoundi. Ici, on parle de trois morts. Les clients semblent être loin de la querelle entre les autorités et les acteurs du secteur informel. En attendant la fin du petit congé technique de 7 jours, quelques marchands vaquent à leurs occupations sous la menace de saisie bien entendu.
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