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L'affaire du projet Dangote continue de défrayer la chronique et d'alimenter les conversations à Douala depuis que les travaux d'aménagement du site à la base Elf, sur les berges du Wouri, ont repris de plus belle. Après que, manifestement en écho à la protestation soudaine des chefs Sawa, guides traditionnels du principal groupe ethnique de Douala qui s'étend d'ailleurs à l'ensemble de la région du Littoral et des côtes sud et sud-ouest camerounaises, le délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Douala, Fritz Ntonè Ntonè, a ordonné, début mars 2012, l'arrêt des travaux de la cimenterie. La décision avait surtout enjoint Dangote Cement de «procéder au démontage de l'ouvrage et à la libération complète du site réservé aux célébrations du Ngondo», assemblée traditionnelle qui rassemble tous les ans à la veille des fêtes de fin d'année les communautés Sawa sur le site à présent querellé pour l'apothéose d'une série de festivités de promotion du patrimoine ancestral.
Cette décision de l'édile de la ville proscrivant la poursuite des travaux faisait suite à une correspondance du ministre des Domaines, du cadastre et des affaires foncières. «En exécution des hautes instructions du ministre, directeur du cabinet civil de la présidence de la République contenues dans la correspondance n°089ICab/Pr du 24 janvier 2012, relative à la requête des chefs supérieurs Sawa adressée au chef de l'Etat, j'ai l'honneur de vous informer que le site affecté à la société industrielle Dangoté Industries Cameroon Limited est depuis lors, réservé aux célébrations du Ngondo. Aussi, en vous rappelant le caractère culturel et sacré que revêt ledit site, vous voudrez bien prendre toutes les mesures nécessaires visant la délocalisation de cette usine, pour laquelle un nouvel emplacement devrait être aménagé», peut-on lire dans cette correspondance du 27 février 2012 signée de la ministre Jacqueline Koung à Bissiké.
A Bonabéri, plus de six mois après la pose de la première pierre en septembre 2011, les premiers containers ont été posés tandis que des niveleuses aplanissent le gravier sur le site, juste en face de l'usine des Cimenteries du Cameroun (Cimencam), entreprise locale avec pour actionnaire principal son concurrent français Lafarge. Alors qu'aucune réaction officielle du gouvernement encore moins de la présidence de la République à Yaoundé n'a été exprimée. Quelques indiscrétions laissent entendre que des démarches appropriées auraient eu lieu en sourdine pour débloquer la situation, en vue notamment de la poursuite du chantier de l'opérateur nigérian qui livre une rude concurrence à Lafarge pour la production et la commercialisation du ciment en Afrique. «On ne peut pas du tout remettre en cause cet investissement important pour l'industrialisation du Cameroun et la mise en œuvre des projets structurants voulus par le président de la République», souligne toutefois un député Rdpc du Wouri.
Les statistiques officielles font état d'une croissance annuelle de 8% de la demande de ciment. En raison d'un nombre important de projets d'infrastructures socioéconomiques en cours de réalisation, le pouvoir table sur une demande à court terme beaucoup plus grande de 8 millions de tonnes et mise sur ce projet Dangote pour accroître la production locale de ciment, évaluée à 1,5 millions de tonnes l'an. C'est une production fournie exclusivement par Cimencam, alors que les besoins sont quant à eux estimés à 2,5 millions de tonnes l'an, ce qui cause parfois des tensions sur le marché et oblige le gouvernement à autoriser des importations.
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