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Reclus au Minatd depuis son départ du secrétariat du comité central du DPC, René Sadi regarde avec intérêt les animations de l'actualité, notamment quand il est cité. Et ces derniers temps, plus d'un média s'est souvenu qu'il existe et que le costume de successeur de Paul Biya dont on l'a affublé depuis 2007 lui va toujours comme un gant. Lui qui se croyait à l'abri, bien au chaud et qui ne risquait que d'entendre siffler les balles du champ de bataille issu des lettres de Marafa Hamidou Yaya. Il aurait souhaité rester encore quelques temps dans ce factice anonymat, plus confortable que la participation au jeu de massacre actuel, qui ne vise rien moins que la mise à mort politique. La violence de l'affrontement ne sied pas à cet homme sans aspérité connue, à ce diplomate habitué à arrondir les angles.
A cet égard, la Une de «Jeune Afrique», abondamment reprise par la presse nationale, n'est pas un cadeau pour René Sadi. «L'inoxydable ministre de l'Administration territoriale réunit toutes les qualités que l'on prête à un dauphin au pays de Paul Biya», a indiqué l'hebdomadaire panafricain basé à Paris en France. Qui l'a présenté, à juste titre, comme «discret, fidèle et consensuel...» Si ces qualités sont des atouts en période calme, le contexte actuel impose un reniement provisoire de ses ambitions pour garder ses chances. Raison pour laquelle, M. René Sadi s'est imposé un silence prolongé depuis qu'il est «au placard» du Minatd. En dehors d'inaugurer les chrysanthèmes, il s'est médiatiquement peu produit, comme au cours de sa longue tournée d'installation des gouverneurs de Région et pendant la défense du projet de loi portant code électoral à l'Assemblée nationale. Au cours de l'exercice parlementaire, les députés, surtout RDPC, racontent qu'ils se le sont payés, pour bien lui montrer qui sont les patrons à l'Assemblée nationale.
Depuis lors, il est retranché. Il ne s'affiche pas, évite les micros et les flashs et souffre de ne pas s'aligner sur la ligne de défense du président de la République. Dans son entourage, on persuade les visiteurs que si M. Paul Biya a envoyé M. René Sadi au Minatd, ce n'est surtout pas pour qu'il roucoule: «c'est un retrait stratégique, un repli utile.» Le chef de l'Etat, qui a déjà pris sous son aile cet ancien pensionnaire du bâtiment A de la cité universitaire au début des années 70, s'est rendu compte qu'il l'avait sorti trop tôt et l'avait donc exposé à une longue et épuisante lutte contre la meute de loups qui guettent également et légitimement le pouvoir suprême. Mais comment aguerrir un lionceau autrement qu’en le lançant dans l’arène? M. Paul Biya conserve-t-il ses desseins pour ce collaborateur qu'il ne quittait presque pas, au Cameroun comme à l'étranger, en public comme en privé?
A voir le soin que M. René Sadi met à rester planqué, la réponse à la question coule de source. A la vérité, M. Paul Biya mène ses combats à sa place: il «nettoie et fait le ménage pour lui», dit un connaisseur du landernau. Le moment venu, il apparaîtra sans les oripeaux qui rendent les autres suspects d'avoir trop forcé pour être là. Une situation à priori confortable, mais qui se révèle risquée, tant l'adversité est affûtée et futée. Les candidats déclarés, putatifs ou cachés à la succession l'ont en ligne de mire et chacune de ses erreurs sera une arme contre lui. Certains dans le Grand-Nord se sont déjà signalés. Ils pensent que M. René Sadi n'est pas une chance pour le septentrion, et l'accusent d'avoir participé à éliminer M. Marafa Hamidou Yaya de la course. Est citée, une correspondance du 27 novembre 2007 de l'alors Sg du comité central du RDPC demandant au vice-PM en charge de la Justice, Amadou Ali, l'état judicaire et comptable de M. Marafa Hamidou Yaya.
Incontestablement, le nœud du destin de René Sadi sera géographique. Né à Maroua en décembre 1948, c'est dans les Régions septentrionales qu'il a fait sa scolarité secondaire. Et c'est sous Ahidjo qu'il trouve son chemin de Damas. Quand le premier président du Cameroun indépendant quitte le pouvoir suprême le 6 novembre 1982, il repose toute sa confiance sur deux hommes: Paul Biya, à qui il laisse les clés du pays, et René Sadi, le rare collaborateur qu'il souhaite garder près de lui. Cette proximité avec Ahmadou Ahidjo lui vaudra une petite traversée du désert après la crise de succession, avant qu'il ne retrouve les couloirs du palais de l'Unité et la confiance présidentielle. Un destin nordiste en somme, proche de celui de M. Marafa Hamidou Yaya et de bien d'autres.
Ainsi, si René Sadi compte beaucoup d'amis dans cette partie du pays, l'hypothèse de le voir à Etoudi n'entre pas dans les prévisions agréables de la plupart des élites du Grand-Nord. Pourtant il a un atout indirectement relevé par M. Amadou Ali dans ses confidences à l'ambassadrice des Etats-Unis, Mme Janet Garvey, et révélées par Wikileaks. «Le septentrion soutiendra Biya aussi longtemps qu'il voudra rester président... mais n'accepterait pas un successeur qui soit un autre Béti-Bulu ou un membre du groupe ethnique Bamiléké, aux puissantes assises économiques», avait-il déclaré, selon Wikileaks. Une déclaration qui n'a jamais été officiellement condamnée, sans doute en raison de sa lucidité, bien que politiquement incorrecte, provoquant la démission du Bamiléké Maurice Kamto du gouvernement le 30 novembre 2011. M. René Sadi n'est ni Béti, ni Bulu, ni Bamiléké. C'est un Baboute de la Région du Centre certes, mais du département très enclavé du Mbam et Kim, une minorité ethnique.
Quoi qu'il en soit, M. René Sadi ne peut faire l'économie d'une série de batailles pour espérer arriver un jour à Etoudi. Il a déjà gagné celle de la compétence. Longtemps conseiller diplomatique du Président, il est devenu sa plume et son confident. Nommé secrétaire général du comité central du RDPC le 4 avril 2007, il a amélioré ou consolidé les scores électoraux de son parti, aux législatives et municipales tenues la même année et à la présidentielle de 2011. Minatd depuis le 9 décembre 2011, le successeur de M. Marafa Hamidou Yaya est crédité d'un début sans problème, même si ses collaborateurs attendent toujours qu'il imprime véritablement sa marque.
En dirigeant le RDPC sans gros couacs en dehors des critiques sur la mise à l'écart de certains militants lors du congrès ordinaire de septembre 2011, René Sadi a montré qu'il peut rassembler au-delà des clivages et des différences qui travaillent le parti au pouvoir. A chacune de ses descentes sur le terrain, il a été accueilli comme un chef politique. En mars 2010 au cours de sa visite à Douala, Laurent Esso, alors SGPR, lui donnera du «Monsieur le président» dans un lapsus devenu légendaire. Dans ses envolées, René Sadi ménage ses amis, mais attaque les adversaires désignés du régime. Pendant la campagne électorale pour la présidentielle de 2011, il va ainsi écorcher au cyanure les puissances étrangères accusées de vouloir imposer un avenir au Cameroun. Les Occidentaux en déduiront qu'il n'est pas digne de confiance, au moment où M. Marafa Hamidou Yaya était présenté comme un ami au moins de la France.
A présent, René Sadi doit aussi franchir l'obstacle du rejet du système dont il est un pur produit. Le statut de candidat du sérail peut être lourd à porter, si la volonté générale était de profiter du départ du président Paul Biya pour changer. Mais, le plus important pour lui est de rester fidèle à son mentor présidentiel. René Sadi a assez fréquenté le chef de l'Etat pour savoir que la position de favori peut être précaire. Il n'oublie surtout pas qu'il ne faut jamais prendre plus que ce que Paul Biya vous donne.
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