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On l’avait oubliée, elle revient au galop. La censure administrative, longtemps décriée par la profession, avait disparu du fonctionnement de la communication sociale au Cameroun. Mais à la faveur d’un communiqué du président du Conseil national de la communication (Cnc), elle refait surface. Dans ce communiqué daté du 26 juin, Joseph Befe Ateba indique que c’est suite à la saisine du procureur de la République près du Tpi de Yaoundé centre administratif qui s’indigne du non respect du dépôt judiciaire dans ses services par les organes de presse tel que cela est prescrit par la loi sur la communication sociale de 1990, qu’il a cru devoir rappeler les patrons de presse à l’ordre au sujet de ce dépôt judiciaire et légal. «Le conseil national de la Communication demande à tous les organes de presse de se conformer scrupuleusement aux dispositions de la loi du 19 décembre 1990 portant liberté de la communication sociale au Cameroun», peut-on lire dans le communiqué du prélat de Kribi.
Joseph Befe Ateba, pour la circonstance, excipe notamment de l’article 13 de cette loi qui fait du procureur le destinataire de «deux exemplaires signés de chaque édition, deux heures au moins avant diffusion». Aussi, d’après lui, tous les organes de presse doivent-ils se «conformer sans désemparer aux normes sus évoquées, celles-ci étant assorties de sanction». Pour l’ensemble de la profession, cette disposition du président du Cnc marque, de façon irréversible, le retour de la censure. «Il cherche à justifier ce qui va arriver dans les prochains jours parce qu’on a bien vu le ministre de la Communication mettre en garde, sinon menacer, les patrons d’organes de presse qui publient les lettres de Marafa Hamidou Yaya. Donc c’est une façon de préparer l’opinion à ce qu’il va orchestrer dans les prochains jours, notamment la saisie des journaux dans les kiosques», explique un professionnel du métier ayant requis l’anonymat.
Restriction
Chez les journalistes, c’est le même sentiment de restriction de liberté qui prévaut. «C’est illégal, indique Jean-Baptiste Sipa, directeur de publication du quotidien Le Messager. Ce n’est pas ce que dit la loi; elle dit qu’on doit déposer deux exemplaires de journaux pour le compte des archives nationales et à la justice; ceci doit se faire après la diffusion des journaux en kiosque, et non deux heures avant leur diffusion comme il le dit dans son communiqué». D’après le Dp, Joseph Befe Ateba n’est pas dans son rôle car, n’étant pas la justice. «Il se trompe, et s’il ne se trompe pas, alors il est en train de réinstaurer la censure», tranche Jean-Baptiste Sipa.
Du côté des syndicats de journalistes, l’on se dit déçu profondément par cette décision du Cnc. «Ce n’est pas son rôle, ce n’est pas ce que nous attendons du Cnc qui doit produire un travail plus professionnel. Et quand cela vient de cette institution, c’est inquiétant pour la presse», relève Norbert Tchana Ngante, président du syndicat national des journalistes employés du Cameroun. Félix Zogo, conseiller technique au ministère de la Communication, relativise cette décision du prélat. «Ce n’est pas le retour à la censure comme on veut le faire croire, mais c’est une disposition de la loi de 90 sur la communication sociale qui demande aux organes de presse de procéder au dépôt légal et judiciaire. C’est une astreinte et les journalistes doivent simplement la respecter», explique-t-il.
Le toilettage de la loi de 1990, souligne par ailleurs le syndicaliste, est le seul moyen de résoudre cette question. «Nous appelons de tous nos vœux le toilettage de cette loi afin que de tels dérapages ne se reproduisent plus. Si elle est revisitée telle que nous l’avons déposée dans les services du Premier ministre qui l’a transmise à l’Assemblée nationale, je pense que la presse dans son ensemble se sentira mieux, car les vrais problèmes de la presse sont ailleurs et pas dans le dépôt judiciaire ou légal».
Beaucoup de professionnels s’interrogent sur la faisabilité de cette disposition qui exige que les organes de presse destinent deux heures avant la diffusion en kiosque, leurs journaux au procureur de la République. «Ce n’est pas faisable, estime un professionnel. Comment cela va-t-il se passer? Est-ce que le responsable d’un journal paraissant à Douala ou à Garoua et qui imprime à 2heures du matin viendra d’abord déposer deux exemplaires à Yaoundé dans les services du procureur, nuitamment, et repartira à Douala pour organiser la diffusion?» D’après Félix Zogo, il y a des personnels d’astreinte aussi bien au ministère de la Communication que dans les services du procureur.
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