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Prix des carburants: Le consommateur attendu au tournant de la pompe
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YAOUNDÉ - 18 Juillet 2012
© Félix C. Ebolé Bola | Mutations
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Le gouvernement prépare une mesure de hausse «conséquente» du super, du gasoil et du pétrole lampant.
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«(…) les consommateurs n’accepteront pas l’augmentation d’un seul centime de franc Cfa du prix du carburant à la pompe». C’est par ce cri de guerre que le Réseau associatif des consommateurs de l’énergie (Race) vient de sonner la mobilisation des Camerounais. Dans une déclaration intitulée : «La mafia du pétrole est résolue à sacrifier les consommateurs», cette organisation non gouvernementale (Ong) appelle les citoyens, face à ce qu’elle considère comme nouvelle provocation, «à rester mobilisés et prêts à livrer l’ultime bataille pour une juste répartition des retombées de l’exploitation de la rente pétrolière». «Nous devons définitivement exorciser la malédiction du pétrole au Cameroun, en démantelant la mafia qui s’est accaparée de cette ressource commune depuis plusieurs décennies, s’écrie le Réseau. Bref, en cas de passage en force du gouvernement, de concert avec les syndicats de transporteurs qu’il n’aura pas réussi à corrompre, nous allons protester énergiquement contre cette mesure et exiger, par tous les moyens, s’il le faut au prix du sang, la part du ‘gâteau pétrolier national’ qui nous revient de droit.»

L’alerte du Race survient au lendemain d’une réunion de concertation restreinte, tenue à Yaoundé entre des associations de consuméristes, le ministre du Commerce et président du conseil d’administration de la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (Csph), Luc Magloire Mbarga Atangana, et le directeur général de cette société, Ibrahim Talba Malla. Les débats, apprend-on, ont essentiellement porté sur la suppression à venir des subventions publiques sur les produits pétroliers, avec pour conséquence immédiate la hausse des prix du carburant à la pompe. Cette mesure, qui porterait sur une hausse de l’ordre de 200 FCfa le litre de carburant, pourrait intervenir début août, selon des sources introduites.
L’un et l’autre, selon des participants à ce conclave, ont fait valoir que le plafond des subventions publiques sur le carburant, estimé à 400 milliards de FCfa, était «insoutenable» par le budget de l’Etat. Que, du fait de travaux de restructuration à la Société nationale de raffinage (Sonara) et de la lourde facture de l’Etat vis-à-vis de cette société publique, des marketers privés ont été autorisés à importer du pétrole raffiné à des coûts prohibitifs, mais néanmoins subventionnés. Qu’en réalité, lesdites subventions «n’atteignent pas leurs cibles que sont les ménages pauvres, elles profitent essentiellement aux couches sociales favorisées» et que, à ce rythme, le Cameroun aura bientôt le choix entre ne plus construire les hôpitaux, les routes ou les écoles et continuer à subventionner les prix du carburant à la pompe.

Omerta

Ces arguments sont pourtant battus en brèche non seulement par le Race, mais aussi plusieurs syndicats de transporteurs. Le premier cité, qui évoque une mesure inexorable du pouvoir ainsi que «le point de cassure tant redouté entre le gouvernement camerounais et les consommateurs d’énergie sur la question du carburant», dénonce le «caractère inique et potentiellement porteur de troubles sociaux graves».

Selon des calculs effectués par des associations consuméristes, le litre de super coûte 221,64 FCfa, sortie Sonara. Du fait des frais de stockage à la Société camerounaise des dépôts pétroliers (Scdp), du transport ainsi que la vingtaine de taxes diverses et des marges bénéficiaires faramineuses des marqueteurs (20% en moyenne), ce prix est considérablement alourdi et se situe aujourd’hui à 569 FCfa.
Il est à noter que la Snh, en charge de la gestion des intérêts de l’Etat dans le secteur pétrolier amont, n’a jamais participé aux concertations engagées depuis des mois par le gouvernement. Toute chose qui, selon le Race, «témoigne de la volonté manifeste des pouvoirs publics de continuer à entretenir ‘l’omerta’ sur les revenus de la rente pétrolière». Une gestion «confidentielle» et un «tripatouillage permanent des chiffres de la manne pétrolière» qui viennent de coûter, au pays, un nouveau rejet de la candidature du Cameroun à l’Initiative de transparence dans les industries extractives (Itie).

Pour le Race, dans l’hypothèse que le montant de la subvention brandie par les pouvoirs publics est juste, les données prévisionnelles provenant de plusieurs sources concordantes (dont le Recueil des statistiques et recettes pétrolières publié par la Snh) démontrent que, sous l’effet combiné de l’amélioration de la production nationale de brut et de la constante embellie du prix du baril sur le marché international, la commercialisation du pétrole camerounais va rapporter entre 03 et 04 fois le montant de cette subvention, hormis les prélèvements fiscaux et douaniers induits.

Austérité

Les habitués de la chronique de ce secteur se souviennent en effet des dernières données financières, particulièrement favorables en terme de retombées de l’or noir camerounais. La semaine dernière, la Csph affichait ainsi un «résultat net positif de 4.978.726.838 FCfa» pour 2011. Dans la même veine, la Snh s’est félicitée des «bons résultats enregistrés par l’entreprise en 2011», soit «une hausse de 38,48% » de la vente des bruts et des transferts à l’Etat établis à 572,674 milliards FCfa, soit une progression de 36,3%. Pour les réfractaires à toute idée de hausse des prix des carburants à la pompe, ces bénéfices sont de nature à soutenir la politique de péréquation.

Longtemps hésitant du fait de forts risques de tensions sociales, le gouvernement est également en proie aux pressions des institutions financières internationales. Ainsi du Fonds monétaire International (Fmi) qui, au terme de sa dernière mission au Cameroun, avait estimé important, pour les autorités, «de refaire le bilan de la subvention du prix de l’essence à la pompe. Une suppression progressive de cette subvention pourrait être accompagnée de la mise en place d’un filet de sécurité, permettant de protéger les plus pauvres».

Finalement décidé à franchir le pas, le gouvernement, à travers la Csph, compte, selon le Race, engager dans les toutes prochaines semaines une campagne nationale de communication pour convaincre le public du bien-fondé de l’arrêt du soutien financier de l’Etat dans ce secteur névralgique. «En somme, résume l’Ong, sur injonction du Fmi et de la Banque mondiale, la mafia nationale du pétrole est résolue à sacrifier les intérêts des consommateurs d’énergie sur l’autel de l’austérité.»

On rappelle qu’en fin février 2008, les émeutes dites de la faim, qui avaient secoué une bonne partie du Cameroun et fait officiellement 40 morts et 1671 interpellations, étaient nées d’une protestation des transporteurs contre une hausse des prix du carburant à la pompe rapidement rapportée par le gouvernement.

Rédaction de Cameroon-Info.Net
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