
Archives: Arrivee de Marafa et de Yves M. Fotso au Tribunal - 16/07/2012
Photo: © Jean-Bruno Tagne
Les débats dans l'affaire Ministère public et Etat du Cameroun contre Marafa Hamidou Yaya, Yves Michel Fotso, Mbounda Julienne, et les autres, poursuivis pour coaction de détournement et complicité de coaction de détournement de deniers publics se sont ouverts hier devant le Tribunal de grande instance (TGI) du Mfoundi.
Prévue pour 11 heures, l'audience a finalement débuté à 15h50, dans une salle pleine à craquer. Tirés à quatre épingles, les trois accusés suscités ont fait leur entrée sous forte escorte. Flanqués qu'ils étaient, d'une vingtaine d'éléments de la gendarmerie armés jusqu'aux dents, l'index scotché sur la gâchette, et visiblement prêts à vider les chargeurs.
Il est exactement 16h lorsque à la collégialité du juge Gilbert Schlick «déclare ouverte l'audience de ce jour (hier Jeudi 26/Juillet/2012), NDLR)». Promptement, l'ancien Secrétaire général de la présidence de la République (SG/PR), Marafa avance vers le box des accusés. Il est rejoint par Yves Michel Fotso et dame Mbounda. Prenant la parole que vient de lui accorder le président de la collégialité, le procureur Soh indique que «
nous avons des témoins présents dans la salle: notamment MM. Michel Meva'a m'Eboutou, et Medim Meko'o, le représentant de la Société nationale des hydrocarbures (SNH)». Place à l'interrogatoire. Il dure quelques minutes, et finit par l'ouverture du contre interrogatoire.
Selon une méthode inhabituelle au TGI du Mfoundi, le contre interrogatoire du témoin à charge Meva'a m'Eboutou a été inauguré par les accusés eux-mêmes.
Prenant la parole en premier,
Marafa a demandé, «
Monsieur le ministre: l'achat d'un avion présidentiel en 2001 se justifiait-il?»
Réponse de Meva'a m'Eboutou. «Monsieur le ministre d'Etat, vous étiez mieux placé que moi pour le savoir.»
Question de Marafa: «avez-vous émis une réserve sur le principe d'acquisition de cet avion?»
Réponse de M. Meva'a m'Eboutou: «nous sommes dans un terrain différent de ce pourquoi on m'a convoqué ici. Je ne réponds pas à cette question».
Question de Marafa: «qui pouvait financer une dépense publique?»
Réponse de Meva'a m'Eboutou: «le ministre de l'Economie et des Finances. C'est pourquoi je trouvais impossible le payement par leasing»
Question de Marafa: «le Secrétaire général de la présidence de la République pouvait-il donner un ordre au ministre des Finances?»
Réponse de Meva'a m'Eboutou: «ce n'était pas nécessaire, puisqu'il s'agissait d'une dépense publique.»
Question de Marafa: «le Secrétaire général de la présidence a-t-il qualité de demander au ministre des Finances d'engager une dépense non inscrite au budget du Secrétariat de la présidence?»
Réponse de Meva'a m'Eboutou: «je ne réponds pas à cette question»
Commentaire de Marafa: «monsieur le président, nous retenons qu'il n'y a pas un document du Secrétaire général de la présidence qui demande au ministre des Finances d'engager ces fonds (24 milliards F Cfa, NDLR).»
Question de Marafa: «M. le ministre, est-ce que nous ne nous sommes pas entendus sur le payement du BBJ-2 à travers GIA?»
Réponse de Meva'a m'Eboutou: «je tiens à préciser que c'était dans un contexte purement administratif.»
Observation de Marafa Hamidou Yaya: «monsieur le ministre, j'ai devant moi une lettre du 21 août 2001 où vous demandez au directeur général de la SNH, M. Moudiki de virer 29 millions de dollars pour l'achat d'un BBJ-2 en vue de renforcer de la flotte de la Camair»
Réponse de Meva'a: «c'est ce qui est écrit, la Camair n'était qu'un mot de passe. Ce n'est pas parce que ce dossier est aujourd’hui à ce niveau. C'était une décision prise par les plus hauts responsables de l'administration de ce pays. Nous avions décidé ensemble d'utiliser la Camair pour ne pas compromettre nos engagements vis-à-vis des bailleurs de fonds dont le FMI et la Banque mondiale.»
Deuxième phase du contre-interrogatoire, questions d'Yves Michel Fotso
Question de Fotso: «M. le ministre, au cours de cette réunion, il a été proposé d'acquérir cet avion à travers une lettre de crédit, Standart letter of crédit. Un mode de payement sécurisé. Pourquoi l'avez-vous refusé?»
Réponse de Meva'a m'Eboutou: «j'avais formellement refusé ce mode d'acquisition parce que l'Administrateur directeur général de la Camair (Yves Michel Fotso, NDLR) avait expliqué qu'il fallait une longue procédure, et que l'avion restait la propriété de l'intermédiaire. J'ai donc refusé en disant qu'un avion présidentiel fait partie du territoire national, et qu'on ne pouvait pas céder une partie du Cameroun à un intermédiaire. J'ai pris la décision d'acquérir cet avion au comptant. Est-ce qu'il existe un document à travers lequel je vous ai demandé de virer une avance de 29 millions de dollars US. à GIA?»
A suivre...