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L’hymne à la solidarité sous-régionale (ré) entonné à Brazzaville a montré ses limites à Addis-Abeba.
Derrière la chaleur des retrouvailles, les apartés débridés et les sourires compassés des six chefs d’Etats de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) lors de la conférence de Brazzaville du 25 juillet dernier, le sujet sur la «chute» du gabonais Jean Ping de la tête de la Commission de l’Union africaine (UA), au profit de la sud-africaine Nkosazana Dlamini-Zuma, près d’une semaine plus tôt, a certainement été gênant à évoquer. Ce n’est certainement pas le fait du hasard si ce sujet n’apparaît pas dans le communiqué final du sommet comme on aurait pu, à bon droit, s’y attendre.
Il était en effet acquis, avant la rencontre de Brazzaville, qu’il «n'y a eu [à Addis-Abeba, ndlr] aucune solidarité en Afrique centrale», ainsi qu’un conseiller du président Ali Bongo l’a fait savoir au magazine panafricain Jeune Afrique N°2689 du 22 au 28 juillet 2012, au lendemain du 19e sommet de l’UA ayant débouché sur l’élection de Mme Zuma. L’hebdomadaire panafricain semble d’ailleurs indiquer, dans cette veine, que le Tchad, la République centrafricaine et la Guinée Equatoriale ont voté Mme Zuma, «faisant fi de la consigne de vote donnée par la Communauté économique des États de l'Afrique centrale (Ceeac)».
La posture du Cameroun dans la bataille Zuma-Ping n’est pas évoquée dans J.A. Cependant l’on sait que Paul Biya, qui n’a pas fait le déplacement d’Addis-Abeba le 16 juillet dernier, a adressé, avec une célérité qu’on ne lui connaît pas sur le plan diplomatique, un message de félicitations «enflammé» à Jacob Zuma le 19 juillet dernier, soit trois jours seulement après l’élection de la candidate sud-africaine aux commandes de la commission de l’UA. «Monsieur le président et cher frère, j’ai le plaisir de vous adresser, à l'occasion de l'élection de Madame Nkosazana Dlamini-Zuma à la présidence de la Commission de l’Union africaine, mes vives et chaleureuses félicitations. L’élection de Madame Nkosazana Dlamini-Zuma, à la tête de l’Organisation continentale, est la reconnaissance de sa longue expérience politique et de son engagement bien connu envers l'Afrique. Première africaine à la présidence de la Commission de l'Union africaine, Madame Nkosazana Dlamini-Zuma peut compter sur le plein appui du gouvernement camerounais, pour relever les nombreux défis auxquels l'Afrique fait face», écrivait Paul Biya.
Carton rouge
Déjà le 18 mai dernier, après la première confrontation entre Jean Ping et Mme Zuma, laquelle n’avait pas affiché de vainqueur, le Premier ministre, Philemon Yang, a reçu en audience dans ses services, «au nom du chef de l’Etat», une délégation de Southern African Development Community (Sadc), le pendant de la Cemac en Afrique australe, constituée de trois ministres, un Sud-africain, un Namibien et un Angolais. Cette délégation était porteuse d’un pli fermé du président en exercice de la Sadc, José Eduardo Dos Santos, par ailleurs président de la République d’Angola, destiné au président Paul Biya. Cette mission avait pour principal objectif de quérir le soutien du Cameroun à la candidate sud-africaine.
Paul Biya s’est-il montré sensible aux «charmes» de la candidate de la Sadc, face au candidat de la Ceeac dont la campagne a été jugée peu robuste? On est tenté d’accréditer cette hypothèse. Mais le choix de Paul Biya, d’après une source proche du sérail camerounais, est déjà fait ou presque, bien avant la visite de la délégation de la Sadc: «Le président n’a guère apprécié, comme d’autres chefs d’Etats africains, la tiédeur de Jean Ping relativement à la gestion de la crise libyenne; laquelle a débouché sur l’exécution de Mouammar Kadhafi», laisse-t-on entendre.
De fait, face au corps diplomatique le 6 janvier 2012 au palais de l’Unité, à l’occasion de la cérémonie de présentation des vœux, le chef de l’Etat regrettait solennellement que l’Union africaine n’ait joué qu’un «rôle secondaire» dans le traitement de cette crise «où les grandes puissances étaient au premier plan». Paul Biya concluait son analyse en ces termes: «Nous payons ainsi le prix de nos différences d’opinions et de notre insuffisance de moyens. Il faudra en tirer les conséquences. Le jour où nous parlerons d’une seule voix, nous serons mieux écoutés et mieux entendus». D’aucuns y voyaient déjà un carton rouge «présidentiel» à Jean Ping.
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