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AFFAIRE DU BB JET-2: Vers un blanchiment de Marafa?
Mardi dernier au Tribunal de grande instance (Tgi) de Yaoundé, Jérôme Mendouga a pris le relais de l'ex-ministre des Finances et du Budget dans le box des témoins du procureur de la République, poursuivant pour le compte de la collectivité Marafa Hamidou Yaya (et Yves Michel Fotso, ex-Adg de la défunte Camair) dans le cadre de malversations financières ayant entouré l'achat d'un avion présidentiel (Bbjet-2). De bonne condition physique, en dépit de sa détention dans les geôles de Kondengui, Jérôme Mendouga préférera la stature débout tout au long de son audition. Faisant ainsi fi de la proposition de Gilbert Shlick (président de la collégialité des juges) de s'asseoir quand l'envie lui viendra.
Comment avez-vous été au courant de l'acquisition d'un avion présidentiel? lui demandera le procureur de la République au terme de la traditionnelle procédure d'identification et de serment sur la bible de ne dire que la vérité. Réponse de l'ancien ambassadeur du Cameroun aux Etats-Unis. «J'ai reçu en 2003, une lettre du ministre d'État, secrétaire général de la présidence de la République (Jean Marie Atangana Mebara, Ndlr) me missionnant de «sauver une situation en relation avec l'acquisition d'un avion présidentiel». Par la suite et aiguillonné par les questions du procureur, le diplomate «à la retraite» dira s'être rendu en avril 2003 à Seattle (Etats-Unis), siège de Boeing, pour l'information du Sg/Pr d'alors. Le constructeur américain m'a affirmé que l'avion présidentiel était fin prêt. Seul problème: le virement de 4 millions de dollars Us faisait défaut, a déclaré M. Mendouga, qui avoue son ignorance à l'époque du coût global de la transaction. Celui-ci de poursuivre: «Les responsables de Boeing m'ont dit n'avoir reçu qu'un acompte de 4 millions de dollars, et il m'a semblé percevoir chez ceux-ci comme un soulagement d'avoir enfin un officiel camerounais vers qui transiter leurs réclamations».
Lorsque viendra son tour d'interroger le diplomate, Marafa s'engouffre dans la petite brèche ouverte. Monsieur l'Ambassadeur, vous maintenez à la suite de votre audition à la Pj que lors de votre visite chez Boeing en avril 2003, l'avion commandé par le Cameroun était prêt à la livraison? Questionnera à dessein le célèbre détenu de la prison secondaire de Yaoundé. «Boeing m'a dit que l'avion était prêt», réagit prudemment le diplomate. Son interlocuteur de jouer de plus belle : vous confirmez avoir été informé par Boeing que l'avion commandé par le Cameroun était prêt depuis octobre 2002, et qu'à partir de janvier 2003, l'avionneur facturait les frais de magasinage au Cameroun. Vous confirmez aussi que l'appareil commandé était muni de deux réservoirs lui permettant de voler de Yaoundé jusqu'à New-York, sans escale? «Je ne suis pas expert en aéronautique, mais il m'a été dit que l'avion initialement commandé par le Cameroun était prêt. Il m'a semblé que Boeing s'inquiétait de recevoir un jour les 4 millions de dollars», s'est subtilement dégagé le pensionnaire de la prison de Kondengui. Il y purge une peine de 10 ans pour sa responsabilité dans un autre versant obscur de l'affaire de l'achat d'un avion présidentiel. Entre temps, Jérôme Mendouga avait relevé le contenu d'une conversation téléphonique avec Mebara (en détention préventive dans un autre volet de l'affaire Albatros) de laquelle ordre lui est donnée (sur instructions présidentielles) de se lancer sur la piste d'un Boeing 767. «Le Bbjet-2 avait été jugé en haut lieu exigu et pas conforme au standing d'un chef d'Etat», a-t-il conclu.
Pour Marafa, l'essentiel était là: le tribunal a eu confirmation de ce qu'il avait rempli sa mission, avant son départ en 2002 du secrétariat de la présidence. Du beurre dans les épinards du détenu, lui dont jeudi dernier, un précédent témoin de l'accusation en l'occurrence Meva'a Meboutou a presque dédouané, aux yeux du public et ce malgré lui, d'une quelconque responsabilité dans la décision donnée à la Société nationale des hydrocarbures (Snh) de virer 31 millions de dollars à Gia (Voir La Météo n°444 du 30 juillet 2012). Chose curieuse, Gia, une fois la somme logée dans son compte, se mettra en situation de faillite.
Affaire du BB Jet-2: La lame de fond
Mais les avocats de Marafa auront tort de croire leur client tiré d'affaire. Car, une révélation bien sentie et bonjour l'enlisement. «Marafa et Fotso ont "dealé" sur le choix de Gia. Un choix du reste curieux, au vu de la nébuleuse que représentait cette société de droit américain. La question de fond est de savoir si le procureur pourra, preuve à l'appui, relier Marafa au généreux partage des rétro-commissions provenant du choix de Gia. A mon avis, Fotso est le talon d'Achille de Marafa. L'intelligence réside dans la capacité à amener le premier, sérieusement amoché par l'avalanche des preuves à son encontre, à casser le pacte qui le lie au second. C'est là la quadrature de ce procès à sensation», analyse un expert financier. A cet égard, l'expert comptable Jean Pierre Okalla Munda et l'expert financier Paul Emmanuel Tonyè affirment que la CBC n'a jamais transféré l'argent à Boeing. L'argent reçu de la Snh par la CBC serait resté dans les comptes de cette banque. Le transfert de la première tranche, soit 2 millions $ Us, l'équivalent de 1,55 milliards de FCFA, virée par la Société nationale des hydrocarbures au crédit du compte n°46014 ouvert à la Banque des Etats de l'Afrique centrale (Beac) au nom de Commercial Bank of Cameroon (Cbc), pour couvrir cette banque de l'avance du même montant qu'elle était supposée avoir faite pour régler le "deposit" exigé à la commande de l'appareil à la compagnie Boeing a été supporté par Cameroon Airlines (Camair). Bien plus, l'avance de 2 millions $ Us faite par la (Snh) dans le compte de Cbc y est restée, prenant ainsi une direction autre que celle de l'opération d'achat du "BBJ-2" présidentiel à laquelle elle était destinée.
Selon les experts comptables, Elisabeth Long, collaboratrice de Yves Michel Fotso au sein de la société Camair et Esther Gouet, également collaboratrice de Yves Michel Fotso dans la même société ont cosigné l'ordre de virement de 2 millions $ Us en débit du compte de Camair et en violation des instructions du gouvernement. La deuxième tranche de 29 millions $ Us virée aussi le 22 août 2001 par la Snh dans le compte de "G/a International Inc. Corporation" à la "Bank Of America" a également été détournée de sa destination. Au lieu de conclure un contrat où Camair était l'acquéreur du "BBj-2", tel que prescrit par le gouvernement, "GIA International Inc. Corporation" a plutôt conclu un contrat où il ressort que c'est elle qui achetait l'avion, qu'elle louait ensuite à Camair.
Afin d'éviter d'être suspecté par les agences en charge de la criminalité financière (Tracfine, Anif, Cobac et autres), il a été décidé de l'éclatement du montant des sommes rétrocédées par l'avionneur et la distribution entre les membres de la mafia. Ces sommes auraient transité par les comptes d'André Ying (connu dans la ville de Douala et proche de Yves Michel Fotso : 1,25 milliards de FCFA); Ndomno (850 millions de FCFA); Raymond Youmi (565 millions de FCFA); Hugues Tchana (petit affairiste chargé des conquêtes féminines de son mentor Yves Michel Fotso : 235 millions de FCFA); Ngoumba (200 millions de FCFA) ; Mandeng (100 millions de FCFA). De même, neuf sociétés-écrans, parmi lesquelles Gia international Inc, créées par Yves Michel Fotso, voient le jour.
Ainsi, la Cbc, qui avait pour président du conseil d'administration, Yves Michel Fotso, était au centre de toutes les transactions bancaires faites au nom de la Camair. Jean Marie Assené Nkou, ancien député Rdpc du département de la Mefou et Afamba et promoteur de la compagnie aérienne National Airways Cameroon (Nacam). En principe, l'audience reprend ce jour.
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