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Après l'échec catastrophique de Alex Van Elk: Le Commandant J. L. Angounou pour redresser la Camair Co?
Correspondance
YAOUNDÉ - 31 Juillet 2012
© Yves Youmeni (Le Satellite n°258) | Correspondance
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Après moult hésitations, l'alerte avait été donnée en février dernier, soit un mois avant la célébration du premier anniversaire du lancement officiel des activités de la Camair-Co, sur les odeurs de faillite qui flottaient sur cette entreprise, augurant pour son avenir, un sort identique à celui de la défunte Camair-Co.
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Mais comme d'habitude, cette alerte, largement relayée par les médias privés, avait été présentée à l’opinion publique, candide, comme de l'intox exercée sur elle par une presse "gombophile" et en mal de sensation.

Une opinion d'autant plus plausible qu'un mois auparavant, le très officiel Cameroon Tribune a fait présenter le Dg de la Camair-Co , le Néerlandais Alex Van Elk nommé en 2010 par le chef de l'Etat en remplacement du français Georges Mitonneau, démissionnaire, comme un manager de grande envergure, ou pour reprendre les termes de notre confrère, «un des hommes-orchestres d'une des grandes aventures entrepreneuriales de cette année 2011». Et pourtant, on n'allait pas tarder à apprendre qu'une innommable tension de trésorerie couvait à la Camair-Co au point où cette compagnie, piquant carrément du nez un an seulement après son envol, parce que confrontée à une cessation de paiement, était au bord de la faillite. Ce n'était pas cependant l’avis de «l'un des hommes orchestres d'une des grandes a entures entrepreneuriales de cette année 2011», qui, alors que tout le monde aux alentours s'alarmait pour un trou de 22 milliards et un taux moyen de remplissage des avions de 33%, faisait montre d'un optimisme plat, se félicitant de ce que la ponctualité soit évaluée à 93,07 % dans l'ensemble de l'entreprise et arguait de ce que les difficultés perceptibles de la boite soient dues essentiellement à I ’image de la Camair qui a précédé Camair-Co partout. A se demander comment un chef d'entreprise de son acabit, ancien Managing Director de la compagnie aérienne nigériane Arik Air et jusqu'au 30 avril 2009, manager chez Bi-Courtney Aviation Services, une société concessionnaire de la gestion du terminal 2 de l'aéroport Murtala Muhamed (MMA2) au Nigeria, avait pu réussir l'exploit d'ignorer que la réputation de l'ex-Camair la précédait ou de ne jamais proposer à l'Etat camerounais de changer la dénomination de la compagnie qui était de si mauvaise réputation que les loueurs d'avions en étaient à lui exiger un déposit de 2 ans pour le leasing.


Un chiffre d'affaires déficitaire.

Mais il semble en effet que ce ne soit pas là le vrai problème de la Camair Co, qui après avoir pompé 18 milliards d'avance en 2011 (sur les 30 milliards que l'État camerounais, devait injecter en cinq ans à raison de 6 milliards par an pour financer l'investissement de la compagnie), a de nouveau demandé que l'Etat l'appuie financièrement à hauteur de 9,6 milliards pour la couverture de ses besoins prioritaires: paiement des assurances des avions, location des avions, achat du carburant pour les vols Douala-Paris, charges de navigation locales et internationales, charges locales et internationales de manutention dans les aéroports, contrats de maintenance avec le groupe technique Lufthansa, salaires des pilotes. Une sollicitation qui n’a pas forcément enchanté Alamine Ousmane Mey, le ministre des Finances, qui exigera des compléments d'informations sur le compte d'emploi des 30 milliards mis à la disposition de Camair-Co pour les exercices 2010 et 2011, sur le rapport d'activités de l'exercice 2011, puis sur le budget des exercices 2011 et 2012, sur le plan d'action 2012 et sur les états financiers 2010 et 2014. Finalement, le concours du ministère des Finances se chiffrera à quelques 2 milliards. Normal, si l'on constate que la Camair Co elle-même, se situe en deçà de ses propres prévisions: elle n'a fait que 15 milliards de chiffres d'affaires en 2011, alors que son business plan prévoyait 37 milliards. C'est moins que la moitié, et ce chiffre d'affaires a plutôt eu le don de tripler le déficit qui passe de 6 à 18 milliards.

Et c'est un audit réalisé par le cabinet Bekolo & Partners sur l'état de Camair Co qui viendra lever le lièvre et dévoiler le pot aux roses. Ce rapport bouclé en novembre 2011 et dont nous aurons connaissance en mars 2012, au moment de la célébration en grandes pompes de l'anniversaire du début des activités de Camair Co faisait état de la situation très délicate de la compagnie aérienne.

Le rapport dudit audit faisait remarquer entre autres que le taux de remplissage est faible avec à peine 33% pour les 9 premiers mois, qu'en 2011 les pertes cumulées ont représenté 21 milliards de F CFA, soit 14 milliards de plus que les prévisions à cause de l'achat d'avions trop chers à l'instar du Boeing 767-300 et des deux Boeing 737, que la facture de fuel pesait pour 62% dans les charges globales, que la politique salariale de l'entreprise était des plus critiquable, pour peu que l'on observe la disproportion entre les salaires des 14 pilotes expatriés s'élevant en moyenne à 5,5 millions contre 3,1 millions pour les nationaux. Toutes choses auxquelles il fallait ajouter comme une cerise sur le gâteau, les frais d'hôtel du DG, Alex Van Elk, logé à Akwa Palace Douala depuis un an et demi. Pour que la Camair-Co cesse d'être une vache à lait, le cabinet Bekolo & Partners avait alors proposé l'acquisition d'une résidence pour le DG, la renégociation des contrats des pilotes ainsi que celui relatif au carburant ainsi que l'option pour des hôtels moins coûteux pour le logement du personnel pendant les escales. Rien de tout cela n'a été entamé, et comme l'écrira un confrère, «CAMAIR-CO née des cendres fumantes de la Cameroon Airlines, peine se débarrasser des haillons de la gestion calamiteuse de certains prévaricateurs aujourd'hui en prison. Fragilisé par la médiocrité de sa flotte et progressivement asphyxiée par les dettes, la société est devenue indésirable dans les aéroports de certains pays de la sous-région et d'Europe du fait de son incapacité à répondre aux exigences d'atterrissage. Qu'elle est loin la glorieuse ère du fameux COMBI qui faisait la fierté de la compagnie».


Le remplacement de Alex Van Elk comme issue de sortie ... de crise

Certainement est-ce au regard de tout ce qui précède que les autorités camerounaises ont lancé le 9 juillet dernier un appel international à candidatures pour le recrutement d'un Directeur Général. Il s'agit d'un Directeur Général qui doit «justifier d'une expérience certaine dans le secteur, avoir une vision claire de l'entreprise et posséder des aptitudes de leadership avérées, qui doit être titulaire d'un diplôme universitaire en Gestion ou Finances (ex. MBA), avoir une connaissance approfondie des avions, des techniques de location, de financement d'aéronefs et des techniques connexes, dont l'âge doit être compris entre 40 et 60 ans, qui doit posséder un sens de l'écoute et être sensible aux différences culturelles et aux exigences politiques, mais inflexible face aux prétentions qui ne concourent pas à la réalisation des objectifs à long terme de l'entreprise, doté d'une forte personnalité, être parfaitement bilingue (français et anglais), capable de mener des négociations de plus haut niveau, tout en étant proche et respecté du personnel du niveau inférieur.» Les candidatures devaient être acheminées dans les bureaux du directeur de cabinet du Premier ministre à Yaoundé avant le 25 juillet dernier à 17h.


Et le Commandant Angounou pour le sauvetage

Seulement, on se demande pourquoi le Cameroun, comme c'est le cas pour le football, estime être aujourd'hui dans l'obligation de recourir pour la troisième fois à un expatrié pour gérer la Camair-Co alors que dans notre pays nous disposons des gens ayant suffisamment la conscience patriotique pour gérer une entité de cette nature. Certes, l’actuel DGA de la Camair-Co, Emmanuel MBOZO'O NDO est souvent accusé de participer à la gabegie qui a prévalu durant le règne de Alex Van Elk, et on met aussi sur son compte de nombreuses surfacturations qui lui permettent de mener un train de vie princier. Des accusations qu'il a du reste balayées d'un revers de la main lors de la conférence de presse d'anniversaire de Camair Co en mars dernier. Mais il faut noter que M. MBOZO'O NDO aurait déjà passé un an sans toucher son salaire. Un expatrié peut-il accepter cela quand on sait que Alex Van Elk venu sauver une entreprise s'est complu à loger dans un hôtel qui coûte les yeux de la tête.

Et puis, a-t-on oublié que le Cameroun dispose encore d'un personnage qui fait toujours notre fierté, en la personne du Commandant Jean Louis Angounou et dont nous pouvons tirer le maximum, à défaut de le mettre à l'épreuve? Cet homme est entré dans l'histoire au Cameroun comme le premier à avoir pu accéder au grade de commandant de bord. Après une riche carrière commencée à Air Afrique il y a plus de 40 ans, il deviendra l'une des figures emblématiques de la Cameroon Airlines, devenant le leader de toute une génération. Il prend sa retraite en 2002, deux ans après que le Boeing 747 Combi qu'il pilotait a effectué une sortie de piste à l'aéroport de Roissy Charles de Gaulle.


Source: Yves Youmeni (Le Satellite n°258)

Rédaction de Cameroon-Info.Net
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