Buea: Les secrets de la Réunification du Cameroun mis à nu

Par Pierre Alexis Kaptchouang | La Nouvelle Expression
- 27-Sep-2011 - 08h30   53239                      
17
Académiciens et autres politiciens se sont livrés à un débat houleux sur les questions du processus et de l’aboutissement de cette articulation historique du Cameroun. C’était à l’occasion de la dédicace de l’ouvrage «Les Dessous de la Réunification du Cameroun: De 1955 à 1961»
«Pourquoi Dibongue avait–il fait ça ? Comment avait–il subitement changé sa position favorable à la réunification pour l’intégration au Nigéria?»; Cette déclaration de Fon Victor Mukete est l’une des révélations dans l’enceinte de l’amphi 750 de l’Université de Buea où cet acteur et mémoire vivante de l’histoire du Cameroun à pris la peine d’édifier l’audience sur quelques faits saillants ayant caractérisé le processus de la réunification du Cameroun. Camerounais qu’il était, il occupait à cette époque-là les fonctions de ministre dans le gouvernement fédéral du Nigéria à partir d’où il menait le combat pour la réunification. «Nous étions 6 camerounais, mais je ne savais pas qu’en réalité j’étais seul abandonné à moi-même dans ce combat, les autres s’étant ralliés à la cause nigériane pour des intérêts égoïstes», a laissé entendre ce patriarche qui, à 93 ans révolu, garde une mémoire encore assez fraîche. La dédicace du livre «Les Dessous de la Réunification du Cameroun: De 1955 à 1961» de l’historien camerounais Victor Julius Ngoh, par ailleurs vice – recteur de l’Université de Buea, aura donc permis au public de comprendre que le processus ayant conduit à la réunification était entaché de manœuvres peu orthodoxes à cause de l’égoïsme de certains acteurs, d’un déséquilibre entre le Cameroun francophone et le Cameroun anglophone qui n’étaient pas des Etats égaux. Le Cameroun francophone ayant acquis son indépendance et mis en place ses structures de souveraineté. Tout était donc réunis pour justifier la mobilisation des pontes de l’intelligentsia aux rangs desquels le patriarche Godlieb Lobe Monekosso, ancien ministre de la Santé publique qui révèlera, comme Fon Mukete, que «les étudiants camerounais en Grande Bretagne et en France avaient joué un rôle primordial dans ce processus». Aux côtés des intellectuels comme le Pr Jean Emmanuel Pondi, secrétaire général de l’Université de Yaoundé I qui a préfacé de livre, le Pr Daniel Abwa, le pr Ferdinad Edimo Nana de l’Université de la Martinique, et le bâtonnier de l’ordre des avocats du Cameroun Me. Etta Bessong Jr., on a noté la présence des activistes de la sécession comme Njoh Litumbe, défendant mordicus l’urgence de l’autonomie du Cameroun anglophone comme Etat indépendant, ainsi qu’une forte délégation des chefs traditionnels venus du Moungo. Selon le Pr Jean Emmanuel Pondi, l’auteur pose des questions cruciales, notamment: quels étaient les principaux acteurs directement ou indirectement impliqués dans ce processus ? Comment est ce que le contexte politique qui prévalait dans le Cameroun francophone a–t–il fait pencher la balance dans un certain sens au cours du processus étudié ? Quelles étaient les positions précises des anciennes autorités de tutelles ? Il poursuivra en soutenant que l’auteur propose une réflexion subtile sur les changements intervenus dans l’équilibre des forces politiques en présence au Cameroun méridional d’une part et entre les principaux acteurs, les structures de cette entité et les autorités de Yaoundé d’autre part. Avant de conclure en disant que «pour la toute première fois, les attitudes véritables de certains acteurs principaux des deux rives du Moungo sur les questions analysées sont clairement révélées aux lecteurs. Plusieurs détails relatifs à l’approche précise adoptée par chacun des principaux partis politiques du Cameroun méridional sont donnés avec précision». Avant de se séparer, les participants se sont accordés sur un point, à savoir que «la réunification était un triomphe sur la volonté britannique de rattacher le Cameroun anglophone au Nigéria». Pour beaucoup, cet ouvrage de 115 pages publié en français et en anglais donne ainsi le ton sur la célébration des cinquantenaires de la réunification du Cameroun dont le calendrier des festivités reste attendu. Relevant les dérives constitutionnelles de ce processus, le bâtonnier Etta Bessong Jr a relevé que «la promulgation de la constitution fédérale le 1er septembre 1961 par Ahidjo avant la présentation de la motion à la southern Cameroon House of Assembly le 5 septembre était un viol constitutionnel». Avant de marteler: «nous devons faire face aux débats et laisser les faits parler».




Dans la même Rubrique