Affaire de l'expulsion des Bamoun de Lomié - Lomié Gérard (Député): “Il faut respecter le choix des autres…”

Par Jean. F. CHANNON | Le Messager
- 22-Oct-2004 - 08h30   50275                      
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Certains ressortissants du Noun qui disent avoir été malmenés ont accusé un parlementaire de Lomié. Pour en savoir plus, Le Messager a eu un entretien avec l’honorable Lomié Gérard, président de la section Rdpc du Haut-Nyong Sud.
Cet homme d’affaires à peine âgé de la quarantaine affirme avoir personnellement vécu les troubles entre allogènes et autochtones au lendemain du scrutin du 11 octobre 2004. Etes-vous le député que les Bamoun de Lomié accusent d’avoir organisé leur expulsion au lendemain du 11 octobre 2004 ? Ma réponse est non. J’ai été surpris d’entendre cette version des faits de cette affaire que j’ai personnellement vécue. Les Bamoun vivent dans le Haut-Nyong en général et à Lomié en particulier depuis des décennies. Jamais à ma connaissance, ils n’ont été menacés d’expulsion. Je dois même dire que ce n’est pas faisable. Ceci parce que, personnellement, je suis un natif de Foumban où mes parents vivaient autrefois. Foumban est ma terre natale, bien que je sois un fils originaire de Lomié. Pensez-vous honnêtement que pour des raisons politiques je peux organiser la chasse aux Bamoun à Lomié aujourd’hui, ou assister à cette chasse sans intervenir ? Non ce n’est pas faisable. Selon vous, que s’est-il donc passé au lendemain du scrutin présidentiel du 11 octobre 2004 ? Ce que je peux dire de prime abord, sans langue de bois, est que l’élection du 11 octobre 2004 s’est déroulée à Lomié dans le calme et la transparence. Nous sommes en démocratie. Il y a eu une multitude de points de vue qui se sont exprimés. Ce que je sais est qu’aux lendemains de l’élection, après le dépouillement, des attroupements se sont formés au niveau du centre-ville. Informé, je me suis rendu sur les lieux en tant que chef politique local du parti au pouvoir. J’ai trouvé que les passions étaient déchaînées face aux résultats qui sont sortis des urnes. Les populations locales étaient en colère, estimant que leurs frères allogènes les avaient trahies en les empêchant d’atteindre les 100 % qu’ils avaient promis à leur candidat. Dans cette atmosphère où montaient injures et autres menaces d’affrontements physiques, je suis intervenu personnellement pour ramener le calme. En tout cas, les témoins sont là, y compris le chef de la communauté Bamoun. J’ai demandé aux populations de s’abstenir de commettre des exactions sur qui que ce soit. J’ai été étonné d’apprendre que le député du coin était l’instigateur des exactions, et c’est lui qui a demandé aux Bamoun de quitter Lomié. Il faut dire la vérité. Il n’y a pas que l’Udc qui a été voté à Lomié. Le Sdf de John Fru Ndi a été voté. Et il existe bien des anglophones et des Bamiléké qui se réclament ouvertement de ce parti à Lomié. Pourquoi ceux-là ne se plaignent-ils pas d’avoir été inquiétés ? Et puis, il faut signaler que dans notre conseil municipal à Lomié, nous avons des allogènes comme on les appelle, donc un conseiller Rdpc ressortissant du Noun. Il n’a jamais été inquiété. Je suis quelque peu surpris d’entendre ce qui a été dit. Bien sûr, il y a eu des échauffourées qui au départ étaient incontrôlables. Mais très vite, cela a été maîtrisé et le calme règne à nouveau à Lomié. Ce qui m’a le plus étonné est qu’un Bamoun qui dit vivre à Lomié a déclaré à un de vos confrères en l’occurrence le journal Mutations qu’il y avait un député et un responsable du Mindef qui pilotaient les exactions. Soyons sérieux. Quelqu’un peut-il vivre à Lomié et ignorer le nom du député que je suis, celui du sous-préfet et surtout celui de l’élite qui est au Mindef et qui n’est autre que le grand frère Jean Marie Aléokol ? Je dois signaler que M. Jean Marie Aléokol qui est secrétaire général du ministère de la Défense ne se trouvait pas à Lomié au moment des événements. Il était plutôt à Messok, et c’est après qu’il a été appelé d’urgence pour venir calmer les populations locales déchaînées. Ensemble, nous avons ainsi travaillé pour ramener le calme. Je sais que nous sommes à un moment de positionnement. Mais de grâce, il ne faudrait pas salir injustement les gens. On a aussi parlé des bureaux de vote qui auraient été constitués selon les origines tribales. Qu’en est-il ? La réponse à cette question est simple. Comme partout ailleurs au Cameroun, les gens habitent toujours par affinités tribales. A Lomié, les allogènes habitent au centre-ville, alors que les autochtones sont dans les quartiers reculés. Chacun a voté dans son quartier, et ce n’est pas nous du Rdpc ou alors les élites qui constituons les bureaux de vote. C’est l’administration. Il faut donc être sérieux lorsqu’on avance certaines choses, je sais qu’on veut nous diaboliser. Mais ce que je peux dire est que les allogènes et les autochtones après ces événements vivent en harmonie. Les Bamoun ont repris leur commerce. Je tiens, à ce niveau, à féliciter la maturité de la grande majorité des populations qui ont compris le jeu démocratique qui consiste à accepter le choix des autres.
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