Affaire Djomo Pokam: Les Révélations troublantes de la Police

Par David Nouwou | La Nouvelle Expression
- 02-Nov-2006 - 08h30   73736                      
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Pour la première fois, des indiscrétions filtrent des différentes enquêtes au sujet de la mort tragique du Hilton. A la suite 214, celle de Claude Juimo Monthé, la porte a été ouverte pour la première fois quand les flics lui ont rendu visite. Après le drame...
Des indiscrétions commencent à filtrer de la tour d’ivoire que les enquêteurs de la police ont construite autour de l’affaire du Hilton. Certaines clés, si elles s’avèrent vérifiées, devraient permettre de brûler beaucoup d’étapes : le 21 août 2006, jour où le corps est tombé, deux personnalités, accoudées au balcon du bar du 6e étage de l’hôtel qu’on avait déplacé du 8e étage et réservé aux Vip, ont vu un projectile étrange descendre. Il va s’avéré être un corps humain. La chute et le bruit vont attirer l’attention du personnel de l’hôtel, qui va se mettre à chercher dans toutes les directions. Ce sont ces clients, Antar Gassagay, ancien secrétaire d’Etat à l’Administration pénitentiaire, et son ami, Jacques Bimaï, administrateur directeur général de la Société des travaux ferroviaires (Sitrafer) du Cameroun, qui vont s’employer à indiquer au personnel de l’hôtel d’où est tombé le projectile qu’il recherche. Lorsque la police arrive, elle adopte une méthode d’enquête : suivre la trajectoire du corps qui, depuis qu’il était tombé, n’avait pas été déplacé. Première visite, la chambre du directeur du Hilton, située au 115. Aucun signe suspect. Deuxième étage, suite 214. Les policiers cognent. L’occupant qui vient ouvrir est Claude Juimo Monthé, président de la Chambre de commerce, d’industrie, de mines et d’artisanat du Cameroun. Apparemment, il travaille sur la liste des candidats à l’élection de la Chambre et qui devait être déposée, semble-t-il, le lendemain, dernier délai. L’inspection de la suite est effectuée en présence de Muntzler, le directeur de l’hôtel Hilton. L’occupant des lieux est surpris et furieux de cette visite impromptue des forces de l’ordre qui ne sont pas du tout courtoises avec des clients d’une certaine catégorie. C’est alors qu’il est informé qu’un corps est tombé d’un étage de l’hôtel, indique une source proche de l’enquête. Troisième étage, pas d’occupant. Quatrième étage, la suite est occupée par Martin Belinga Eboutou, ancien directeur du protocole d’Etat et actuel ambassadeur du Cameroun aux Nations unies. Il est au Cameroun dans le cadre de la commission mixte Cameroun-Nigeria consacrée à l’affaire Bakassi. Le diplomate est tout aussi surpris et furieux, parce qu’il n’apprécie pas la manière cavalière des policiers qui débarquent dans ses appartements privés, surtout pour des motifs d’enquête criminelle. Il va d’ailleurs saisir le chef de l’Etat dès son retour de Genève pour lui faire part de ce qu’il a vécu comme une humiliation, de la part des éléments du délégué général à la Sûreté nationale. Néanmoins, toutes les suites situées sur la trajectoire du corps, du premier au huitième étage, sont visitées par les policiers. C’est la première phase de l’enquête. Il n’est pas inutile de relever, d’après les mêmes informations, que les premiers enquêteurs n’ont pas pensé, ce premier jour, à explorer toutes les pistes, surtout celles qui nécessitent l’usage des techniques scientifiques. Par la suite, selon des indiscrétions policières, on va se rendre compte que les portes des suites de cette catégorie d’hôtel sont équipées d’un système de verrouillage électronique qui permet de savoir précisément à quelle heure, et combien de fois une porte a été ouverte pendant une période déterminée. En commençant par le premier étage, les enquêteurs se rendent compte que le directeur de l’hôtel est entré dans sa chambre plusieurs fois. A la suite 214, celle de Claude Juimo Monthé, la porte a été ouverte pour la première fois, quand les policiers lui ont rendu visite. Après le drame. Nous avons relevé plus haut que le 6e étage était occupé par le bar Vip. Au 7e, le couple expatrié qui y logeait avait auparavant déménagé, avant la tragédie. Au dernier étage (8e), il n’y a point d’occupant, pour cause de travaux. Mais l’examen des serrures va révéler que sa porte a été ouverte quelques minutes avant la chute du corps de Olivier Narcisse Djomo Pokam. Logiquement, cette piste était la plus précieuse. Les sources proches de l’enquête révèlent que la police a mis la main sur des suspects qui seraient entrés dans ce compartiment. Ils ont déjà fait l’objet d’une exploitation minutieuse. Autre fuite des enquêteurs, lorsque François Tabue Fotso, le fameux bagagiste qui avait reçu Djomo Pokam est pris à l’aéroport, il était en compagnie de neuf autres jeunes Camerounais qui se rendaient à Chypre, dans le cadre d’une formation en hôtellerie dont ils répondaient à l’appel d’offres. Les autres, qui ont été tous pris pour des employés du Hilton, auxquels des consignes étaient données qu’ils ne doivent, sous aucun prétexte, quitter le pays, ont été relaxés, dès lors qu’ils n’avaient aucun lien avec cet hôtel. Ils ont embarqué pour leur aventure, comme celles auxquelles se livrent aujourd’hui les jeunes Africains, en général, et Camerounais, en particulier. Après perquisition des bagages et du domicile, la police a découvert des sommes d’argent que son seul salaire de bagagiste ne pouvait lui permettre de rassembler. Nos informateurs précisent ici qu’il a pu prouver, avec les coupons de transfert d’argent à l’appui, que l’argent lui avait été expédié par une de ses sœurs vivant en Europe, et qui avait entrepris, depuis 2004, date d’obtention de son passeport, de l’aider à aller se débrouiller ailleurs. La coïncidence avec l’affaire du Hilton ne serait que malheureuse, peut-on supposer. Voilà des indiscrétions des sources policières, qui viennent en rajouter à un flou artistique entretenu autour d’une mystérieuse mort. En dehors d’une version officielle. Seule une enquête complète de police et une instruction judiciaire permettront de faire la lumière sur le mort du Hilton.




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