Au tribunal: Emile Bamkoui est libre

Par Jean Baptiste Ketchateng | Mutations
- 18-Sep-2009 - 08h30   55058                      
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L'officier de gendarmerie jugé pour meurtre a vu sa peine réduite de 18 mois à cinq jours de prison par la cour d'appel du Centre...
La cour d'appel du Centre a condamné Emile Joël Bamkoui à cinq jours de prison ferme lors de son audience d'hier jeudi à Yaoundé. M. Bamkoui, chef d'escadron de la gendarmerie nationale, a donc pu rentrer à sa prison, le temps de ramasser ses affaires, et de recouvrer la liberté qu'il avait perdue en novembre 2008 après qu'il a tué Hervé Mapouro, l'amant de son épouse. C'est d'ailleurs sur ce fait que le tribunal s'est largement basé pour réduire considérablement la peine d'Emile Bamkoui - qui avait été condamné le 5 mai 2009 par le tribunal militaire de Yaoundé à 18 mois de prison ferme. Les juges en cette procédure d'appel ont cependant estimé pour casser la première décision que le premier jugement n'avait point tenu compte du cumul des peines qui devait réduire la sanction de l'officier de gendarmerie Bamkoui empêtré dans un drame du destin, à en croire la cour. "Cette affaire, a en effet déclaré en substance le président du collège des trois juges en expliquant sa décision, ne pouvait que se terminer de manière tragique." Depuis deux ans, en effet, Danielle Bamkoui et Hervé Mapouro entretenaient une relation amoureuse adultérine. Le jour du meurtre, contrairement à ce qu'a d'abord voulu faire croire Mme Bamkoui avant de se rétracter et de reconnaître que son mari avait dit la vérité, le meurtrier avait trouvé chez lui, dans la chambre d'amis, couchés et dénudés, sa victime et son épouse. Pour le tribunal, il s'agissait donc d'un flagrant délit d'adultère qui s'est mal achevé, Emile Bamkoui ayant voulu "mettre aux arrêts" Hervé Mapouro. Mais, dans la confusion, les deux amants se sont attaqués au mari cocu, à la faveur de la nuit, le blessant à la tête. Pour le tribunal cependant le meurtrier n'était point en situation de la légitime défense. Tout au plus, les juges admettront pour l'excuser qu'il a été provoqué. Et, dès lors que le chef d'escadron Emile Bamkoui, décrit par ses supérieurs comme un élément de grande valeur, a reconnu sa faute et s'est tenu correctement devant la barre, les juges ont visiblement choisi de lui donner une chance de poursuivre sa carrière. La première condamnation, en raison de sa durée, d'après les avocats de la défense, l'excluait de fait des rangs de l'armée. La clémence et la compréhension du tribunal n'auront cependant pas bénéficié à la partie civile que représentaient deux frères du défunt. Rejets Contrairement aux premiers juges, les magistrats de la cour d'appel ont relevé que l'une des soeurs du défunt connaissait la relation "immorale" qu'entretenaient son frère et Danielle Bamkoui. Pour tempérer son observation, la cour s'est demandé ce qu'elle aurait bien pu faire pour mettre fin à la liaison dangereuse qui s'est achevée par un drame. Aussi, s'est-elle vu attribuer, comme à chacun de ses sept frères et sœurs du défunt, la somme de 500.000Fcfa en guise de dommages. Germaine Mounchingam, et le nourrisson R.M., présentées par la famille Mapouro comme la fiancée et la fille post-mortem de leur fils défunt ont été vu leurs demandes de réparation rejetées. "Germaine Mounchingam aux yeux de la loi camerounaise est une concubine […] pour qui Mapouro n'avait que peu de considération puisqu'il la délaissait pour aller suivre la femme d'autrui…", a conclu la cour tout en relevant qu'il n'était pas possible de reconnaître un enfant outre-tombe. Emile Bamkoui devant par ailleurs s'acquitter d'un million de francs Cfa représentant la condamnation aux dépens, on est bien loin des 21 millions alloués en dommages intérêts par le tribunal militaire de Yaoundé. "Nous allons nous pourvoir en cassation", a cependant annoncé Me André Mangoua, avocat de M. Bamkoui entouré de ses parents visiblement heureux de voir se "terminer une épreuve". En revanche, les avocats de la partie civile étaient absents. Auraient-ils été là que le public serait édifié quant à leur appréciation d'un des paragraphes de la décision qui a constaté que les coups de feu tirés par Emile Bamkoui visaient à faire souffrir la victime avant sa mort. Pour les avocats de la partie civile en effet, Emile Bamkoui avait projeté d'assassiner Hervé Mapouro. Mais, relèveront les juges, aucun fait ne peut prouver une telle hypothèse. Et c'est bien d'une hémorragie massive qu'Hervé Mapouro est décédé après six heures passées sans soins à l'hôpital Laquintinie.




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