Esclavagisme: PMUC, 5000 travailleurs dans des conditions précaires

Par Jean Robert Fouda | Repères
Yaoundé - 27-Mar-2013 - 08h30   52633                      
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Plusieurs centaines, voire de milliers de tickets et journaux du Pari Mutuel Urbain Camerounais (PMUC) éparpillés sur la chaussée. C'est un spectacle peu ordinaire auquel se livrent le 12 mars à Yaoundé les vendeurs de cette multinationale de paris hippiques. Assises à même le sol, ces personnes manifestent leur ras-le-bol en brandissant des affiches où l'on peut lire différents messages: «Quel contrat pour le vendeur? Quelle honte pour le Cameroun?», «Esclave dans mon pays?». Le mouvement d'humeur est organisé dans le but de revendiquer de meilleures conditions de travail en mettant fin aux harcèlements en tout genre...
1- Quand les parrains corses s'établissent au Cameroun Après de forts démêlés en Afrique de l'Ouest, notamment au Sénégal, les responsables du Pari Mutuel Urbain de France débarquent au Cameroun, parrainé par M. Charles Pasqua, l'ancien Ministre français de l'Intérieur, grâce aux puissantes relations dont il entretient au sein de l'appareil d'Etat. Le PMUC, société anonyme au capital de 200.000.000 FCFA dont le siège social est à Douala, ouvre ses portes en 1994 à la suite d'un protocole d'accord signé le 11 novembre 1993 avec le Gouvernement, alors qu'il existe une loterie nationale du Cameroun (LONACAM), dirigée par l'Israélien Israël Naor. Quelques temps après, acculée par les créances, la LONACAM est déclarée en faillite. Permettant ainsi au PMUC de contrôler seul l'espace commercial national. En favorisant la mise sur pied de cette structure au Cameroun, le vice-Premier Ministre chargé de l'Administration Territoriale, M. Gilbert Andzé Tsoungui autorise l'implantation d'un marché de dupes. L'Etat espérait, à travers la signature du protocole d'accord, qu'il y aurait des retombées directes sur le développement économique et social de la nation. Les responsables du PMUC à l'époque, notamment le PDG Michel Tomi et ses collaborateurs, se sont engagés à créer des infrastructures nécessaires aux courses et à l'élevage des chevaux, à mettre sur pied un centre de formation aux métiers du cheval qui permettra de transmettre aux Camerounais le savoir-faire et la technologie appropriée en organisant, si besoin est, des stages à l'étranger, à construire le premier hippodrome à Yaoundé qui devrait être achevée au plus tard dix ans après la mise à disposition du Cameroun d'un terrain approprié. Le PMUC avait pris l'engagement de céder des actions (25%) aux intérêts privés. Personne ne sait véritablement comment sont gérés les fonds de solidarité et d'action sociale et sanitaire, ni combien l'entreprise débloque annuellement pour les financements de projets de formation professionnelle et d'insertion des jeunes et l'aide aux personnes les plus défavorisées. Une certaine opinion soutient que les centaines de millions engrangés annuellement finissent dans les poches des pontes du régime, d'où la conspiration du silence qui entoure les activités du PMUC au Cameroun. La construction de l'hippodrome n'existe que dans l'imagination fertile des concepteurs du protocole d'accord; et chaque jour, on abreuve les parieurs camerounais des images de Deauville, Vincennes, Paris etc... A travers une correspondance adressée la semaine dernière aux autorités administratives et politiques, l'ensemble des commissionnaires vendeurs demandent «la révision intégrale du contrat de concession accordant l'autorisation d'exercer au PMUC sur le territoire camerounais». Ils en appellent à la création d'une instance officielle chargée de la supervision des activités de cette entreprise de paris, afin, écrivent-ils, de «transformer le PMUC en une entité utile, devant jouer le rôle de levier au développement et non demeurer un gouffre absorbant tous les efforts, tous les produits générés par des actions de développement actuelles et futures, retardant, voire empêchant par ce fait, l'émergence du pays». Ces vendeurs sollicitent urgemment l'intervention des pouvoirs publics afin d'examiner l'état actuel des comptes et de la gestion du PMUC; d'examiner minutieusement les états de services rendus par le fameux «Fonds National pour le Développement de l'Industrie du Cheval » qui est renfloué à hauteur de 2% du chiffre d'affaires annuel déduit des 50% revenant d'office au PMUC, du fonctionnement intégral de la société, de la répartition des gains. Il est également question, dans ce mémorandum, de réorganiser le «Fonds Sanitaire» en lui donnant de nouvelles missions écologiques, de développement durable et de protection des écosystèmes. Sur le plan strictement financier, les vendeurs exigent un salaire de base de 50.000 FCFA par mois, l'entreprise menace de fermer augmenté de commissions de 10% des recettes réalisées par chaque vendeur. La revalorisation du contrat de commissionnaire-vendeur selon le Code du travail leur assurant les droits de base suivant: l'affiliation de tous les commissionnaires-vendeurs à la CNPS selon l'ancienneté, une assurance normale, un congé annuel payé, un 13e mois, des primes liées aux résultats finaux positifs, des primes de risque liées à la garde, au transport du matériel de travail et aux sommes d'argent transportées par les vendeurs; et la gratuité de tous les journaux (Turf, Goal). A travers ce train de mesures, le collectif veut permettre aux commissionnaires d'adhérer à un syndicat de leur choix et d'élire leurs délégués du personnel; créer une mutuelle leur facilitant la programmation, l'organisation et la réalisation des activités sportives, de solidarité et d'animation diverses; permettre aux anciens vendeurs mis à l'écart injustement pour des motifs fallacieux de réintégrer leur emploi pour ceux qui le voudraient, ou être rassurés que les préjudices subis seront appréciés convenablement et que leurs droits demeurent respectés et leur soient dûment versés. Il milite enfin pour la revalorisation des frais de taxi selon les tarifs en vigueur au Cameroun et en fonction de l'éloignement du kiosque. Dotation d'une ration (panier) journalière de 1000 FCFA, et 2000 FCFA pour les courses nocturnes. Etc. 2- Vendeur, ces damnés de la terre Le collectif des commissionnaires estime à plus de 5000 vendeurs qui travaillent dans des conditions de précarité avancées. Ceux-ci n'ont pas droit à un salaire de base, une assurance normale, un congé payé, un 13e mois, encore moins des primes liées aux résultats finaux positifs. La rémunération est constituée ainsi qui suit: une commission de 4% prélevée sur les ventes mensuelles. Une indemnité de transport journalière de 150 FCFA pour les vendeurs exerçant dans ce centre administratif. Et 350 à 500 FCFA pour les vendeurs installés en périphérique. Des primes échelonnées liées aux objectifs de vente à réaliser par chaque vendeur lors des courses en nocturne et des différentes étapes GNT (grand national trot), varient entre 500 FCFA pour une recette de 60 000 FCFA et 6000 FCFA pour des ventes de 200 000 FCFA et au delà, lorsque la cagnotte atteint la somme de 50 000 000 FCFA. En termes de sanctions, les chiffres parlent d'eux-mêmes. A la seule période de mars 2009, le Directeur Régional de l'Ouest avait distribué plus de 120 demandes d'explications, 13 lettres d'observation, 25 avertissements, 17 blâmes, 15 mises à pied, le tout couronné par 4 licenciements. D'autres griefs sont évoqués dont les ruptures abusives de contrat de travail, le refus systématique des permissions d'absence, la rétention injustifiée des taxes sur les minables salaires payés après décomptes, etc. En 2008, la Direction Générale de la CNPS interpelle le DG du PMUC en vue de l'affiliation de tous les agents sans exclusion. Pour faire fléchir les pouvoirs publics, la Direction Générale de l'entreprise menace de fermer boutique et de mettre de milliers de personnes au chômage. Pourtant, sur son site, le PMUC se flatte d'avoir versé à l'Etat camerounais 28 milliards de FCFA depuis sa création, mais se garde bien de donner son chiffre d'affaires (on avance le chiffre de 30 milliards de FCFA annuels) pas plus que les montants distribués aux joueurs. Par comparaison, un rapport sur le PMU en France donne comme répartition: 70 % pour les joueurs, 18 % pour l'Etat et 12 % pour le fonctionnement.




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