Rachat de GlobalNet par MTN: Bello Bouba lâche les opérateurs locaux d’internet

Par Noé Ndjebet Massoussi | Le Messager
- 26-Apr-2006 - 08h30   56612                      
13
Les transactions ont eu lieu il y a presque trois semaines. En toute discrétion. Malgré les assurances de l’Agence de régulation des télécommunications et du ministère des Postes et télécommunications.
Le bras de fer qui opposait jusque-là la communauté nationale des fournisseurs d’accès à Internet regroupés au sein du Conestel (Collectif de opérateurs nationaux exploitant dans le secteur des télécommunications) à propos du rachat de l’un des leurs, GlobalNet, par Mtn a finalement tourné à l’avantage de la multinationale qui opère depuis 2000 au Cameroun sur la téléphonie mobile. En effet depuis presque trois semaines, Mtn Cameroon, à travers sa structure spécialisée Mtn Networks Solution (Mtnns) a reçu une notification officielle de l’octroi d’une licence d'exploitation d'un réseau de première catégorie pour la fourniture d’accès Internet, avec le bienveillant soutien de l’Agence de régulation des télécommunications (Art) et du ministère des Postes et télécommunications (Minpostel). Alors que le 25 novembre 2005, l’opération de rachat de GlobalNet par Mtn avait été mise entre parenthèses par le Minpostel ; afin d’y voir clair. Notamment il avait été demandé que GlobalNet produise dans un délai de trois mois le procès verbal de leur assemblée générale ayant pris la résolution de vendre la structure d’une part, et d’autre part que Mtn explique à l’Art la place qui sera réservée aux opérateurs nationaux dans l’accès aux équipements et à quelles conditions. Cette mise entre parenthèses des accords de fusion signés le 17 octobre 2005 entre les directeurs généraux respectifs de Mtn Cameroon et de GlobalNet avait pourtant fini par mettre du baume au cœur des membres du Conestel qui entendaient doubler d’efforts pour fournir aux usagers une meilleure qualité des services Internet et d’autres prestations sollicitées. Une commission d’étude intégrant toutes les parties prenantes dans cette affaire devant se réunir chaque mois avait même à l’occasion été constituée. Dans sa lettre n° 002488/Art/Dg/Dajci du 2 novembre 2005 au président du Conestel, Jean-Louis Beh Mengue le directeur général de l’Art avait d’ailleurs donné toutes les garanties que les intérêts des opérateurs locaux du secteur Internet allaient être préservés. “ J’ai l’honneur de porter à votre connaissance que le gouvernement de la République et l’Agence de régulation des télécommunications attachent une attention particulière à vos préoccupations. Par conséquent, je réitère ma détermination, conformément aux missions qui me sont assignées, de sanctionner ceux des opérateurs et/ou exploitants qui iront à l’encontre des lois et règlements en vigueur dans le secteur des télécommunications au Cameroun ”, écrivait-il. Cette correspondance faisait suite aux préoccupations du Conestel soulevées dans son courrier du 3 octobre 2005 destinée concomitamment au directeur général de l’Agence de régulation des télécommunications (Art), Jean-Louis Beh Mengue avec ampliation au Premier ministre, Ephraim Inoni et au ministre d’Etat, ministre des Postes et télécommunications, Maïgari Bello Bouba. Le Conestel s’insurgeait contre la détermination, en violation de la loi, par Mtn, l’un des opérateurs de téléphonie (Gsm) de se lancer dans la fourniture d’autres prestations de service à valeur ajoutée dans le domaine des télécommunications au Cameroun. Notamment les services à valeur à joutée (Vpn, Internet, etc.) tel que le stipule l’article 2 en ses alinéas 1 et 3 des contrats de concession passés entre les pouvoirs publics et les opérateurs de téléphonie mobile. Les nationaux floués Des promesses qui ont certainement endormis les membres du Conestel. Ils ne se sont plus rappelés que depuis novembre 2005 la commission paritaire initialement mensuelle ne s’est jamais réunie. La notification officielle de l’octroi d’une licence d'exploitation d'un réseau de première catégorie pour la fourniture d’accès Internet à Mtn les tombe sur la tête et les sort finalement de leur sommeil. “ En lieu et place des sanctions que promettait le Dg de l’Art, c’est plutôt l’octroi de la licence qu’il est question ”, s’indigne un fournisseur Internet qui n’arrête plus de s’interroger : “ Que dit la licence accordée à Mtn ? Sur quels domaines Mtn va-t-il s’attaquer ? Quels sont nos intérêts qu’ils ont préservés ? ” Avant d’aboutir à la conclusion selon laquelle la privatisation de Camtel est sabotée. La communauté nationale des fournisseurs d’accès à Internet regroupés au sein du Conestel (Collectif de opérateurs nationaux exploitant dans le secteur des télécommunications) estime ainsi qu’elle est lâchée par Bello Bouba Maïgari, le ministre d’Etat, ministre des Postes et télécommunications qui les avait nourris d’espoir. Les membres du Conestel disent à qui veulent les entendre que les intérêts nationaux sont bradés, car Internet demeurait l’un des derniers éléments de souveraineté. Ils se plaignent aussi que l’Art et le Minpostel aient admis un géant dans le secteur sans l’avoir suffisamment organisé. Ce que le Collectif des opérateurs nationaux exploitants dans le secteur des télécommunications (Conestel) qualifie d’abus de position dominante. “ Jusqu’ici, nous nous débrouillons comme on peut pour servir Internet aux usagers. L’Art ne nous a jamais distribué ou attribué des fréquences ”, souligne un autre membre du Conestel qui soutient que en si peu de temps, “ Mtn a déjà eu environ 40 méga sur les 133 disponibles. On leur a promis 10 circuits Iwan, et 4 sont déjà installés.” Pourquoi l’Art a laissé faire Les multiples efforts déployés auprès de l’Art, notamment le département licence et interconnexion, par Le Messager pour avoir des raisons pour lesquelles la licence a été octroyée à Mtn, ont été vains. Mais selon certaines indiscrétions, l’octroi de cette licence a été motivé par l’entrée de Camtel dans le marché de la téléphonie mobile. Une entrée qui avait irrité les opérateurs de ce secteur, car Camtel leur oppose une rude concurrence à travers ses coûts de communication trois fois moins cher avec CT-Phone. Certains observateurs expliquent alors que l’Art a finalement laissé Mtn acheter GlobalNet pour pouvoir accroître la valeur ajoutée des services de l’opérateur de téléphonie mobile, Mtn, afin d’espérer tenir la concurrence. Il n’est pas exclu que Orange qui serait aussi sur la piste de Creolink, un autre fournisseur Internet, bâtisse également sa notoriété sur les forces de France Télécom. En effet, avec près de deux millions de clients actifs, le marché camerounais de la téléphonie mobile n’est pas loin de la saturation et, les opérateurs sont obligés de trouver de nouveaux relais de croissance. Et, la fourniture des services Internet serait le relais de croissance naturel, pour les opérateurs de téléphonie mobile auprès des entreprises dans leurs besoins de transmission de données. Dans tous les cas, même GlobalNet approchée depuis une semaine n’a voulu livrer les secrets de l’aboutissement de cette opération. Tous comptes faits, la machine est bien huilée entre Mtn Cameroon et GlobalNet pour la mise en route du projet. Le siège de Mtn Cameroon à Akwa en plein réaménagement, s’apprête à accueillir de nouveaux personnels. Du côté de GlobalNet, des réunions se suivent pour sceller le mariage. Le Dg de GlobalNet est même annoncé à la tête de la nouvelle structure, Mtnns. Et que Global Telecom Services (Gts), une structure que dirige l’autre Kamanou s’installera dans le site de GlobalNet. On signale qu’à la fin des opérations GlobalNet va disparaître au profit de Mtnns. Perspectives Le rachat de GlobalNet par Mtn est, à n’en pas douter, le premier grand accident sur l’autoroute de l’information et de la communication au Cameroun. Mais un accident qui laisse transparaître des leçons. “ Lorsque l’on analyse la situation actuelle du marché de l’Internet au Cameroun le constat est le suivant : l’accès à Internet reste un luxe pour les particuliers et les petites entreprises. Les prix très élevés constituent un facteur limitant ; l’accès à Internet n’est possible que dans les grandes agglomérations, Douala et Yaoundé. Les populations rurales n’y ont pas accès ; l’offre de produits et services annexes est très limitée ; les réseaux des fournisseurs Internet actuels sont peu fiables, et le service aux consommateurs reste d’un niveau très faible ”, souligne Bouba Kaélé, Corporate Communications Coordinator de Mtn Cameroon. Cette situation a conduit à l’émergence de l’utilisation des Vsat (Very small aperture terminal) par lesquels les entreprises se connectent directement à Internet via des satellites. Ceux-ci étant la propriété de compagnies étrangères, on assiste à une expatriation des revenus et des taxes qui s’y rattachent. Une comparaison avec les pays africains d’un niveau de développement comparable, et même moindre, que le Cameroun, nous indique qu’Internet a été un formidable moteur de développement. Il a permis la création d’emplois et de richesses, une opportunité que n’a pas encore pu saisir le Cameroun. “ L’ambition affichée par Mtn en prenant pied sur le segment Internet est le suivant : Investir lourdement dans des technologies performantes grâce auxquelles les particuliers et les entreprises pourront accéder à Internet à moindre coût et de manière plus fiable. Ce qui devrait entraîner une baisse des coûts d’accès et par extension de plus grandes possibilités d’accès pour tous les camerounais; développer l’accès à ces services à travers tout le Cameroun (partout où notre réseau Gsm est présent). Ce qui devrait conduire à une vulgarisation de l’outil Internet ; mettre sur pied une entité opérationnelle différente de Mtn Cameroon, opérateur Gsm, qui opèrera sous le nom de Mtn Network Solutions ; permettre à tous les acteurs du secteur d’accéder à nos ressources dans la limite de ce que nos licences nous permettent notamment tous les autres fournisseurs d’accès Internet. Les autres acteurs Isp ne pourront que bénéficier de ces nouvelles possibilités ”, soutient Bouba Kaélé. En clair, le rachat de GlobalNet par Mtn permettra entre autres de faire Internet sur le portable. C’est-à-dire écrire et consulter ses mails sur le téléphone portable, faire des achats ou des virements bancaires, participer aux téléconférence, etc. Ce qui suppose l’acquisition de nouveaux postes de téléphone mobile dits de 4e génération. L’introduction des opérateurs de la téléphonie mobile sur le segment Internet peut aussi aboutir sur le service de la téléphonie sur Internet comme le fait Camtel avec CT-Phone. Et par conséquent, réduire des coûts de communication et permettre l’envoi de grandes quantités d’informations. Mais pour la communauté nationale des fournisseurs d’accès à Internet regroupés au sein du Conestel (Collectif de opérateurs nationaux exploitant dans le secteur des télécommunications), c’est la grande illusion. “ Que Mtn rende d’abord facile l’accès aux communications de téléphonie mobile dont les coûts sont jusqu’ici les plus élevés en Afrique. Mtn n’a pas encore fini de développer tous les services Gsm qu’il s’attaque à Internet. L’intention première de Mtn est de faire disparaître tous les fournisseurs Internet nationaux. Alors nous souhaitons rencontrer le ministre Bello Bouba. Et que le Premier ministre arrête ce massacre ”, fulminait de colère un fournisseur Internet qui ne sait plus à quel saint se vouer.
  • E-mail 8
  • Google+
  • Tweet
  • Partagez
Dans la même Rubrique