Présidentielle 2011: Hillary Clinton écrit aux Camerounais

Par Félix C. Ebolé Bola | Mutations
- 24-May-2011 - 08h30   109176                      
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A l’occasion de la fête nationale du 20 Mai, la Secrétaire d’Etat américaine s’est exprimée au nom de Barack Obama; Les Etats-Unis ignorent Paul Biya; ils exigent une présidentielle libre et transparente.

Hillary Clinton
Photo: © AP
Hilary Clinton: Lettre et le paraître La secrétaire d’Etat américaine snobe Paul Biya pour s’adresser directement aux Camerounais, à la veille de l’élection présidentielle. C’est une pratique plutôt rare dans les usages diplomatiques. Habituellement, les dirigeants d’un pays s’adressent à d’autres dirigeants dans des circonstances heureuses ou malheureuses. A l’occasion de la célébration des 39 ans de l’unité du Cameroun, le 20 mai dernier, la secrétaire d’Etat américaine a délibérément ignoré cette bienséante pratique. Elle a, directement, choisi d’adresser un message de vœux et de félicitations au peuple camerounais. «Au nom du président Obama et du peuple des Etats-Unis, écrit-elle, j’ai le plaisir d’adresser nos meilleurs vœux ainsi que nos vives et chaleureuses félicitations au peuple camerounais au moment où vous célébrez le 39è anniversaire de l’Etat unitaire de votre pays, ce 20 mai 2011. Nos deux pays partagent un partenariat durable qui reflète l’évolution continue d’une coopération fructueuse pour des causes communes.» S’ensuit un bref rappel de l’intervention, dans le pays, du Corps américain de la paix qui fête ses 50 ans en 2011 et dont plus de 3000 volontaires, depuis 1962, ont contribué à l’amélioration de la qualité de vie à travers particulièrement le renforcement des capacités des individus et des communautés. Mais le plus important se trouve à l’avant-dernier paragraphe du texte. En effet, après avoir indiqué que le pays de l’oncle Sam demeurait engagé à œuvrer, de concert avec le gouvernement du Cameroun, en portant son soutien à la démocratie, à la gouvernance et à la promotion de l’Etat de droit, Mme Clinton et l’administration américaine émettent l’espoir de «voir les Camerounais exercer leur droit de vote au plus tard cette année, lors d’une élection présidentielle libre, transparente et crédible». Dans cette perspective, les mêmes Camerounais sont, dores et déjà, assurés «de l’appui des Etats-Unis», les deux peuples étant par ailleurs engagés à poursuivre ce partenariat durable et fructueux afin de consolider et d’enrichir leurs efforts au profit d’un avenir plus pacifique et plus prospère. En choisissant ainsi cette méthode de communication, l’administration américaine opte pour une nouvelle approche de ses rapports avec le Cameroun. Un lâchage ? Ces temps derniers, les rapports entre les deux pays ont été marqués par les des postures aigres-douces, la partie camerounaise semblant à la fois irritée mais soucieuse de présenter un visage serein face aux critiques de la première puissance mondiale. Les Etats-Unis, constate-t-on, semblent en effet avoir décidé de s’adresser directement à un peuple dont les suffrages sont régulièrement confisqués depuis le retour au multipartisme, en décembre 1990. Prémices Les prémices de cette posture semblent s’être dessinées à travers le dernier rapport (2010) du département d’Etat américain sur les droits de l'Homme au Cameroun. En introduction de ce volumineux document, on peut lire que le Cameroun «est une République dominée par un régime présidentiel fort». Mais ceci n’est rien à côté des lignes qui suivent : «Bien que le pays applique un système multipartite de gouvernance, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) s’est maintenu au pouvoir depuis sa création en 1985.» Le rapport constate que le président Biya détient un certain pouvoir de contrôle sur la législation et gouverne par décret. «En 2004, peut-on y lire, le chef du Rdpc, Paul Biya, a été réélu président de la République, poste qu’il occupe depuis 1982. Cette élection a été entachée d’irrégularités, notamment au niveau des inscriptions sur les listes électorales, mais les observateurs ont conclu à l’absence d’incidence significative sur les résultats.» En se fondant sur les rapports des observateurs nationaux et internationaux, le département d’Etat conclut que «les élections législatives et municipales de 2007 ont, elles aussi, été marquées par d'importantes insuffisances, notamment des entraves à l'inscription sur les listes électorales et l'absence de mesures adéquates contre la fraude électorale». Sans oublier que des éléments des forces de sécurité ont parfois agi indépendamment de l’autorité civile.




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