Maitre Sandrine Dacga Djatche, avocat au barreau du Cameroun et du Nigéria : « La défense des condamnés à mort est une question vraiment sensible »

Par Wiliam TCHANGO | Cameroon-Info.Net
YAOUNDE - 12-Oct-2017 - 03h53   2615                      
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Me Dacga W. Tchango
Avocate abolitionniste, elle revient sur les difficultés auxquelles sont généralement confrontées des personnes condamnées à mort. Elle évoque notamment la difficulté pour ces dernières de jouir d’un procès équitable.

Que traduit la thématique de la 15ème journée internationale contre la peine de mort à savoir : « Pauvreté et peine de mort »

Nous sommes le 10 octobre 2017, journée pendant laquelle nous célébrons la 15ème édition de la journée mondiale contre la peine de mort. Et le thème choisi aujourd’hui par les abolitionnistes du monde est pauvreté et peine de mort. Pourquoi ce thème ? Simplement parce qu’on s’est rendu compte que de par le monde, les personnes qui sont de plus en plus confrontées à des procédures judiciaires qui conduisent à la peine de mort comme sanction sont des personnes défavorisées, des personnes venant des milieux difficiles et qui dès lors, n’ont pas la possibilité de s’octroyer des moyens et même des capacités aptes à leur permettre d’être dans un procès équitable et juste. Parce que déjà, procès équitable veut dire moyens de défense égaux avec l’accusation ; procès équitable veut dire assistance par un technicien de droit ; procès équitable veut encore dire, du temps matériel, intellectuel et financier pour assurer sa défense lors d’un procès qui peut conduire à une condamnation à mort. C’est la raison du thème de ce jour.

Aujourd’hui, vous avez souhaité aussi bien parler de l’utilité de l’enquête parallèle. En quoi cette stratégie pourrait aider à défendre efficacement une personne condamnée à mort ?

 Pourquoi l’enquête parallèle? Vous savez la défense des personnes susceptibles de la condamnation à mort est une question véritablement sensible, c’est une question qui appelle une certaine technicité, qui appelle un certain charisme, qui appelle une certaine concentration. Et pour cela, il faudrait avoir des avocats qui soient aptes à conduire la défense de ces personnes-là. L’enquête parallèle est une question qui n’a pas toujours été intégrée dans la stratégie de défense des avocats qui accompagnent ou qui assistent les personnes susceptible de la condamnation à mort devant les juridictions alors même que c’est une question qui, lorsqu’elle est bien menée, lorsqu’elle est bien comprise et lorsqu’elle est mise en exergue, permet de peaufiner une bonne stratégie de défense, permet d’asseoir la défense de son client et lui éviter ainsi des surprises désagréables et désastreusement irréversibles, à savoir : la condamnation à mort. Les raisons qui fondent l’enquête parallèle, bien que nombreuses, peuvent être retenus au nombre de trois.  A savoir : fragiliser l’accusation et trouver les failles de l’accusation, asseoir la défense même de son client, mais également chercher des éléments pertinents qui si la culpabilité de votre client est retenue, permettront d’obtenir une peine moindre, c'est-à-dire, permettront d’évoquer des circonstances atténuantes  pour lui.

Maintenant, comment mener une enquête parallèle et qui doit la mener ?

Nous l’avons dit, dans le quotidien, on dira toujours que c’est aux officiers de police judiciaire, c'est-à-dire des professionnels, des fonctionnaires d’Etat à qui incombent ces tâches. Mais nous disons non. L’enquête parallèle incombe à l’avocat mais également aux hommes de presse que vous êtes et aux autres personnes qui peuvent apporter leurs contributions. Ces autres personnes constituent en fait la masse des activistes des droits humains. Nous parlons ici des organismes internationaux, des organisations non gouvernementales, des universitaires et toutes autres personnes qui se sentent à même de pouvoir prêter son concours tels : des détectives privés.

Peut-on avoir quelques chiffres sur la peine de mort au Cameroun ?

Répondre à cette question nous amènerait à donner un chiffre. Or, nous ne voulons pas nous risquer dans la mesure où les décisions de condamnation sont revues, sont révisées au quotidien par les Cours d’Appel. Aujourd’hui au Cameroun, nous pouvons estimer les condamnés à morts à environ 200 à 235. Le chiffre est allé grandissant suite au phénomène du terrorisme de Boko Haram qui a permis d’avoir une recrudescence de condamnation à mort dans l’extrême-Nord. Mais de manière détaillée, vous aurez à Yaoundé, la capitale politique à la Prison centrale de Kondengui, 22  condamnés à mort. Dans tout l’Ouest du Cameroun, vous aurez environ 21 condamnés à mort si je ne me trompe, à Douala et d’autres villes, parfois pas de condamnés pour le moment, peut-être des condamnés dont les peines ont été revues plus tard, peut-être des condamnés qui ont bénéficié de la grâce présidentielle. Donc, la plus forte concentration  des condamnations à mort aujourd’hui relève de l’Extrême-Nord, devant les juridictions militaires.

Auteur:
Wiliam TCHANGO
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