Cameroun - Crise anglophone/Colonel Didier Badjeck: «International Crisis Group dans son rapport du 19 octobre 2017, se croit toujours en période de colonisation»

Par Otric NGON | Cameroon-Info.Net
YAOUNDE - 23-Oct-2017 - 02h55   11021                      
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Colonel Didier Badjeck Archives
L’officier de l’armée camerounaise, responsable de la Communication au ministère de la Défense, analyse le rapport du centre d’analyse qui a publié une note dans laquelle il met en garde contre une insurrection armée dans les régions anglophones du Cameroun.

Le centre d’analyse belge International Crisis Group (ICG) a publié une note d’information le jeudi 19 octobre, portant sur la crise dite anglophone, qui secoue le Cameroun depuis le mois d’octobre 2016. Pour cette organisation, la détérioration de la situation requiert «une réaction urgente» du Président de la République, ainsi qu’une «réponse ferme des partenaires internationaux», au risque d’assister à une «insurrection armée» au sein des populations.

Dans une tribune rendue publique ce dimanche 22 octobre 2017, le Colonel Didier Badjeck interroge les méthodes d’International Crisis Group qui «se croit toujours en période de colonisation, ignorant que si un État souverain a ratifié les accords internationaux, il lui revient de juger de la légitimité de l'usage de la force, au bénéfice de la sécurité des personnes et des biens, et que l'usage disproportionné de la force est une sémantique à  géométrie variable, selon l'usage qui en est  fait dans les pays occidentaux ou dans ceux du tiers monde».  

La tribune du Colonel Didier Badjeck:

«Nous irons de surprises en surprises dans le tropisme que suscite aujourd'hui le Cameroun, soit dit en passant, à  la croisée des chemins. ONG, groupes d'analyses stratégiques, observatoires, le sujet est visiblement à  la convergence des passions, mais surtout de dangereuses  élucubrations maquillées sous les mirages d'analyses bancales, d'études de marqueurs inconsistants, mais surtout et hélas, de prospectives de mauvaises augures qui cachent peu les sentiments amènes de rédacteurs en furie.

Erreurs historiques grossières, absence d'équilibre ou de vérification diamétrales et contradictoires dans les sources, militantisme politique dans des rapports scientifiques, bref, rien n'arrête plus les pourfendeurs du Cameroun. J'avoue avoir longtemps été édifié par les rapports de l'International Crisis Group, avec qui d'ailleurs il a existé une grande collaboration dans la guerre contre Boko Haram, mais aujourd'hui, J'avoue comprendre difficilement cette démarche qui bute sur tous les obstacles de la méthode, du sérieux et du raisonnement prospectif.

Un raisonnement scientifique est froid, il ne se passionne pas. Lorsque je décrypte l'analyse de l'ICG (19/10/17) qui part d'un résumé de la question, résumé  commis par mon ami Hans de Marie Heungoup (le rapport de Hans en moi-même ne m'a pas choqué, il est resté sur une base d'analyses de marqueurs comme il est d'usage dans l'analyse stratégique), je suis sidéré de la récupération politique qui en est fait, et des conclusions péremptoires également avancées, dans l'ignorance de l'existence souveraine de l'Etat-Nation Cameroun.

International Crisis Group dans son rapport du 19 octobre 2017, se croit toujours en période de colonisation, ignorant que si un État souverain a ratifié les accords internationaux, il lui revient de juger de la légitimité de l'usage de la force, au bénéfice de la sécurité des personnes et des biens, et que l'usage disproportionné de la force est une sémantique à  géométrie variable, selon l'usage qui en est  fait dans les pays occidentaux ou dans ceux du tiers monde. Souvent le marteau est pris pour tuer un moustique, nous avons assisté plusieurs fois au scénario se rapportant au diptyque très cosmétique de "PERTES COLLATÉRALES".

Je suis d'autant plus embêté qu'un groupe aussi sérieux que l'IVG marche comme un mouton de Panurge derrière Amnesty International et ses méthodes révolutionnaires de collecte de preuves obtenues à coups de fil anonymes d'indicateurs ayant décidé de garder l'anonymat. Grossier! Sinon vous n'auriez pas 40 morts à  Bamenda, ou 100 morts comme d'après le Rhedac ou enfin des centaines de morts d'après le SDF, rapport du dernier dont je n'ai pas eu vent.

Voici donc la base de vos analyses: RHEDAC, Jeune Afrique (8/9/2017 Richard Moncrieff), Amnesty International (qui est une avarie connue), et plusieurs contributions de personnes anonymes. Ça ne fait pas sérieux du tout. Votre introduction qui masque très peu l'excentricité de votre analyse pour ne pas dire votre parti pris, annonce déjà les couleurs d'une très mauvaise plaisanterie, autant aurai-je daigné y extirper quelques bonnes idées à  creuser. Vous nous aviez pourtant habitués à cette froideur scientifique, méthodique et recherchée que nous prenions en compte comme source pertinente en regardant devant, car la vérité est devant nous.

Je ne reconnais plus cette prudence qui fait d'un rapport scientifique un carrefour de pistes. J'ai peur que vous pensiez que je suis dans les rangs des promoteurs de la victimisation, pratique qu'il vous a plu d'accuser les Camerounais de développer... merci pour les modèles de sortie de crise que vous préconisez qui ressemblent comme deux gouttes d'eau à  ce que l'on a déjà entendu de la bouche de certains programmes, merci surtout d'appeler à  la médiation du Bureau régional des Nations Unies, de l'Union Européenne, de l'Union Africaine, je suis aussi touché de votre regard appuyé sur l'opportunité de l'usage de la légitime défense et de l'impérative nécessité d'une reprise en main pédagogique des policiers et gendarmes du Cameroun qui seraient ainsi remis à  niveau d'après vous. Qu'est-ce que c'est touchant d'avoir de vous faire du souci pour nous!

Pour votre information, le contingent camerounais de la MINUSCA compte plus de 1200 hommes et ce n'est pas de ce côté où des éléments ont été épinglés pour viols et autres exactions. Pour que vous ayez donc un raisonnement plus mesuré, c'est vrai que comparaison n'est pas raison, la crise dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest qui ne saurait prendre la tendance d'une crise anglophone (sinon tout le Cameroun serait embrasé puisque de par la Constitution le Cameroun  le Cameroun est bilingue) s'apparente à  la crise espagnole! La Catalogne est allée jusqu'à prononcer unilatéralement son indépendance, et sans philosophie, il y a eu une condamnation quasi unanime des pays européens, de l'UE etc.

Plusieurs blessés ont été  enregistrés, des centaines d'arrestations.  Des propriétés ont été investies pour détruire les urnes et le matériel électoral. L'ONU n'a pas été sollicitée par son Bureau régional et la souveraineté du Royaume d'Espagne a été respectée. Relisez la Charte des Nations Unies (Chapitre 7), et vous vous ferez une idée de l'ingérence, de l'obligation de protéger et de la notion de souveraineté.  Je suis certain également que vous maîtrisez le pouvoir d'une loi fondamentale.

Votre rapport me semble particulièrement partisan et pour y revenir, je suis à  votre entière disposition pour discuter de la réalité des faits, surtout ceux qui remettent en cause le professionnalisme de l'armée camerounaise. Nous avons eu des discussions du genre par le passé  et dans le cadre de la lutte contre Boko Haram».

Badjeck Didier
Internationaliste

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Auteur:
Otric NGON
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