Cameroun - Drame du Lycée bilingue de Deïdo: les propositions d’un haut cadre du ministère des enseignements secondaires contre les violences à l’école

Par Pierre Arnaud NTCHAPDA | Cameroon-Info.Net
YAOUNDE - 02-Apr-2019 - 15h07   1667                      
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Emmanuel Kunke Ngouaba Facebook
L’inspecteur pédagogique de mathématiques et analyste d’éducation Emmanuel Kunke Ngouaba était l’invité du journal de 19h 50 de Canal 2 international le 1er avril 2019.

Au cours de son intervention, Emmanuel Kunke Ngouaba a posé le diagnostic de la violence dans les établissements scolaires. Il  propose comme solutions l’organisation d’un forum sur la violence à l’école,  le recyclage des surveillants généraux. Il insiste sur le recrutement dans l'urgence des gros bras pour sécuriser les lycées et collèges. Ci-dessous de larges extraits de ses réponses aux questions de nos confrères.

Il y a de cela 4 ans, j’ai publié un article dans le journal La Nouvelle expression qui était intitulé : « violence et insécurité en milieu scolaire ». Nous avions proposé à cette époque un observatoire national de la violence dans les établissements scolaires. Malheureusement quatre ans plus tard, nous n’avons pas été écoutés. J’éprouve un sentiment de tristesse et de déception.

La situation sécuritaire dans les lycées et collèges malgré les efforts qui sont faits –en début d’année généralement il y a une sensibilisation et le ministre et les délégués demandent un renforcement des mesures de sécurité- l’on demande qu’il y ait par exemple les outils de contrôle dans les établissements notamment les détecteurs d’objets dangereux, etc. Mais il faut quand même reconnaître que de façon globale la situation sécuritaire est préoccupante et d’après les témoignages que nous avons reçu des élèves et des enseignants cette situation n’est pas de nature à rassurer les élèves. IL ya des problèmes comme les effectifs pléthoriques, des enfants qui sont exclus un jour et sont repris le lendemain, des enfants qui sont « intouchables » parce que ce sont les enfants des hautes personnalités. De façon générale il y a un certain nombre d’ingrédients, d’éléments qui peuvent favoriser la violence. L’autres chose pour terminer sur cet aspect c’est que dans les établissements confessionnels où les chefs d’établissements sont assez responsables, où l’on ne met pas l’argent au devant des priorités, mais plutôt la pédagogie, dans les établissements confessionnels où il y a plus de dialogue entre les enseignants et les parents, il y a moins de cas d’indiscipline et de violence. C e cas qui vient d’arriver comme beaucoup d’autres qui ne sont pas encore évoqués dans les médias doit interpeller la communauté éducative en général et l’école publique en particulier   Il est temps de s’arrêter pour voir ce qui ne va pas.

Pour ce qui est des causes profondes, il faut faire recours aux spécialistes. Et généralement, ceux qui ont travaillé sur les questions de violences en France, aux Etats-Unis et ailleurs sont les sociologues et les psychologues. Ils donnent plusieurs causes. Déjà, les causes qui sont liées à l’élève. C’est-à-dire qu’il y a des élèves qui sont de caractère difficile, d’autres qui sont violents, agressifs, etc. Il y a une deuxième cause qui est liée aux environnements social et familial. Ce sont les enfants qui ne sont pas bien pris en charge à la maison, ceux qui vivent dans un environnement social défavorable. Par exemple, ils vont regarder à la télévision des films violents. Tout naturellement -et je suis très surpris que beaucoup d’enseignants refusent ce débat- il y a les causes liées au  système éducatif. Les établissements à effectifs pléthoriques  qui peuvent compter 5000, 6000 élèves à raison de 150 par classe où les chefs d’établissements ont mis l’argent au-dessus de la pédagogie d’après les recherches, pas d’après moi, sont plus exposés.aux violences et à l’insécurité. Parfois l’environnement des établissements n’est pas sain. ça pue et c’est de nature à rendre les enfants fous, agressifs.

Aujourd’hui, l’école est complètement dépassée parce qu’elle utilise en 2019 les méthodes de 1970. C’est complètement dépassé ! Par exemple les surveillants généraux ! Vous êtes enseignant de mathématiques ou de français à 15 heures, à 17 heures vous êtes nommé surveillant général. Et immédiatement, les gens pensent que par magie vous pouvez devenir compétent. Cela est faux. Cela veut dire que vous pouvez envoyer le surveillant général une fois nommé en formation par exemple pour qu’il aille se recycler apprendre les mesures de maintien de la discipline, qu’il apprenne à gérer les enfants difficiles. Aujourd’hui, les surveillants généraux complètement dépassés dans nos lycées.

Nous avons pensé qu’il faudrait peut-être convoquer un forum national sur  la violence, la consommation des stupéfiants. Les stupéfiants, les drogues c’est une catastrophe. Je suis allé au Lycée Leclerc, à Biyem-Assi, partout. Les proviseurs ne trouvent plus le sommeil. Il faut s’arrêter et tenir un forum national avec non seulement les pédagogues, les sociologies, les psychologues, les forces de sécurité notamment la police. Je me suis amusé à proposer une mesure : le recrutement des gros bras. Au lycée bilingue de Deïdo, là où il y a eu crime l’autre jour, vous pouvez avoir 10 gros bras. Un gros bras est payé à 100 000 Francs CFA par mois. Cela fait un million par mois pour les 10. En 10 mois cela fait 10 millions de Francs CFA. Lorsque vous avez pris 120 millions d’APEE au lycée bilingue de Deïdo, 120 millions au lycée Leclerc 10 gros bras, ça peut se payer puisqu’il y a déjà les vigiles. S’il y a les vigiles cela veut dire que l’Etat a accepté qu’en plus des fonctionnaires, on puisse recruter d’autres personnes. Donc je dis qu’en attendant qu’il y ait le forum national, la solution des gros bras est une solution pertinente et urgente. Que peut aire un surveillant général devant un enfant qui a un poignard ? Alors qu’un gros bras le neutralise en quelques secondes.               

Auteur:
Pierre Arnaud NTCHAPDA
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