Cameroun – industrie musicale: Quand le succès de Nyangono du Sud et du Grand Barack, attise la colère des autres artistes-musiciens.

Par Claude Paul TJEG | Cameroon-Info.Net
YAOUNDE - 20-Dec-2019 - 13h09   13495                      
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Grand Barack facebook
Plusieurs artistes-musiciens considèrent l’aventue musicale de Nyangono du Sud et du Grand Barack comme une intrusion dans un  domaine pour lequel ils n’ont aucune aptitude

Il y a de cela quelques mois, Nyangono du Sud, un habile commerçant, possédant l’une des plus grandes boutiques du marché central de Yaoundé et n’ayant visiblement aucune once de talent pour la musique, a réussi à se frayer un chemin jalonné de succès vers le 4e art. «Foup Fap», sa chanson la plus populaire a pris d’assaut les clubs et les discothèques du Cameroun. C’est surtout que Nyangono du Sud a eu la lumineuse idée d’y associer des pas de danse faciles à reproduire et les exclamations «Wayaille» et «Wayayouille» que le grand public a d’abord trouvé ridicules, avant de définitivement les adopter. «Le lion du sud» (surnom qu’il s’est lui-même donné), a réussi l’exploit de défier les lois du buzz, qui s’inscrivent très souvent dans l’instantanéité. Ça va faire 2 ans qu’il va de spectacle en spectacle. En aout dernier, il a même réussi à faire la première partie du chanteur congolais Ferre Gola, au palais des Sports de Yaoundé, devant plus de 2000 spectateurs.

 

Cependant, Nyangono du Sud n’est plus le seul «artiste-musicien» sans véritable talent pour le 4e art, à cristalliser l’attention du public. Il a désormais un sérieux concurrent. Ce dernier se fait appeler «Grand Barack». Il s’agit en fait d’un sexagénaire, soudeur de profession, qui est dans un premier temps devenu célèbre dans les réseaux sociaux à cause d’une vidéo ou on le voit s’indigner contre les coupures  intempestives de courant électrique dans la localité d’Elig-Mfomo, son village natal. C’est alors que Steve Fah, un bloggeur célèbre va décider d’aller à sa rencontre  d’en faire par la suite, un artiste-musicien. Les choses vont s’enchainer. La chanson «Gouter ça», un mélange plus ou moins homogène de bruits artificiels réalisés par ordinateur, soutenue par un texte aussi salace que trivial et hop! Voilà le succès qui cogne à la porte  du Grand Barack. 1 mois après, L’ancien soudeur d’Elig-Mfomo fait désormais des «tournées» musicales à Dubai et la vidéo de sa chanson cumule en moins de 3 mois, 600.000 vues sur le réseau social Youtube.

 

C’est la forfaiture de trop. De nombreux artistes confirmés crient au scandale. Tsimi Toro, l’auteur du tube à succès «Merci» tire la première salve. «Arrêtez de manipuler le papa nommé Grand Barack pour votre buzz. La musique ne doit pas devenir une cour de récréation» a-t-il déclaré. Des propos qui lui ont d’ailleurs valu l’acharnement de l’artiste et de ses fans «Nous sommes tous des artistes et chacun à sa manière de chanter. Tsimi Toro je chante comme je veux. Et je vais bientôt envoyer une seconde», dixit le Grand Barack.  L’artiste-musicienne Danielle Eog, quant à elle, en veut plutôt au public camerounais. «Un peuple ne peut pas aduler le genre ci et espérer avoir des artistes locaux nominés aux Grammy Awards. La qualité du travail du musicien est aussi une réponse à la demande de son environnement… Résultat: Ndem, musique camerounaise quasi inexistante à l’international. Un public qui n’est pas exigeant, ça gâte le biz. A trop s’habituer à l’odeur des motto (cacas), on finit par penser que les fleurs noumba (sentent)» a-t-elle déclarée sur Facebook

 

Mais, malgré les critiques et les indignations, certains promoteurs culturels continuent de surfer sur le buzz de Nyangono du Sud et du Grand Barack. La semaine dernière, Les deux hommes étaient d’ailleurs à l’affiche d’un spectacle à guichet fermé dans l’une des discothèques les plus courues de la capitale camerounaise.

Auteur:
Claude Paul TJEG
 @T_B_D
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