Cameroun - Présidentielle 2018 - Achille Mbembe réagit à la candidature de Paul Biya: «C’est la candidature de trop»

Par Fred BIHINA | Cameroon-Info.Net
YAOUNDE - 17-Jul-2018 - 13h49   7676                      
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L'écrivain camerounais Achille Mbembé, le 12 juin 2011 à Saint-Malo lors du festival "Etonnants voyageurs" AFP/Archives/CYRIL FOLLIOT
Le philosophe camerounais soutient que la nouvelle candidature de Paul Biya à la magistrature suprême n’augure rien de bon pour le Cameroun.

Les réactions continuent de tomber après l’annonce en fin de semaine dernière, de la candidature de Paul Biya à l’élection présidentielle prévue le 7 octobre 2018. Celle d’Achille Mbembe camerounais est rapportée par le site Sputnik. L’universitaire camerounais, de renommée internationale affirme que la nouvelle candidature de Paul Biya n’apportera rien de positif au Cameroun.

«C'est la candidature de trop. M. Biya est officiellement âgé de 85 ans. Le mandat présidentiel au Cameroun dure 7 ans. Cela veut dire que s'il effectuait ce mandat, il aurait 92 ans à la fin de celui-ci. M. Biya était au pouvoir pendant 36 ans. Je ne pense pas qu'il n'effectuerait, pendant les 7 années à venir, rien qu'il n'ait pu faire pendant les 36 ans de règne absolu», soutient l’historien et politologue

M. Mbembe pense que le Président de la République, ne peut pas, en un septennat, réaliser ce qu’il n’a pu accomplir en 36 ans de règne. «En est-il capable? Je n'en sais rien. Il n'a pas du tout fait preuve, au cours 36 ans, de quelque audace que ce soit au regard des réformes profondes dont le Cameroun a besoin pour avancer. Faute de devenir réformateur sur le tard, sa continuité au pouvoir va aggraver les tensions dans la zone anglophone, où la guerre se poursuivra et s'intensifiera et risque de déborder sur la partie francophone, où des tensions existent également. Tout cela n'augure rien de bon», s'alarme-t-il.

Or, regrette Achille Mbembe, Paul Biya est bien parti pour rempiler. «L'opposition est très affaiblie, et ce n'est pas seulement de sa faute. Les Camerounais n'aspirent, pourtant, qu'à une grande coalition oppositionnelle. C'est la seule manière de menacer ce régime sur le plan électoral. Or, les opposants camerounais sont en rangs dispersés. Chacun veut être le roi, le chef de sa basse-cour. Il faut dire aussi que l'absence d'un mouvement social d'envergure à la fois transethinique et transrégional pèse énormément sur les capacités de mobilisation. Tout cela fait qu'on est face à une impasse structurelle», analyse-t-il.

De son avis, «il appartient, en effet, aux Camerounais de procéder eux-mêmes aux transformations qu'ils veulent. S'ils veulent la démocratie ou l'alternance, il est de leur responsabilité de s'organiser à cet effet. Ceux qui en appellent aux interventions externes souvent n'en connaissent pas le prix. Rien de tout cela n'est gratuit.»

Au demeurant, conclut l’universitaire, «si l'opposition est capable de s'unir, de tendre la main aux éléments progressistes dans l'administration, dans l'armée, y compris au sein du parti au pouvoir, il y a moyen de faire basculer le rapport avec la France. Mais tant que cela n'est pas le cas, tant qu'il n'y a aucun mouvement puissant organisé de façon autonome, la France choisira le camp le plus puissant qui est,

 

Fred BIHINA

Auteur:
Fred BIHINA
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