Cameroun - Abolition de la peine de mort: Les avocats camerounais affûtent leurs stratégies

Par Wiliam TCHANGO | Cameroon-Info.Net
YAOUNDE - 22-Aug-2016 - 12h54   49233                      
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Me Eta Besong Wiliam Tchango
Au cours de l'assemblée générale lançant les activités du Réseau des Avocats Camerounais contre la Peine de Mort (RACOPEM) le samedi 20 août 2016 à Limbe, ces derniers n’ont pas caché leur détermination à obtenir l’abolition de la peine de mort au Cameroun.

Le Cameroun fait partie des derniers pays au monde  qui maintiennent  la peine de mort dans leur arsenal juridique. L’article 23 du nouveau Code pénal récemment adopté par le parlement camerounais prévoit la  fusillade ou la pendaison  pour tout individu condamné à mort. Pour des avocats camerounais, il s’agit d’une pratique qui viole non seulement la constitution du pays, mais aussi les traités internationaux et les lois.

«Le Cameroun doit abolir la peine de mort parce que c’est inhumain, c’est une violation du droit à la vie, violation de tous les autres droits», a estimé l’ancien bâtonnier de l’Ordre des avocats du Cameroun, Maitre Eta Besong Junior, au cours de la première assemblée générale du Réseau des Avocats Camerounais contre la Peine de Mort  au Cameroun (RACOPEM), tenue le samedi 20 août 2016 à Limbe.  

Cette rencontre entre plusieurs dizaines d’avocats venus de diverses Régions du Cameroun avait pour thème: «La structuration du Réseau des avocats camerounais contre la peine de mort au Cameroun: Gage d’efficacité pour l’abolition de la peine de mort». En clair, il s’agissait pour ces hommes de loi de mettre sur pied des stratégies devant aboutir à l’abolition de la peine de mort  au Cameroun.

Me Nestor Toko William Tchango

«Nous sommes partis du fait que la peine de mort posait un problème dans notre société. Cette question mobilisait davantage les acteurs de la société civile. Il se trouve tout simplement que, dans une société, les avocats sont des leaders, des personnes averties qui maitrisent mieux les lois et donc qui peuvent contribuer à faire évoluer la société. C’est la raison pour laquelle nous avons jugé opportun de constituer un réseau qui interviendrait pour fédérer les acteurs et les avocats qui sont éparpillés à travers le territoire national et qui pourraient contribuer à faire évoluer cette cause qu’est l’abolition de la peine de mort», a expliqué Maitre Nestor Toko, avocat au barreau du Cameroun et président du réseau.

Moratoire

Cette journée entre les avocats militants de la cause abolitionniste a été rythmée par plusieurs communications et  témoignages, notamment sur la situation chaotique des condamnés à mort dans la Région de l’Extrême-Nord, du fait de la lutte contre le terrorisme. Selon Maitre Mohamad Al Amine, avocat exerçant à Maroua, plus de 100 condamnations à la peine capitale ont été prononcées dans les tribunaux de la région entre juillet 2015 et juillet 2016.

Des membres du RACOPEM William Tchango

Les avocats camerounais membres de ce réseau estiment qu’ils doivent jouer un  rôle «éminemment important» dans la réflexion sur l’abolition et l’évolution des mentalités. Ils veulent copier l’exemple de plusieurs autres pays du monde où le combat pour l’abolition de la peine de mort a été porté avec succès par des personnes issues de leur corps de métier (Maitre Robert Badinter en France, Nelson Mandela en Afrique du Sud, Tony Blair en Grande-Bretagne et Luis Zapatero en Espagne…)

Le Réseau des avocats camerounais contre la peine de mort, association apolitique, à but non lucratif a obtenu sa reconnaissance officielle le 2 juillet 2015. Cette première assemblée générale organisée par l’association Droits et Paix, en partenariat avec l’association française «Ensemble contre la peine de mort » intervient dans le cadre de la mise en œuvre du projet «Agir ensemble pour l’abolition de la peine de mort au Cameroun». L’objectif de ce projet est de contribuer  à l’abolition de la peine de mort ou tout au moins d’instituer un moratoire sur son exécution.

Au Cameroun, aucun condamné à mort n’a été exécuté depuis près de 30 ans. Il s’agit d’un moratoire de fait qui selon Maitre Carine Monthe, vice-présidente du réseau n’éloigne pas la menace, le président de la République pouvant à tout moment décider d’une exécution. «Il est donc primordial que le Cameroun s’engage dans la voie de l’abolition», a-t-elle martelé.

Des membres du RACOPEM William Tchango

 

Auteur:
Wiliam TCHANGO
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