Cameroun – Révélation: Me Michèle Ndoki annonce qu’elle vit désormais « en exil »

Par Pierre Arnaud NTCHAPDA | Cameroon-Info.Net
YAOUNDE - 03-Dec-2021 - 17h29   32679                      
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Michele Ndoki Archives
La numéro deux de la section féminine du MRC rassure cependant ses camarades de parti en expliquant que bien que silencieuse, ses « convictions n’ont pas changé ».

Il y a quelques jours, une image de l’avocate et femme politique Michèle Ndoki en compagnie du député Cabral Libii s’est retrouvée sur la toile. L’on apprenait à l’occasion, que la rencontre avait eu lieu à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Serait-ce à partir de ce  pays que la numéro deux de la section féminine du MRC a annoncé ce 3 Décembre 2021 qu’elle vivra désormais loin du Cameroun ? Difficile d’avoir plu de précisions vu qu’à part cette révélation, elle ne mentionne pas expressément son nouveau lieu de résidence.

Dans le texte posté sur Facebook et qui s’intitule « Pourquoi on n'entend pas notre CRI ? Part 2 », Michèle Ndoki déclare parle d’un « départ forcé ». Elle dit avoir été contrainte de quitter le pays après avoir pendant deux ans subi intimidations, menaces, tentatives de corruption.  proposé des postes.  « Rien n’a fonctionné. Je suis là, mes convictions n’ont pas changé, mais je me tais. Comme vous, Enfants de ma Terre, je me tais. Et aujourd’hui, j’ai découvert que je ne peux plus rentrer chez moi. Ils ont, en toute conscience, après mon départ forcé du Cameroun, émis une Note interne portant interdiction de sortie du territoire à mon encontre », ajoute l’avocate.

Michèle Ndoki d’une note interne qui lui interdirait de sortir du territoire camerounais laquelle pourrait lui être brandie comme justificatif d’éventuelles représailles si elle regagnait le Cameroun.  « Parce qu’il n’y a rien qui pourrait justifier un mandat d’arrêt, qui devrait impliquer un procureur, des questions sur les motifs, des avocats qui auraient le droit de demander l’accès au dossier. Une note interne reste interne. Cette note existe, elle attend dans les tiroirs de l’administration aux ordres que je revienne pour voir mes enfants, pour voir mes parents, ma mère qui a quatre fois vingt ans, et qui fait maintenant de l’hypertension, parce que son organisme ne supporte plus le stress dû à cette vie de pressions et de harcèlement constants. Je suis en exil maintenant, pour de vrai... », annonce celle que certains ont surnommé « la fiancée du peuple ».  

 

Voici le message intégral de Me Michèle Ndoki

 

Pourquoi on n'entend pas notre CRI ? Part 2

Si je veux être honnête, la question s’adresse à moi en premier lieu. Depuis plusieurs années, je prends comme des millions d’entre vous, des coups, en silence. Bien sûr je ne parle de rien de comparable à l'insoutenable auquel sont confrontés certains de nos compatriotes. Leur douleur, leur martyre ne peut absolument pas être mis sur le même plan que mes quelques expériences...

Je ne parle pas non plus du fait que des policiers m’ont poursuivie dans la rue, tiré dessus à plusieurs reprises. Ca tout le monde sait, y compris que l’histoire est « devenue que » j’avais essayé de vous manipuler en maquillant ma jambe. Je parle d’avant, je parle de depuis. Je parle du fait qu’alors que j’étais en détention provisoire, alors que les poursuites avaient été abandonnées contre « Ndoki et 51 autres » après notre arrestation du 27 octobre 2018, ils ont repris les poursuites, engagé le procès. Que malgré les demandes répétées de mes avocats, indiquant à l’audience que j’étais en détention à Yaoundé et qu’il revenait au parquet d’organiser ma comparution, le 9 août 2019, Madame Mpile Dominique Michèle épouse FOTSO NOUMSI, juge au Tribunal de Première Instance de Douala-Bonanjo, m'a condamnée à 6 mois de prison ferme, sur réquisition de Monsieur Ulrich Ovono Ondoua, représentant le Ministère Public. Qu’après qu’on m’ait tiré dessus, une plainte avec constitution de partie civile a été déposée devant le Tribunal de Grande Instance du Wouri, et qu’alors qu’il aurait dû transmettre la plainte à la police judiciaire pour ouverture d’une enquête, il m’a demandé de verser une consignation de 5.000.000 FCFA. Autrement dit, « Madame, oubliez ça ». D’habitude les consignations au début des procédures pénales sont de 30.000, 50.000, 100.000 FCFA.

Je parle du fait que mes clients, comme ceux de nombreux confrères (Me Fidèle Djombissie, Me Désiré Sikati, Me Richard Tamfu à Douala, Me Emmanuel Simh, Me Hyppolite Meli à Yaoundé pour n’en citer que quelques-uns qui nous ont défendus), ont reçu des remarques, des menaces, pour me retirer leur dossier et pour beaucoup, les plus importants, ont obtempéré. Du fait que j’ai quitté le Cameroun parce qu’ils essayaient de me mettre sur le dos une histoire de collusion avec Me Emmanuel Simh pour fomenter en collaboration avec les « sécessionnistes » comme ils les appellent, une rébellion armée. Comme ils ont fait avec Engelbert Lebon Datchoua, poursuivi pour trafic d’armes sur la base de soi-disant échanges whatsapp, dont l’affaire est toujours en cours devant le Tribunal Militaire, en toute discrétion.

Je parle du fait que lorsque j’étais en garde à vue au GSO, on m’a apporté un jour une boîte d’antibiotiques prescrite par un médecin qui ne m’avait jamais vue, qui m’a envoyé ça sans ordonnance en me faisant dire de prendre ça deux fois par jour. Que j’ai exigé une ordonnance, que sur mon insistance une jeune dame de la police s’est présentée au bout d’une heure, avec une ordonnance, en m’expliquant que ma plaie s’était infectée et c’est ce qui justifiait la prescription. Or, elle ne m’avait jamais vue, donc encore moins mes plaies. Les deux médecins qui avaient fait la visite de routine la veille n’avaient pas parlé d’infection, ni de prescription. Plus étrange encore, quand j’ai regardé le cachet du médecin après son départ, elle était dentiste. Elle a insisté pour que je prenne un comprimé tout-de suite puis un 4 heures plus tard. Je ne l’ai pas écoutée, j’ai attendu, j’ai pris un seul comprimé. J’ai lu un peu, je me suis endormie. Seulement, quand je me suis réveillée quelques heures après, je titubais un peu, je me sentais étourdie.

Cette nuit-là, tard, le chef de poste m’a réveillée en disant que le médecin voulait me voir. Ça m’a surprise, j’avais pourtant déjà vu un médecin dans la journée, plus les deux infirmiers qui avaient refait mes pansements et les deux qui me suivaient ne devaient pas revenir avant le lendemain. En plus, contrairement à toutes les autres fois, le médecin m’attendait dehors, au lieu de rentrer dans la pièce qui servait de cellule. Mais ce qui m’a frappée, c’est d’entendre le Chef de poste s’exclamer « attendez, où est l’ordonnance ? Vous avez pris vos médicaments comment ? ». Je marchais vers la voiture du médecin, qui apparemment ne m’attendait pas non plus dans la cour, et dont la voiture n’était pas garée à l’endroit habituel devant « ma » porte, mais à côté du portail, tous phares éteints. En dehors du Chef de poste avec ses étranges questions, il n’y avait quasiment personne, peut-être une jeune gardienne. Je me suis retournée, j’ai froncé les sourcils en lui demandant : « comment vous savez que je dois prendre des médicaments, et en quoi vous êtes concerné par cette ordonnance ? ». Il s’est énervé, a insisté pour l’avoir, je lui ai répondu que je ne l’avais plus. Il m’a dit que dans ce cas je ne verrais pas le médecin, m’a ordonné de retourner dans ma cellule, ce que j’ai fait sans hésiter : je n’avais rendez-vous avec aucun médecin…

Quelques minutes plus tard il est revenu avec deux agents, ils ont retourné toute la pièce pour retrouver l’ordonnance, l’ont confisquée, de même que la boîte de médicaments. Le lendemain, on m’a expliqué que pour des raisons de sécurité je ne devais pas garder les médicaments dans ma cellule, qu’on devait me les apporter aux heures de prises, suivant la prescription. J’ai préféré ne pas relever que je gardais pourtant tous les produits utilisés pour mes pansements, les anti-douleurs et l’inhalateur contre l’asthme avec moi sans problème. Je n’ai plus jamais revu ni l’ordonnance, ni les « antibiotiques ». Mais mon médecin « habituel » est revenu comme prévu le lendemain et quand il a examiné mes plaies, il a remarqué tout naturellement : « la guérison se passe très bien, aucune trace d’infection, c’est bien ! ». Vous croyez, vous qu’un seul comprimé a éradiqué l’infection dont l’autre inconnue me parlait la veille ? Mais je me suis tue. Quand je suis sortie de prison, ils ont commencé à expliquer que j’étais « en train » de démissionner… Bientôt deux ans, deux ans que je suis « en train ». Ils ont intimidé, menacé, proposé des postes, rien n’a fonctionné. Je suis là, mes convictions n’ont pas changé, mais je me tais. Comme vous, Enfants de ma Terre, je me tais.

Et aujourd’hui, j’ai découvert que je ne peux plus rentrer chez moi. Ils ont, en toute conscience, après mon départ forcé du Cameroun, émis une Note interne portant interdiction de sortie du territoire à mon encontre. Parce qu’il n’y a rien qui pourrait justifier un mandat d’arrêt, qui devrait impliquer un procureur, des questions sur les motifs, des avocats qui auraient le droit de demander l’accès au dossier. Une note interne reste interne. Cette note existe, elle attend dans les tiroirs de l’administration aux ordres que je revienne pour voir mes enfants, pour voir mes parents, ma mère qui a quatre fois vingt ans, et qui fait maintenant de l’hypertension, parce que son organisme ne supporte plus le stress dû à cette vie de pressions et de harcèlement constants. Je suis en exil maintenant, pour de vrai...

 

Auteur:
Pierre Arnaud NTCHAPDA
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