Cameroun - Discours du 10 septembre 2019: Me Alice Nkom: « J’ai beaucoup de doutes sur la sincérité de Paul Biya (…) Je suis très très très malheureuse. C’est du temps perdu. Le président ne doit pas jouer avec les nerfs et la souffrance des Camerounais »

Par Pierre Arnaud NTCHAPDA | Cameroon-Info.Net
YAOUNDE - 12-Sep-2019 - 18h33   8068                      
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Me Alice Nkom Archives
L’avocate émérite accuse le chef de l’Etat camerounais de n’avoir pas fait preuve d’humilité, de n’avoir pas reconnu ses erreurs ou fautes.

Me Alice Nkom n’a pas aimé le discours délivré à la nation camerounaise par le président Paul Biya le 10 septembre 2019. L’avocate réputée a exprimé son opinion sur ABK Radio le matin du 11 septembre 2019.  « Hélas ... le discours du président n'a pas comblé mes attentes. C'était un discours trop mécanique. Il manquait de naturel et d'amour », a-t-elle réagi, ajoutant ne pas comprendre que Paul Biya soit muet sur la question des détenus de l'affaire de Maurice Kamto. Elle désapprouve son allusion aux nationalités des opposants d’origine camerounais installés à l’étranger. « Il a dit que les gens de la BAS n'ont plus la nationalité camerounaise.  Qui la leur a retirée? Lui. Le chef de l'Etat n'était pas du tout rassembleur dans son discours. Ça laisse un goût amer de quelque chose qu'on a encore raté », constate-t-elle.

Me Alice Nkom estime que l’attitude de Paul Biya mardi soir « ne rassure pas ». Elle croit que dans ces conditions les Camerounais ne pourront pas s’entendre. « Quand il parle de paix il va loin là-bas dire qu’il va aller mendier. Mais nous on lui dit : « la paix c’est ici ». Il y a des petites choses comme ça qui font que j’ai beaucoup de doutes sur sa sincérité d’abord. Et s’il n’est pas sincère sur les résultats qu’on nous promet comme la paix durable et la réconciliation. Ce n’est pas possible ! La confiance n’est pas d’abord venue avant qu’on continue, qu’on recommence à marcher ensemble ».

Alice Nkom accuse le président de la République de ne pas reconnaître, qu’il a pu prendre des décisions malheureuses.  Elle soutient dit que la loi lui donne le droit et le pouvoir d’arrêter les poursuites même déjà commencées contre quiconque à l’instar des prisonniers politiques aujourd’hui détenus. Elle aurait aimé que pour cela il  utilise ces possibilités dans le contexte actuel. « Je suis très très très malheureuse. C’est du temps perdu. Le président ne doit pas jouer avec les nerfs et la souffrance des Camerounais. Il ne doit pas ! », dit-elle avant de lui dicter la conduite à adopter : « il doit tout faire y compris se plier, lui, le serviteur de ce peuple, en deux pour lui demander pardon et dire : « vraiment j’ai vu. On a cheminé ensemble pendant 37 ans. Je sais qu’aujourd’hui, à la fin, vous souffrez. Vous êtes malheureux. Je n’ai pas toujours fait tout ce que j’ai pensé que je pouvais faire. Maintenant, revenez. J’ai compris, j’ai entendu beaucoup de choses ». Il pense que s’il dit ça cela va le rabaisser ? Il va toucher les cœurs  et on va lui tendre la main ou prendre la main qu’il nous tend. Mais cette main-là, elle a encore du sang qui dégouline ».

Auteur:
Pierre Arnaud NTCHAPDA
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