Cameroun – Éducation: Un enseignant subit les foudres du Sous-préfet de Garoua 2e, pour avoir puni un élève du cours-préparatoire

Par Claude Paul TJEG | Cameroon-Info.Net
YAOUNDE - 05-Dec-2019 - 16h55   5397                      
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Élèves dans une salle de classe au Nord Cameroun archives
Pour cet acte, il a été enjoint de s’asseoir à même le sol devant son élève.

Le 20 novembre dernier, Tagne Ghamdiem Samuel Blaise, instituteur en service à l’école d’application de Laïnde 2 à Garoua (Région du Nord), s’est présenté dans le Bureau de Dym Nestor, sous préfet de Garoua 2e pour répondre à une convocation de ce dernier. L’enseignant était venu s’expliquer sur les charges portées contre lui par un parent d’élève. Ce dernier était accusé d’avoir levé la main sur un un élève du cours préparatoire. «Le sous-préfet m’a convoqué pour que je m’explique sur des accusations qui pesaient contre moi.Il était entouré quasiment de son état-major., puisqu’il y avait des hommes en tenue. Je ne peux pas dire avec précision qui ils étaient et quelles sont fonctions qu’ils occupent dans leur corps. Outre ces hommes en tenue, mes chefs hiérarchiques, c’est-à-dire ma directrice et l’inspectrice d’arrondissement de l’éducation de base de Garoua 2e , plus une de mes élèves du cours préparatoire et son élève étaient également conviés à cette rencontre. Ils étaient tous assis quand je arrivé. Après avoir salué toute l’assistance et décliné mon identité, il m’a été ordonné de m’asseoir à même le sol. J’ai été au départ sur pris par cette décision de vouloir m’humilier devant mon apprenant, en me faisant m’asseoir au sol. Mais, du seul fait que le sous-préfet qui m’a donné cet ordre est l’incarnation de l’État, j’ai accepté de me faire violence. J’ai obtempéré», a confié l’instituteur à nos confrères de L’œil du Sahel.

 

L’enseignant a poursuivi son récit en précisant qu’il a donc pris place dans un coin de la salle, a même le sol. «C’est à peine qu’il m’a donné la parole pour relater ce qui s’est réellement passé. La fillette qu’on m’accuse d’avoir bastonné et son parent, qui étaient soigneusement assis sur des chaises, n’ont pas manqué de se moquer de moi dans la salle», a-t-il conclu.

 

Les faits reprochés à l’instituteur remontent au 15 novembre 2019. Comme le précise le tri-hebdomadaire L’œil du Sahel en kiosque ce mercredi 04 décembre 2019, «Sieur Tagne Ghamdiem Samuel Blaise a donné des exercices à faire à la maison à ses apprenants. Exercices qu’il allait corriger le lundi 18 novembre 2019. Ce jour là, il procède au contrôle des cahiers des élèves, question de voir qui a fait et qui n’a pas fait son devoir. Il tombe sur le cahier de l’élève Hadjidjatou Halidou. Elle a fait tous ses devoirs, sauf que visiblement, c’est une autre personne qui les a faits à sa place. Hadjidjatou Halitou est interpelée par l’enseignant., mais l’élève insiste pour dire que c’est elle même qui a fait ses devoirs. Elle est conduite chez la directrice pour s’expliquer. L’enfant passe finalement aux aveux, en déclarant que c’est l’un de ses frères aînés qui l’a fait pour elle. De retour dans la salle de classe, son maître lui administre quelques coups de fouets, tout en lui demandant de plus mentir. L’enfant suit les cours jusqu’à la fin de la journée»

 

Sauf que dans la même journée, précisément à 16 heures, les parents de l’élève vont envahir le bureau de la directrice pour se plaindre de la punition infligée à leur enfant. Les évènements vont ensuite s’enchaîner. Le 20 novembre 2019 Tagne Ghamdiem et sa directrice vont être convoqués par le sous-préfet de Garoua 2e saisi par les parents d’Hadjidjatou. 7 jours plus tard, ils seront convoqués et entendus au commissariat spécial du 2e arrondissement de Garoua, après que le père d’Hadjidjatou ait brandi un certificat d’incapacité de 21 jours.

 

Mais au sein de la corporation des enseignants, les langues ont commencé à se délier pour condamner le traitement infligé à Tagne Ghamdiem par le sous-préfet «Quelque soit la nature du crime que le collège a commis, l’humiliation que le sous préfet lui a fit subir ne se justifie pas. Il aurait demandé au chef hiérarchique de ce dernier de lui apporter des clarifications sur cette affaire. Il a fait appeler l’inspectrice. Or une école d’application dépend directement du délégué départemental de l’éducation de base. Il a convoqué et fait convoquer un agent de l’État sans que son supérieur hiérarchique ne soit informé. Il y a une procédure administrative. Mais ce qui s’est passé laisse croire que qu’il a un problème personnel avec l’enseignant» a confié un cadre de la délégation départementale de l’éducation de base de la Benoué à l’œil du Sahel.

 

Pour finir, le journal que dirige Guibaï Gatama rappelle que les multiples tentatives de joindre le sous-préfet se sont soldées par un échec.

 

 

 

Auteur:
Claude Paul TJEG
 @T_B_D
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